‹ La chronique d'Enguerran de MonstreletChapitre 30 sur 135 · Barrières desdictes lices. Var. du ms. Suppl. fr · texte numérisé non relu

Barrières desdictes lices. Var. du ms. Suppl. fr

rières desdictes lices. Si aloit devant l'escuier dessusnommé , et après lui messire Taneguy du Chastel , lequel suivoit messire Jaques de Montenay, et tout derrière aloit le séneschal, lequel conduisoit le seigneur de Chin. Et ainsi entrans dedens, alèrent faire la révérence au roy Martin d'Arragon, qui leur fist très grant honneur; et puis se retrahirent dedens leur tente, où ilz actendirent leurs adversaires bien heure et demie. Lesquelz vindrent tous ensemble à cheval comme les autres , et estoient tous leurs chevaux couvers de blans drap de soye où il y avoit plusieurs escussons semez de leurs armes. Et après qu'ilz eurent faicte la révérence au Roy, alèrent en leur tente, qui estoit au costé destre : et depuis leur venue, furent bien cinq heures tous armez en leursdictes tentes. Et la cause pour quoy ilz y furent si longuement, fut pour ce que le Roy et son conseil les vouloient ac-* corder, afin qu'ilz ne combatissent point. Et pour ceste cause , furent par le Roy envoiez plusieurs ambassadeurs au séneschal, à fin qu'il voulsist estre content de non plus avant procéder en ceste matière. Àusquelz il respondi à toutes lesfoiz bien et sagement, disant que l'entreprinse avoit esté faicte à la requeste de Colemach, et qu'il estoit venu et ceulx de sa partie, de loingtain pays, à grant travail et despens, pour lui acomplir son désir, lequel, lui et les siens, vouloient contretenir. Finablçmen(, après plusieurs paroles portées d'un costé et d'autre, fut conclud qu'ilz commenceroient ensemble la bataille , et lors furent faiz de par le Roy les cris acoustumez, et tantost après le roy d'armes d'Arragon s'escria en hault : Que les champions dessusdiz feissent leur devoir. Et adonc

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yssirent de leurs tentes aussi tost les ungs comme les autres, chascuu d'eulx tenaus leurs haches en leurs mains, et commencèrent à marcher l'un envers l'autre moult fièrement. Si avoient les Arragonnois ensemble proposé de assembler eulx deux de première venue sur le séneschal pour lé ruer jus. Et estoient les deux parties tout de pié, et entendoient qu'il feust à l'un des boutz loing des autres, mais il estoit sur le mylieu. Et quant ce vint à l'aproucher, ledit séneschal s'avança devant les autres de trois à quatre pas , et assembla premier à Colemach , qui ce jour avoit esté fait chevalier de la main du Roy, et lui donna si grant cop de sa hache sur le costé de son bac i net, qu'il le fist desniarcher et tourner demy tour. Et les autres assemblèrent chascun endroit soy, tant d'une partie comme d'autre, très vaillamment. Toutesfoiz, messire Jaques de Montenay gecta sa hache jus, etprint messire Pierre de Mouscade d'une main par le bort dessoubz les lames, et en l'autre avoit sa dague, dont il le cuida férir par dessoubz. Mais ainsi que toutes icelles parties montroient semblant de bien besongner, le Roy les fist prendre sus. Et pourvray, selon l'apparence qu'on en povoit veoir , se la besongne se feust poursuye jusques à oultrance , les Arragonnois • estoient en grant péril de en avoir le pire. Car ledit séneschal et ceulx qui estoient avecques lui , estoient moult puissans de corps et de bien , visitez et esprouvez en armes peur faire et acomplir tout ce qu'on leur eust peu ou sceu demander par quelconque manière que ce eust esté. Et après ce que lesdiz champions eurent esté prins sus, comme dit est, le Roy avala de son eschafault dedens les lices, et requist au séneschal et à Colemach

que le surplus des armes voulsissent mectre sur lui et sur son conseil, et qu'il en feroit tant que tous devroient estre contens. Et lors le séneschal, en soy mectant à ung genoil pria moult humblement au Roy que les armes se parfeissent selon la requeste de Colemach. A quoy le Roy répliqua en requérant de rechef que le surplus fust mis sur lui : ce qui fut accordé. Si print le séneschal par la main et le mist au dessus de lui, et Colemach de l'autre costé, et ainsi les mena lui-mesmes hors des lices, et de là retournèrent chascun en leurs hostelz, où ilz se désarmèrent. Et après le Roy envoia par ses principaulx chevaliers quérir le séneschal et ses compagnons, ausquelz, par trois et quatre jours, il fist aussi grant honneur et récepcion en son hostel comme il eust peu faire de ses propres frères. Et après qu'il les eut accordez avec leur adverse partie, leur fist dons et beaulx présens. Et puis se départirent de là et retournèrent en France , et ledit séneschal , en Haynnau.

(Duquel temps, l'admirai de Bretaigne, le seigneur du Chastel et plusieurs autres chevaliers et escuiers , tant dudit pays de Bretaigne comme de Normendie, jusques à douze cens combatans ou plus, montèrent en plusieurs nefz au port de Saint-Mâlo , et se mirent en mer pour aler descendre au port de Terdrenne 1 . Mais

iT Dans l'original on peut lire également Terdrenne ou Terdremie. Le ms. 8345 donne Terdremue. L'édit. de Vérard, Treraue. Buchon qui lisait Tordre/me , dit qu'il a fait de vaines recherches pour trouver un port sur la côte d'Angleterre qui repondît à ce nom. Quant à l'édit. de 1572, elle donne Atemue. Le ms. Suppl. fr. 93 donne Tmuc, avec un signe d'abréviation sur le t , qui fait lire Termue , dont à la rigueur on peut faire Darmoutli. C'est

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ledit admirai et plusieurs autres desloèrent à descendre ilec. Neantmoins, ledit seigneur DuChastelet plusieurs autres descendirent et prindrent port, pensant que les autres les suivissent, ce que point ne se fist. Et se alèrent très vaillamment combatre aux Anglois, qui en graut nombre s'estoient là assemblez , et tant dura la besongne qu'en la fin les Bretons et Normans y furent desconfis. Et y fut occis le dessusdit seigneur Du Chastel et ses deux frères, messire Jehan Martel, chevalier normant, et plusieurs autres. Et si en y eut environ cinquante de prisonniers 1 , desquelz estoit le seigneur de Blaqueville, qui depuis eschapèrent par finance. Et l'admirai dessusdit, avecques ceulx qui demourèrent ou navire , se retraïrent en leur pays , tristes et dolens de leur perte.

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