X. Catherine de France, née le 27 octobre 4401 , morte en
xi. Charles de France (Charles VU), né le 23 février 1402,
mort le 22 juillet 1461. xn. Philippe de France, né le H novembre 1407, mort le même
jour.
1 . On désignait par le mot grève , la pièce d'armure défensive destinée à protéger le gras de la jambe.
tous les bastons ensuivans 1 : c'est assavoir, de la hache , dix cops sans reprendre , et quant ces dix cops seront parfais, et que le juge dira : Ho 1 nous ferrons dix cops d'espée sans reprendre ne partir l'un de l'autre, et sans changer harnois. Et quant le juge aura dit : Ho ! d'espées, nous venrons aux dagues et en ferrons dix cops sur main. Et se aucun de nous perdoit, ou laissoit cheoir aucun de ses bastons, l'autre peut faire son plaisir du baston, qu'il tendra jusques à ce que le juge ait dit Ho ! Et les armes à pié accomplies , nous maintendrons à cheval ; et sera chascun armé du corps , ainsi qu'il lui plaira. Et y aura deux chapeaulx de fer paraulx , que je Iivreray ; et choisira , mondit compaignon , lequel des deux chapeaulx qu'il lui plaira , et aura chascun tel gorgerin qu'il lui plaira. Et avecques ce , je bailleray deux selles, dont mondit compaignon aura le choix. Et oultreplus, aurons deux lances d'une longueur, desquelles lances nous ferrons vingt cops sans reprendre , à cheval , sur main , et pourrons férir .par devant et par derrière , depuis le faulx du corps , en amont. Et icelles armes de lances faictes et acomplies, ferons les armes qui s'ensuivent : c'est assavoir , s'il advenoit que l'un ou l'autre ne feust blecié , nous serons tenus après, en icelle journée mesme et ou second jour après , férir de cop de lance , à course de chevaulx, à trois rens , tant que l'un ou l'autre cherra
i. On voit ici qu'on entendait par là toutes sortes d'amies blanches, haches, épées, dagues, etc. De là cette expression qui revient si fréquemment dans les anciens textes , de gens armés et embas tonnés. Au reste l'édit. Vérard est ici plus claire ; elle met : de tous les bastons combatans ensuyvant.
à terre , ou soit blecié si qu'il n'en puist plus faire. Et que chascun s'arme à sa voulenté , le corps et la teste, et les targes soient de nerfz, ou de corne 1 , sans ce qu'elles soient de fer, ne d'acier, ne qu'il y ait aucune maistrise. Et courrons lesdictes lances, à tout les selles que les chevaulx auront, faisans lesdictes armes à cheval. Et chascun liera et mectra ses estriers à sa voulenté, sans faire nulle maistrise. Et pour y adjouster plus grant foy et fermeté , je , Michel d'Oris , ay scellé ceste lectre du séel de mes armes , laquelle lectre fut fàicte et escripte à Paris, le venredi xx* jour d'avril , l'an mil quatre cens. »
Lequel poursuivant, nommé Aly, s'adreça, à tous ses lectres , en la ville de Calais , et là , furent iceiles veues par ung chevalier d'Angleterre, nommé messire Jehan de Prendegrest , lequel accepta de faire lesdictes armes ou cas qu'il plairoit au Roy d'Angleterre, son souverain seigneur. Et sur ce , rescripvi ses lectres à l'escuier d'Arragon dessus nommé : desquelles la teneur s'ensuit :
« A noble homme et honnorable personne, Michel d'Orix, je, Jehan de Prendegrest, chevalier et familier de très hault et puissant seigneur monseigneur le conte de Sombreseil honneur et plaisance. Plaise vous savoir que j'ay, ores, personnellement, veues unes lectres
