CHAPITRE XXII
Comment le duc Jehan rie Bourgongne , après le décès de la duchesse , sa mère , fut receu es bdnnes villes de la Conté de Flandres comme seigneur. v
Au commencement de cest an le duc Jehan de Bourgongne , après ce qu'il eut esté à Paris devers le Roy, il s'en retourna en Flandres , avec lui ses gens et ses deux frères , tous deux à grant compaignie de nobles hommes d'iceulx pays. Si fut par tout receu très honnorablement et amiablement de tous ses subgetz , et lui donnèrent très beaulx dons et riches , par espécial ceulx de Gand , de Ypre, de Bruges et d'autres bonnes villes , et avec ce , lui firent tous serement de fidélité et lui promectant de le servir, obéir et aymer comme tenus y estoient. Et adonc défendi à tous ses subgetz i " 7
d'icelles deux contez , que nul ne paiast la taille derrenièrement imposée à Paris par le conseil royal, dont Loys d'Orléans,* au gré duquel la plus grant partie des besongnes du royaume se conduisoient pour ce temps, et tant que les traictiez des mariages des enfans du Roy et du duc de Bourgongne dessus nommez furent aucunement empescbez, et voult le dessusdit duc d'Orléans trouver la manière de marier le duc de Guienne , son nepveu , en autre lieu, dont moult despleut au duc de Bourgongne quant ce fut venu à sa congnoissance, et pour ce envoia tantost ses ambaxadeurs devers le Roy, la Royne et le grand conseil, niais à brief dire ilz n'eurent point response bien agréable pour leur maistre et seigneur ledit duc , et pour ce , le plus tost qu'ilz porent s'en retournèrent en Flandres devers lui ; lequel leur response oyc print conseil avecques ses féaulx sur ceste matière. Lesquelz lui conseillèrent qu'il seroit bon qu'il se traisist au plus tost qu'il pourroit bonnement, vers le Roy et son grant conseil , afin que lui estant présent il peust mieulx poursuivir les nesongnes en sa personne que ne pourroient faire ceulx qu'il y envoioit. Auquel conseil il se accorda assez légèrement , et fist ses préparatifs pour y,aler au plus tost qu'il pourroit.
Et en ce mesme temps , fut imposé un dixième sur le clergié par le pape Bénédic XIII e , lequel tenoit sa résidence et sa court en la cité de Prouvence *. Et fut causé icellui dixième pour l'union de nostre mère
1 . Benoît XIII était alors à Marseille et sur le point de se rendre à Rome pour s'entendre avec le nouveau pape Innocent VII , élu le 17 octobre 1404.
(1 i»05] D'ENGUERRAN DE MONSTRELET. 99
saincte Église. Si se devoit paier à deux termes , c'est assavoir à la Pasque et à la Saint Remy.