CHAPITRE XXX
Comment les prélats et gen» d'église du royaume de France furent mandez à Paris pour l'union de saincte Eglise*.
En ce temps, furent de par le Roy mandez à venir à Paris tous les arcevesques, évesques, abbez et autres notables et sages personnes ecclésiastiques de toutes les parties du royaume de France et du Daulphiné, a fin d'avoir advis ensemble avec le grant conseil du Roy pour l'union de toute l'Eglise universelle. Lesquelz venus , ou au moins la plus grant partie , pour ce que le Roy n'estoit point en bonne santé , fut faicte une procession générale et dicte une messe solennelle du Saint-Esperit en la chapelle royale du palais, et fut célébrée par l'arcevesque de Reims. Et lendemain, se assembla le conseil au palais, ouquel lieu estoit pour représenter la personne du Roy, le duc de Guienne, daulphin de Viennois. Si estoient avecqueslui les ducs de Berry, de Bourgongne et de Bourbon, accompaigné de plusieurs autres nobles hommes. Et pour commencer la matière, ung cordelier, très sage docteur en théologie de par l'Université de Paris, leur proposa
fu appaisié, et ne partirent point de Paris. Dont ledit duc de Bourgoigne fu moult dolent, car il savoit certainement que ledit duc d'Orléans ne tachoit que à lui destruire et faire morir. • (Bibl. imp. P Cord. 16, fol. 329 v.)
1. Il s'agit ici du XL VI f concile de Paris. Il s'ouvrit le 11 novembre 1406 et se termina le 16 janvier suivant. On y décréta la soustraction de la France à l'obédience du pape Benoît XIII. Ce qui fut confirmé par des lettres patentes de Charles VI , datées du 18 février 1406 (V. S.) Le Religieux de Saint-Denis les donne en entier (t. III, p. 473).
les fais pour quoy ceste assemblée estoit faicte, en remonstrant bien auctentiquement et notablement comment l'Eglise universelle avoit par très long temps esté , et encores estoit en très grande perplexité par le discord des deux papes contendans à la papalité , disant en oultre , qu'il estoit neccessité de y mectre briefve provision , ou autrement en pourroit estre ladicte Eglise en grande dérision et destruction.
En après, lendemain du jour saint Eloy 1 , le Roy, qui avoit recouvré santé , fut en personne oudit conseil , et avecqnes lui les princes dessusnommez , et fut assis ou siège royal , ouquel lieu il promist faire et entretenir ce qui seroit délibéré et conclud par la court de parlement. Et depuis, aucuns jours ensuivans , fut prononcé et publié par toutes les parties du royaume de France et ou Daulpbiné, que tous les bénéfices ecclésiastiques , tant dignitez comme autres, de là en avant , ne feussent donnez de par les deux contendans dessusdiz, et avecques ce, que les finances qui estoient accoustumées d'estre portées en la Chambre apostolique ne feussent plus paiées ; ains seroient iceulx bénéfices donnez et conférez par les esleuz souverains et par les patrons ordinaires, ainsi comme jadis avoit esté fait paravant les réservacions et constitucions faictes par le pape Clément , VI e de ce nom.