1. Et que les targes soient de nerfz ou de corne , que les l>oucliers soient de cuir ou de bois dur.
2. L'édit. Vérard et celle de 1572 donnent : le conte de Sommerset. Sur quoi Ducange fait la note suivante : ■ Jean de Beaufort, filz de Jean de Gand, duc de Lancastre et de Catherine Swinfort sa 2* femme. Il succéda au gouvernement de Calais, à Jean Holland, comte de Huntington. »
par deçà envoiées par Aly le poursuivant, par lesquelles je entens la vaillance et courageux désir d'armes qui sont en vous , et aussi que vous avez fait veu de porter une certaine chose , laquelle , comme vos dictes lectres contiennent, vous fait grant mal à la jambe, et que vous le porterez jusques à certain temps que vous serez délivré d'aucun chevalier anglois d'avoir fait certaines armes , composées en vosdictes lectres. Moy, désirant honneur et plaisance , comme gentil homme, de tout mon povoir, ay, ou nom de Dieu et de la doulce vierge Marie , de monseigneur sainct George , et de saint Anthoine, acceptée et accepte vostre requeste, telle et en la meilleure manière que vosdictes lectres contiennent, tant pour vous aléger de la peine et du mal que vous souffrez , comme aussi pour ce que j'ay longuement désiré d'avoir acointance avec aucun noble et vaillant homme de la partie de France, afin d'apprendre aucune chose appartenant à honneur d'armes, pourveu qu'il plaise à mon sire le Roy, de sa grâce espéciale me donner congé de le faire , soit devant lui et sa personne royale , en Angleterre, ou autrement, à Calais, par devant mondit très hault et puissant seigneur, le conte de Sombreseil. Et en oultre, pour tant que vosdictes lectres font mencion que vous apporterez cliapeaulx, desquelz vostre compaignon choisira celui qu'il lui plaira, et aura chascun tel gorgerin qu'il lui plaira, vous plaise savoir, que pour ce que ne vouldroie que par aucune subtilité de ma partie, d'une pièce de harnois ne d'autre , le fait par bon vouloir entreprins , peust aucunement estre destourbé ou délaissé, je vueil, s'il vous plaist, que vous apportez deux gor-
gerins d'une façon , dont vous aurez semblablement le choix. Et vous prometz en bonne foy que loyaument je mectray et feray diligence à mon povoir devers messeigneurs mes amis et de moy-mesme, de impétrer ledit congié ; en quoy j'espère en Dieu que je ne fauldray pas. Et avecques ce , du jour et lieu où lesdictes armes se feront , se c'est le plaisir du Roy nostre sire, comme dit est, je escripray au capitaine de Boulon gne dedens le jour de la Tiphaine prouchain venant au plus tost que faire se pourra , à fin que de mon entente et voulenté puissiez hastivement estre certifié , et de la plaine voulenté de mon cuer en ceste partie. Noble, honnorable et vaillant seigneur, je prie à cellui qui est faiseur et créateur de tous biens, qu'il vous octroit joye , honneur et plaisance , avecques tous biens que vous vouldriez de vostre dame , à laquelle je vous prie que ces présentes me puissent recommander. Escriptz soubz mon seel , à Calais , le onzième jour de juing , l'an dessusdit. »
Depuis lesquelles lectres dessusdictes envoiées audit escuier d'Arragon, pour ce que icellui chevalier n'avoit pas assez briève response , et que la besongne fut par longtemps délaiée , lui rescripvi de rechef autres lectres , dont la teneur s'ensuit :
S'ensuit la seconde lectre du chevalier anglois, envoiée à Pescuier
d'Arragon.
« A honnorable homme , Michel d'Oris , je , Jehan de Prendegrest, chevalier, salut. Comme pour vous aisier et aléger de la peine que vous avez soufferte , je vous ay octroié à délivrer les armes que vous avez
vouées, desquelles mencion est faicte ès lectres seellées du seel de vos armes; sur ce que j'ay tant fait, qu'à ma poursuite , avec l'aide de monseigneur et de mon lignage , que le Roy, mon souverain et lige seigneur , le m'a octroie , et sur ce ordonné excellent et puissant seigneur, monseigneur de Sombreseil , son frère, capitaine de Calais, à estre nostre juge, si comme escript vous ay par Aly le poursuivant, par mes lectres portans date de l'xi* jour de juing dernièrement passé , lesquelles vous povez bien avoir veues en digne et soufïisant temps , si comme peut apparoir par les lectres de noble et puissant homme, le seigneur de Gaucourt, chambellan du Roy de France , datées du xx e jour du mois de janvier, lesquelles contiennent que à vous-mesmes il a lesdictes lectres envoiées, pour haste de venir par deçà; pourquoy povez bien entendre que le jour de l'acomplissement de nos dictes armes sera le premier lundi du mois de may