Florennes
tier, secrétaire dudil roy. Lesquelz, après qu'ilz eurent audience de parler audit duc , lui remonstrèrent comment ilz estoient là envoiez de par le Roy et son grant conseil pour deux choses : la première, afin que les Liégois dessusdiz et leur évesque se voulsissent submectre du discord qu'ilz avoient l'un contre l'autre sur le Roy et sur son grant conseil ; secondement , le Roy signifioit au duc de Bourgongne par ses lectres royaulx, la poursuite que la duchesse d'Orléans douagère et ses enfans faisoient contre lui pour la mort du duc d'Orléans défunct , et les responses que faisoient iceulx ses adversaires contre les accusacions que autrefois il avoit faictes à l'encoutre d'icellui duc d'Orléans, et comment elle requéroit très instamment justice et ses conclusions lui estre adjugées contre ledit duc de Bourgongne , en disant que le droit lui devoit estre fait , et par nulles raisons le Roy ne se devoit ne povoil excuser qu'il n'en feist justice. A quoy fut respondu en brief par ledit duc de Bourgongne, quant à la première requeste , qu'il vouloit , pour tant qu'il lui touchoit , obéir au Roy et à ses commandemens , mais son beau-frère , Jehan de Bavière , duquel il avoit la seur espousée lui avoit requis à grant instance qu'il lui feist et donnast secours à rencontre des communes et subjeclz du pays de Liège, qui contre lui s'estoient rebellez, et de fait l'avoient asséné. Et en avoit eu pareillement requeste du duc Guillaume , conte de Haynau, son beau-frère, et aussi frère à Jehan de Bavière. Pour quoy, quant à ce ne povoit dissimuler, ne rompre son armée , pour ce que entretant
i . Voy. la note de la |>age 350.
que ambaxadeurs yroient d'un costé et d'autre, iceulx communes pourroient mectre ledit Jehan de Bavière, leur évesque , en trop grant danger et neccessité, qui en conclusion pourroit estre exemple à telles manières de gens que sont communaultez , commencement de rébellion universelle ; et que avecques ce , le Roy et les seigneurs de son grant conseil , légèrement et sans préjudice se povoit (sic) bien déporter de telles et pareilles requestes, actendu que nulles des parties dessusdictes nestoient subjectes au royaume de France.
Et quant au second point, icellui duc Jehan de Bourgongne fist sa response , que lui retourné de ce voiage et entreprinse il yroit devers le Roy, et feroit envers lui et tous autres tout ce qua bon subject et si prouchain parent du Roy comme il estoit , appartenait.
Après lesquelles responses, iceulx ambaxadeurs voians qu'ilz ne povoient pour lors avoir autre provision sur le contenu de leur dessusdicte ambaxade , furent assez contens, et, enfin, se conclurent, les deux chevaliers dessusdiz , d'estre à la journée que actendoit le dessusdit duc de Bourgongne d'avoir à l'encontre d'iceulx Liégois. Durant lequel temps , vint devers ledit duc de Bourgongne, du pays de Haynau, ledit Guillaume, son sérourge 1 , acompaigné des contes de Conversen, de Namur et de Salmes en Ardenne, avec plusieurs notables seigneurs, tant chevaliers comme escuiers , de ses pays de Haynau , Hollande , Zélande, Ostrevant et autres lieux, jusques au nombre de douze cens bacinès ou environ , vl deux mille pié-
i . Son beau-frère , sororius.
35t CHROMQOT V m )
tons bien babillez avecqueslui, et de cinq à six cens chariots et charètes chargées de vivres et habillemens de guerre. Et après que audit lieu de Florines et en la marche d'environ, Uz eurent eu plusieurs coosaulx 1 un avec l'autre pour savoir comment Uz se auroient a gouverner et conduire en cel exercite, se conclurent en fin qu'ilz se tireroient, chascun à tout sa puissance, par deux divers chemins en approuvant leurs ennemis , et que à certain jour se trouvèrent tous ensemble pour iceulx comhatre, se ilz les vouloient actendre. Et fut ordonné que ledit duc Guillaume yroit pardevers Huy, en dégastant le pays par feu et par espée. Et le duc de Bourgongne , avec lui le conte de Mareuse et toute leur puissance , chevaucheroient par aucuns jours tout le chemin de la chaucée Brunehault • 11- .™.t droit àTonsre et à Trect'. Ouquel
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lieu de Trect, le seigneur de Pierrelves et les Ue avoient, comme dit est, asségé leur évesque et seigneur, Jehan de Bavière. Et ainsi les deux ducs dessusdiz, chevauchans par divers chemins, en degastant le pays , le mardi , mercredi , jeudi et vendredi , vuidrent le samedi au vespre, loger en ville de Montenay *, assise sur ladicte chaucée , et en icelle et a 1 environ se logèrent tous ensemble , faisans un seul et singulier ost, pour lequel conduire et loger esloient ordonnez deux mareschaulx , c'estassavoir, par le duc de Bourgongne, le seigneur de Vergy, et de par le duc Guillaume , le seigneur de Jumont. En laquelle
« . A Tongres et à Maëstricht.
ï Peul-étre Moulenaken sur les limites du Brabant et du pays de liège. Par une date donnée plus bas , on voit que ce samedi, jour où ils y arrivèrent, était le Sî septembre 1408.