prochainement venant, car ainsi fut-il appoincté et ordonné par le Roy, nostre sire, sur la poursuite de ma dicte impétracion , et ainsi il le me convient tenir. Sur quoy, pour ce qu'il a pieu à icellui monseigneur le Roy, pour autres plus haultes causes et matières touchans et regardais le fait de sa royale excellence, avoir ordonné monseigneur son frère en autres parties estre, audit jour, il lui a pieu avoir tant fait à l'umble supplicacion de moy, et pour contemplacion de mesdiz seigneur et amis de lignage, pour tenir ladicte journée et estre nostre juge, il a commis et député son cousin et mon très honoré seignenr Hue Lutilier, lieutenant de mondit seigneur de Sombreseil audit lieu de Calais ;
[IdOOj D'ENGUERRAN DE MONSTRELET. il
et pour ce , suis venu , prest pour acomplir lesdictes armes au plaisir de Dieu , de saint George et de saint Anthoine, espérant que de vostre partie pour l'alégement de vostre dicte peine , vous y serez aussi présent. Et en celle entente , je vous envoie sauf-conduit pour soixante personnes et autant de chevaulx. Autre chose de présent ne vous sçay que rescripre, car vous sçavez assez qu'il appartient à vostre honneur. Si prie au Dieu d'amours que, ainsi que vous désirez l'amour de vostre dame , vous avancez vostre venue. Escript audit lieu de Calais , soubz le seel de mes armes, le second jour de janvier, l'an mil quatre cens. »
S'ensuit la tierce Iectre du cheTalier angloU, envoiëe audit escuicr
d'Arragon.
« Honnorable homme, Michel d'Orix, je, Jehan de Prendegrest, chevalier, salut. Il vous plaise bien avoir en remembrance que de par vous furent envoiées par deçà, par Aly le poursuivant , unes lectres générales et universelles adrécans à tous chevaliers anglois, escriptes à Paris, le venredi vingtième jour d'avril, l'an mil quatre cens , seellées du seel de voz armes , et aussi vous ne devez pas oublier la response que je feis ausdictes lectres , comme scet le chevalier d'Angleterre à qui elles vindrent premièrement. De laquelle response et de ce qui depuis s'en est ensuy, je vous ay escript la substance par mes lectres seellées de mes armes, de la date du onzième jour de juing derrenier passé. Et aussi vous envoyai sauf-conduit bon et soufhsant , pour venir par deçà acomplir l'entente de vos dictes lectres universelles, si comme ès dictes miennes derrenières lectres est pleinement contenu, où s'eni î
18 CHRONIQUE [ldOO]
suit : « A honnorable homme , Michel d'Oris. » Sur quoy, vueillez savoir que j'ay grant merveille, car, actendu la substance et teneur d'icelles lectres, je n'ay eu de vous autres nouvelles, soit de venir au jour qui assigné estoit, ou autrement de deue excusacion pour essoine de vostre corps. Néantmoins , je ne scay se le Dieu d'amours qui vous exorta et mit en courage de vos dictes lectres générales envoier , ait en aucunes choses esté si despieu , par quoy il ait changié les condicions anciennes qui souloient estre telles, que pour resveiller armes et pour chascun acroistre il tenoit les nobles de sa court en si réale gouvernance que pour acroissement de leur honneur, après ce qu'ils avoient empris aucun fait d'armes , ils [ne] se absentoient du pays où ils avoient fait leur dicte entreprinse jusques à tant que fin en feust faicte ; ne aussi faisoient leurs compaignons, fraier, traveiller, ne despendre leurs biens en vain. Non pourquant je ne vouldroie pas qu'il trouvast ceste défaulte en moy, si qu'il eust cause de me bannir de sa court. Pour tant je vueil encore demourer par deçà jusques au huitième jour de ce présent mois de may, prest, à l'aide de Dieu, de saint George et de saint Anthoine, de vous délivrer, si que, ma dame et la vostre puissent savoir que pour la révérence d'icelles j'ay voulenté de vous aisier de vostre grève qui par si long temps vous a mésaisié, comme vos dictes lectres contiennent, pour quoy aussi vous avez cause de désirer vostre alégence. Après lequel temps , se venir ne voulez , je pense , au plaisir de Dieu , retourner en Angleterre par devers nos dames, ausquelles , j'ay espoir en Dieu , qu'il sera tesmoigné par chevaliers et escuiers, que je n'ay en riens mes-
prins envers le Dieu d'amours, lequel vueille avoir lesdictes, ma dame et la vostre, pour recommandées, sans avoir desplaisir envers elles pour quelque cause qui soit advenue. Escript à Calais , soubz le seel de mes armes, le second jour de juing, l'an mil quatre cens et ung. m
S'ensuit la teneur de» lectres que l'escuier d'Arragon escripvi au chevalier d'Angleterre sur lesdictes lectres prouchaines précédentes.
« A très noble personne , messire Jehan de Prendegrest , chevalier, je , Michel d'Oris , escuier, natif du royaume d'Arragon , faiz assavoir, que pour l'ardant désir et courageux vouloir que j'ay tousjours eu et auray tant que Dieu me fera vivre , d'emploier et user mon temps en armes ainsi que à ung chascun gentil homme appartient , sachant que ou royaume d'Angleterre soient plusieurs chevaliers anglois pleins de grant chevalerie, lesquelz longuement à mon advis estoient demourez endormis , pour les resveiller à démonstrer leur hardiesse et pour avoir de eulx aucune compaignie et congnoissance , Fan mil quatre cens, prins ung tronçon de grève à porter à ma jambe jusques à ce que je seroie délivré des armes contenues en mes lectres, dont la teneur s'ensuit : « Ou nom de Dieu, etc. » Lesquelles lectres portées par Aly le poursuivant, si comme voz lectres données à Calais le onzième jour de juing le tesmoingnent , desquelles , afin que ma response à icelles puist mieulx convenir, la teneur s'ensuit : « A noble homme et honnorable personne Michel d'Oris, etc. » Du contenu ou commencement des dictes lectres, je vous remercie de ma part tant comme je puis, de ce que vous me
voulez délivrer de la peine en quoy je suis, ainsi qu'en voz gracieuses lectres maintenez que vous avez long temps désiré avoir acointance avec aucun noble et vaillant homme de la partie de France, comme se vous vouliez ignorer dont je suis. Pour ce , vous ay cy-dessus fait assavoir que je suis nez- du royaume d'Arragon , non pour quant que je , et chascun plus grant que moy, peut justement dire avoir bon titre quant il est natif du royaume de France, car il n'est nul qui puist dire avoir trouvé sur françois, vilain reprouclie en chose que chascuu preudomme ou gentil homme peut faire , qui la vérité en vouldroit dire, mais pour tant que nul preudomme ne doit denyer son pays, et pour vous faire assavoir et monstrer la voulenté que j'ay eue, et ay, et auray tant que soient acomplies les armes déclairées en mes premières lectres, il est vray que je, demourant oudit royaume d'Arragon , emprins les armes dessusdictes. Mais voyant que j'estoie trop loing des parties d'Angleterre , pour plus tost la chose acornplir me parti d'ilec et m'en vins à Paris, où je demouray actendant voz nouvelles long temps depuis que je avoie envoiées mesdictes premières lectres. Et depuis, pour certaines causes neccessaires touchant mon souverain seigneur le roy d'Arragon , me parti de France et m'en retournay en mon pays, très melencolieux et esbahy de ce que je trouvay délay en tant de, nobles chevaliers, de si petit esbatement comme j'avoye devisé , dont n'avoie eu nulle response. Si y demouray par l'espace de deux ans, pour cause de guerre qui estoit entre mes amis. Puis, prins congié à jnondit seigneur, et m'en retournay à Paris
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pour savoir nouvelles pour moy acquiter dudict fait. Et lors, je trouvay à l'ostel de monseigneur de Gaucourt, à Paris , es mains de Jehan d'Olivedo, escuier dudit seigneur, vos dictes lectres dont cy-dessus est faicte mencion, lesquelles y avoient esté apportées après ce que je m'en estoie ralé oudit royaume d'Arragon. Pour quelle occasion elles furent après mondit département envoiées, je n'en dy plus. Mais ung chascun y pourra penser selon la teneur du fait, ce que bon lui semblera. De laquelle lectre je suis moult esmerveillé, et aussi sont plusieurs autres chevaliers et escuiers qui la teneur en ont oye , considérans le bon râpfort de vostre chevalerie , que tant avez observé le droit des armes et maintenant les voulez changer, et sans nul autre traictié ne advis de partie , par vous mesmes avez voulu estre juge et placé à vostre plaisir et advantage. Laquelle chose, comme chascun peut savoir, n'est pas chose convenable. Or, quant aux autres lectres dessus escriptes en l'ostel de mondit seigneur de Gaucourt à Paris , pour y mieulx respon- . dre, j'ay cy fait enarrer la teneur comme il s'ensuit.