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compaignie es toi en t bien cinq mille bacinets, sept cens arbalestriers et quinze cens archers, toute gent de bonne estoffe, avecques bien seize cens, tant chariotz que charectes, chargez d'armeures et vivres, artilleries et plusieurs autres choses neccessaires à guerre, comme dessus est dit. Ouquel jour de samedi, le dessusdit seigneur de Pierrelves , et son filz qui estoit évesque de Liège, par l'accord de iceulx du pays tenans leur siège devant la ville de Trect, oyrent certaines nouvelles par leurs espies et autres gens qu'ilz avoient à ce commis , que les deux ducs dessusdiz , très puissamment acompaignez, les approuchoient en destruisant leur pays. Et pour ce, tantost et hastivement se départirent de leurdit siège et s'en retournèrent, bien quarante mille hommes, en la cité de Liège, et là se logèrent. Laquelle cité est à cinq lieues ou environ , de celle ville de Trect. Et eulx là venus tindrent moult grant parlement avecques les autres Liégois qui point n'avoient esté audit siège. Après lequel parlement, fut crié publiquement en plusieurs lieux de la ville de par ledit seigneur de Pierrelves, leur maieur et gouverneur, et de par son filz, leur évesque, que tout homme qui pourroit armes porter, lendemain bien matin , au son de la cloche , feussent prestz et appareillez pour yssir d'icelle ville avecques les dessusdiz, • et aler où ilz les vouldroient mener et conduire. Laquelle chose fut ainsi faicte. Car lendemain, xxiu e jour du moys de septembre, mil quatre cens et huit 1 , yssirent de ladicte cité , comme on povoit estimer à la veue du monde , bien cinquante mille hommes ou
i . C'était un dimanche.
environ, entre lesquelz estoient de cinq à six cens hommes de cheval bien armez selon la coustume des François. Et si avoit de cent à six vingts archers d'Angleterre qui là estoient venus servir en soldées, et avec ce grant multitude de chars et de charètes , ribaudequins et coulevrines 1 chargez et troussez de plusieurs et divers habillemens à eulx duisibles et neccessaires. Et ainsi comme il leur avoit esté mandé au son de la cloche , s'en yssireut dès le point du jour, tous ensemble , en belle ordonnance , aians grant désir de eulx assembler à bataille contre leurs adversaires, et en ensuivant leur maieur, et évesque , dessusdit , lesquelz pour vray y alèrent très enuis et en partie comme contrains. Et leur avoit , le damoisel de Pierrelves, en plusieurs de leurs consaulx remonstré moult bien que ce leur povoit estre grant péril de eulx assembler en bataille contre leurs adversaires, pour ce que c'estoient en la plus grant partie tous nobles hommes, usagez et esprouvez en fait de guerre, et d'une seule mesme voulenlé et concorde sans diverses opinions les ungs avecques les autres, ce que point n'estoient iesdiz Liégois, comme il leur disoit ; et leur valoit mieulx demourer en leurs villes et fortresses, gardans icelles, et traveiller leursdiz adversaires par diverses manières en les ren- * contrant à leur avantage, et iceulx par longue continua- ' cion débouter de leur pays. Lesquelles remonstrances ne furent point agréables ausdictes communes, et leur semblent que, veu le grant nombre qu'ilz estoient,
4 . Petites pièces de campagne , qui se portaient à dos de cheval. Voy. l'ouvrage intitulé Etudes sur le passé et P avenir de V artillerie. (Paris, 1846, in-4.) Et plus particulièrement le t. I", p. 46, où il est parlé de cette affaire. Voy. aussi, plus bas, p. 339.
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leurs ennemis ne pourroient résister contre eulx , et ne prenoient point en gré icelles remonstrances. Et pour tant , icellui leur maieur, voiant iceulx Liégois par signes et par paroles ardamment désirer ladicte bataille, les mena en pleins champs, et les mist tous en bonne ordonnance , en les exortant et les admonnestant moult souvent et amiablement, qu'à ce jour ilz voulsissent estre d'une mesme voulenté à eulx bien entretenir tous ensemble pour vivre et mourir tous ensemble delez F un l'autre en défendant leur vie et leurs pays contre leurs adversaires, qui les venoient assaillir. Et en ce faisant et remonstrant , furent menez et conduiz jusques assez près de Tongres, à cinq lieues de ladicte cité de Liège. Auprès de laquelle ville de Tongres estoient arrivez et venus le samedi au soir 1 les deux ducs dessusnommez avec leur puissance, qui desja estoient advertis que lesdiz Liégois avoient levé leur siège pour les venir rencontrer et combatre. Et pour ce , après qu'ilz eurent euz plusieurs consaulx avecques leurs capitaines et autres des plus expers de leur compaignie, envoièrent le dimanche, très matin, environ! deux cens chevaucheurs, que conduisoit Robert le Roux et autres gentilz hommes de la marche d'environ , pour enquerre la vérité , de leurs adversaires. Lesquelz, assez tost après retournans, raportèrent pour vray à iceulx deux princes qu'ilz avoient veuz lesdiz Liégois en très grant nombre , venans en ordonnance de bataille. Lesquelz oyans ces nouvelles, firent hastivement et diligemment préparer toutes leurs gens et les mectre en belle et bonne ordonnance