Quant au premier point contenu ès dictes lectres où avez voulu dire que autres lectres m'avez envoiées avec sauf-conduit pour acomplir les armes là et au jour où il vous avoit pieu à vostre avantage et plaisir, sachez certainement et sur ma foy , qu'onques autres lectres ne vy de vous fors cestes cy qui me furent baillées le douziesme jour de mars, ne cellui sauf-conduit onques ne vy , car sans doute se je l'eusse eu avecq vosdictes lectres, vous eussiez assez tost eu nouvelles de moy et response à icelles. Car c'est la chose que je désire plus estre acomplie que chose qui soit. Et bien povez sa-
voir que le grant désir et vouloir que j'ay à délivrer lesdictes armes m'a fait par deux foiz venir et eslongner de mon pays, par deux cens et cinquante lieues, à grans frais et despens, comme chascun peut savoir. Et pour ce que autre fois et plus à plain èsdictes lectres que feistes savoir que vous aviez esleu place à Calais par devant noble et puissant prince le conte de Sorabreseil , et après , pour tant qu'il estoit ocupé autre part , ainsi que vosdictes lectres veulent dire , messire Hue de Lucrelles, lieutenant à Calais dudit seigneur de Sombreseil, fut commis pour tenir la place par très hault et puissant prince le roy d'Angleterre vostre souverain seigneur, à vostre voulenté et poursuite , sans mon vouloir, sceu ne congié , dont je suis moult esmerveillé et à bon droit, que sans moy estes tant aie avant comme d'eslire juge et place , et mesmement à vostre souhait. Et me semble que de vostre pays ne vouldriez pour riens perdre la veue. Et toutesfoiz nos devanciers et les nobles chevaliers anciens qui tant nous ont laissé de beaulx exemples, ne quirent onques de grands honneurs en leur propre pays, ne onques furent coustumiers de requerre choses desconvenables ; car ce n'est que pour eslongner les bonnes entreprinses. Si suis bien certain que en ce cas vous n'iguorez pas que le devis du juge, du jour et de la place , doit estre esleu du commun assentement des parties. Et se je eusse eu voz lectres à temps , je le vous eusse fait savoir.
> De ce que vous dictes que vous ne savez se le Dieu d'amours m'a de soy banny, pour ce que je me suis eslongné du pays de France où mes premières lectres furent escriptes, ne se il m'a fait changer mon propos,
je vous fais assavoir tout acertes sans nulle faintise, qu'onques puis que je euz ceste chose encommençée ne changay mon propos, ne feray, tant que Dieu me garde de meschef , ne en mon lignage ne eut onques homme qui ne ait tousjours fait ce que preudomme et gentil doit faire. Et quant ce viendra à la journée, laquelle à l'aide de Dieu sera briefment se par vous ne demeure, je croy qu'il vous sera besoing d'avoir meilleur cuer que d'avoir à faire à homme retrait de son propos. Pour quoy je vous prie que laissons telles paroles qui ne povent porter fruit. Car ce n'est pas fait de chevalerie, ne de gentillesse; mais pensez au fait, ainsi que m'en avez donné espérance. Si vous fais assavoir que on m'a raporté que vous avez, à Calais, entré en place tout seulet contre moy qui estoie du fait tout non sachant, comme cy-dessus est dit, et loing de vous pour lors bien de trois cens lieues. Et se j'eusse fait semblables armes contre vous, là où pour le temps de lors estoie, ce que Dieu ne veuille, je crois que les' haubergons n'en feussent jà froissez ne les lances brisées, aussi peu comme les vostres furent. Si eustes vous lors, de vous mesmes le pris sans contredit. Et en vérité je pense que vostredicte entreprinse et journée ne fu onques à meure delibéracion de vos amis conclute , ne par autres qui en ont oy parler ne sera jà loée. Mais non por quant je ne vouldroie pas que par semblables fictions colorées, ce qui a esté dit, prononcié et promis par vous, on deist que vous l'avez baillé par paroles sans nul effect. Je vous prie tant chèrement et si acertes comme je puis , que vous me vueillez acomplir mesdictes armes ainsi qu'elles sont en mesdictes lectres devisées , et que je en ay grant
désir et espoir. Et ne veuilles autrement le temps tenir en paroles. Car je ne doubte point qu'en Angleterre n'ait plusieurs chevaliers qui pieçà me eussent délivré de ma peine si la chose n'eust esté par vous emprinse. Et sur ce, ne vous excusez plus par voz lectres que vous dictes avoir à moy envoiées, car j'en suis tout sans coulpe, comme cy-dessus est dit. Si suis prest, sachez de vray, de soustenir et garder mon honneur et qu'il n'y a nulle chose cy-dessus escripte de ma part contre vérité, qui du contraire me vouldroit charger. Et pour ce que je ne vouldroye point estre si oportun que je deusse le lieu et la place eslire sans vous le faire savoir, je offre, se voulez, aler devant très hault et puissant prince et mon souverain lige seigneur le Roy d'Arragon, ou devant les rois d'Espaigne, de Portugal ou de Navarre. Et, se nulz de ces princes ne voulez eslire, pour plus estre près de vostre repaire et pour non eslongner de vos marches et de Madame la vostre, à laquelle de mon povoir je vouldroye complaire, je suis prest d'aler à Boulongne, et que vous venez à Calais. Et là où le capitaine de Calais de vostre part, et le capitaine de Boulongne de ma part, et au jour que ces deux vouldront eslire, je suis prest et appareillé de y aler et vous acomplir lesdictes armes , ainsi qu'elles sont en mesdictes lectres comprinses, à l'aide de Dieu, de Nostre Dame , de monseigneur saint Michel et de monseigneur saint George. Et non obstant que je suis si loingtain de mon pays, je actendray vostre response jusques à la fin du moy s d'aoust prouchain venant, et tandis , pour l'amour de vous , je ne portera y pas le tronçon de grève, combien que plusieurs me aient exorté du contraire. Lequel terme passé, se je n'ay de
vous oy nouvelles, je porteray ledit tronson de grève et feray aler poursuivre mesdictes lectres premières par vostre royaume par tout où bon me semblera, tant que j'aye trouvé qui me délivre de ma peine. Et afin que vous adjoustez plus grant foy aux choses dessusdictes, j'ai mis à ces présentes lectres le seel de mes armes et icelles signées de mon seing manuel, et parties par ABC. Lesquelles furent faictes et escriptes à Paris, le quatriesme jour de septembre, l'an mil quatre cents et ung. »
S'ensuit la tierce lectre de l'etcuier d'Arragon enyoiée an chevalier
anglois.
« Ou nom de la saincte Trinité, de la benoiste vierge Marie, de monseigneur saint Michel l'Ange, et de Mgr. saint George , qui me gecte à mon honneur, je , Michel d'Oris , escuier, natif du royaume d'Arragon, fay assavoir à tous chevaliers anglois, que pour exaulcer mon honneur et quérir à faire armes , j'ay sceu certainement qu'il y à noble chevalerie partie d 1 Angleterre , et je, désirant avoir votre acointance et d'aprendre de vous les tours et fais d'armes, vous requiers pour l'ordre de chevalerie et pour la riens que plus aymez 1 que vous me vueillez délivrer des armes qui cy s'ensuivent. Premièrement, d'entrer en la place à pié, etc. Et tout ainsi qu'il est contenu ès premières lectres universelles , excepté qu'il avoit escript en la fin ainsi : Et me offre pour abréger mon fait et pour mieulx monstrer ma bonne voulenté et souveraine diligence , d'estre par devant vostre juge à Calais , dedens deux mois après ce que je auray reçeue vostre
1 . Pour la riens , c'est-à-dire pour la chose. Ici, la dame.
response seellée du seel de voz armes, se Dieu me garde d'essoine 1 . Et dedens iceulx deux mois je vous envoieray lesdiz deux chapeaulx et deux selles , et la mesure de tous les bastons dessus diz. Ët je prie à cellui qui par sa bonne bonté me vouldra délivrer, que brief je aie sa bonne et honnorable response, si comme j'ay espoir d'avoir des nobles dessusdiz. Toutefois, envoiez moy sauf-conduit, bon et seur, pour toutes choses qui contre moy et ma cotnpaignie pourraient venir, jusques au nombre de trente cinq chevaulx, et que je aye response par Longueviile, porteur de ceste. Et pour y adjouster plus grant fermeté, j'ay signé ces lectres de mon seing manuel et seellées du seel de mes armes. Lesquelles furent faictes à Paris, le premier jour de janvier, Tan mil quatre cent et deux. »
S'ensuit la quatrieame lectre enrôlée par ledit escnier d'Arragon
au chevalier anglois.
« En l'onneur de Dieu , père de toutes choses , et de la benoiste vierge Marie sa mère, qui me soit en aide et me vueille par sa grâce adrécer et conforter de venir à vraie conclusion de ceste œuvre que j'ay emprise à tous chevaliers anglois , je , Michel d'Oris , natif du royaume d'Arragon , faiz assavoir que naguères, c'est assavoir l'an mil et quatre cens, comme cellui qui pour lors vouloie estre séparé et abstrait de toutes autres cures, aiant en remembrance les très-singulières gloires que nos devanciers du temps
i. Essoine, empêchement, obstacle, embarras. Ce mot a signifié aussi excuse,
de jadis receurent par les très-excellentes proesses qu'ilz firent et monstrèrent en exercices d'armes; lesquelz considérans de cuer acquérir aucune nouvelle loenge et mérite , et pour moy habiliter en aucune chose digne et vertueuse , disposay en mon cuer aucunes armes faire avec aucun chevalier anglois qui délivrer m'en vouldroit par sa proesse. Lesquellesarmes accepta , noble et honnorable homme , messire Jehan de Prendegrest , chevalier d'Angleterre, ainsi qu'il peut apparoir par ses lectres cy-après.déclairées. Et afin que je puisse venir à conclusion au propos que je tens , j'ay fait incorporer après mes lectres derrenières, audit messire Jehan de Prendegrest naguères envoiées, esquelles toutes les lectres sur ce faictes d'une part et d'autre sont comprinses, desquelles la teneur s'ensuit : « A très-noble personne, etc. » Et puis toutes les lectres jusques à la tierce lectre dudit escuier. Lesquelles lectres je fis envoier à Calais par Berry, roy d'armes, pour bailler audit messire Prendegrest. Et pour ce que ledit hérault , en revenant dudit lieu , raporta lui avoir esté dit de par très puissant prince le conte de Sombreseil , capitaine de Calais, que dedens le mois d'aoust auroit renvoié response desdictes lectres à Boulongne, combien qu'il n'aist pas esté acomply, toutes fois, pour l'onneur dudit seigneur et capitaine de Calais , qui par son humilité s'estoit chargé de renvoier la response à Boulongne, ainsi qu'il fut dit et raporté par Faulcon, roy d'armes d'Angleterre, et aussi pour l'onneur de chevalerie , et afin que par nulle occasion indeue ne soit dit ou temps avenir que j'ay fait mes poursuites trop importunément , j'ay actendu , passé ledit terme
que la response me devoit estre enVoiée , par l'espace d'un mois après. Et en après , afin qu'il soit apparant et chose notable à chascun de ma grâce et bonne voulenté et de mes lectres à vous envoiées , et aussi à qui la faulte et coulpe de ceste matière peut toucher , j'ay fait après insérer mes derrenières lectres à vous envoiées, desquelles la teneur s'ensuit : « Ou nom de la saincte Trinité. » Et la tierce lectre de l'escuier [porte] : Par telle condicion que se vous ne me délivrez à ceste foiz , je n'entens plus à rescripre sur ceste matière en Angleterre , quant à présent. Car je vous sçais si mal courtois et si mal gracieux , quant tant de foiz avez oy ma requeste et ma bonne voulenté , tant par lectres que Aly le poursuivant, à présent appellé Longueville le hérault , vous a présentées par Graville , par moy, ou royaume d'Angleterre, en l'an mil quatre cent et un g, comme de mes autres lectres à vous présentées par Graville le poursuivant , faisant mencion de mes premières lectres générales, faites en l'ostel de monseigneur de Gaucourt à Paris; et comme par unes autres lectres à vous envoiées de par moy par Berry, roy d'armes, lesquelles a reçeues très-puissant seigneur, monseigneur de Sombreseil , capitaine de Calais , et aussi par mes autres lectres escriptes à Paris, le douziesme jour de juing l'an mil quatre cens et trois , lesquelles sont cy-dessus transcriptes ; et furent icelles présentées par Longueville le hérault , à trèspuissant prince monseigneur de Sombreseil , capitaine de Calais. A toutes lesquelles lectres je n'ay trouvé nul * chevalier qui m'ait envoié son seelle selon le contenu d'icelles. Et pour tant , communément pôurray bien dire que nulle amitié, ne bonne compaignie , je n'ay
trouvé en tant de noble chevalerie comme il a ou royaume d'Angleterre, veu que je suis venu de si loingtain pays en approuchant vostre pays, poursuivant en ceste peine par deux ans ou environ. Et m'en fauldra aler ou royaume dont je suis, sans avoir acointance de vous, comme j'ay eu et ay très-grant désir, ainsi qu'il vous peut apparoir et appert par mes dictes lectres générales. Et se ainsi me pars de vous sans nul eflTect, je vous auray peu à remercier, considéré la poine où je suis et ay esté moult longuement. Et veu vostre response, quinze jours après la date de ces présentes, j'ay entencion , au plaisir de Dieu, de Nostre-Dame, de monseigneur saint Michel et de monseigneur saint George , de m'en retourner à la court de mon très-redoubté seigneur le roy d'Arragon. Et se dedens iceulx quinze jours me voulez aucune chose escripre , vous me trouverez en l'ostel monseigneur le Prévost de Paris. Autre chose ne vous scay que escripre , fors que je vous prie qu'il vous souviengne de moy et de la peine où je suis. Et pour adjouster plus grant foy et fermeté à ces présentes lectres, je les ay signées de mon seing manuel et seellées du seel de mes armes. Si les ay fait escripre doubles , et parties par A , B, O, desquelles lectres j'ai retenu l'une par devers moy. Escript à Paris , le douziesme jour de may, l'an mil quatre cens et trois. »
Depuis lesquelles lectres , Perrin de Loherenc , sergent d'armes du roy d'Angleterre , soy disant procureur en ceste partie dudit chevalier anglois, envoia unes lectres par manière de response à l'escuier d'Arragon, dont la teneur s'ensuit :
« A très-noble escuier Michel d'Oris. Je vous signifie
de par monseigneur Jehan de Prendegrest, que se voulez présentement paier en sa main les coustz et despens qu'il fist pour vous délivrer des armes contenues en vos lectres , lesquelles il maintient que par vostre défault sont encore non faictes , il vous en délivrera très-voulentiers , et autrement, sachez qu'il ne vous en délivrera en riens 1 . Et aussi ne soufïrera aucun autre chevalier ne escuier de pardeça, vous en délivrer, ne à ce donner response. Et pour ce , se vous lui voulez envoier cinq cens mars d'esterlins pour les despens dessusdis , lesquelz il dit avoir tant cousté , je tieng que vous n'atendrez point longuement à estre délivré desdictes armes. Si vous conseille par voie de gentillesse, que ou cas que lesdiz despens vous ne vouldriez prestement envoier par deçà, comme dit est , vous vous gardez d'aucune chose si légèrement parler de la chevalerie d'Angleterre comme en disant que vous n'y avez trouvé nul chevalier qui vous ait envoyé son seelle selon le contenu de vos dictes lectres, comme vous touchez en vostre dernière escripture. Car, pour certain, s'il convient que plus avant en soit parlé , je vous fais bien à savoir de par messire de Jehan de Prendegrest , chevalier, qu'il sera trouvé prest à maintenir le contraire, en défense de son honneur que vous touchez en ce trop asprement, si comme il semble à nos seigneurs qui de ce scevent la vérité. Car il en a fait ce que preudomme el gentil doit faire. Et de ces choses m'envoiez la response et
4 . On trouve ici un assez bizarre mélange , mais du reste trèscommun à cette époque , des idées chevaleresques et des intérêts positifs. Ici, r Anglais consent à faire fait- de chevalier, mais sous caution préalable.
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vostre voulenté par Chalon le hérault, porteur de ces présentes; lesquelles, pour y adjouster plus grant foy, j'ay seellées et signées à Paris, l'an mil quatre cent et quatre. »
Lesquelles lectres, ainsi envoiées de Tune partie à l'autre , finalement , quant au fait , rien n'en fut exécuté, ne mis à eflect.