Lr nuit du 11 au 12 novembre
[1406] D'ENGUKRRAN DR MONSTRELEÏ. 137
serement , présent plusieurs de ses gens , que dedens le mois de mars ensuivant il retourneroit en la ville de Saint-Omer, à tout grant puissance de gens d'armes, et de là s'en yroit sur lesdiz Anglois des frontières de Boulenois les mectre en obéissance , ou il mourroit en la peine. Après lesquelles besongnes , icellui duc se parti de la ville de Saint-Omer, et toutes ses gens d'armes s'en retournèrent chascun en son pays. Pour lequel département, ceulx des pays des frontières de Boulenois et de Picardie firent grant murmure contre le conseil du Roy, et aussi contre ceulx qui avoient esmeu ceste armée, et non pas sans cause. Car pour la grande multitude de celle assemblée avoient moult traveillé les pays. Et lors, messire Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-George , qui estoit capitaine de Picardie , rendit ledit office en la main du duc Jehan de Bourgongne; ouquel office il establit le seigneur de Croy. Et adonc fut mis très grant nombre de l'artillerie du Roy ou chastel de Saint-Remy , en espérance de les reprendre en la saison ensuivant. Et après, ledit duc de Bourgongne, par Hesdin, où estoit la duchesse sa femme , s'en ala à Douay, et là oy certaines nouvelles que la duchesse de Brabant estoit alée de vie à trespas. Si estoit très desplaisant du département qu'il lui avoit convenu faire de son entreprinse de Calais , et pour ceste cause avoit en suspicion et en grant hayne plusieurs des principaulx officiers du Roy, et par espécial le duc d'Orléans, pour ce qu'on l'avoit informé que par son moien ceste roupture avoit esté faicte/Si eust, audit lieu de Douay, grans consaulx avec plusieurs des nobles de son pays sur ceste matière. Ouquel conseil fut conclud qu'il s'en yroit à Paris devers
le Roy, pour impëtrer de parfurnir son intencion au mars ensuivant. Lequel voyage de Paris il fist assez hastivement, et y ala très grandement acompaigné. Et fist plainte au Roy, au duc de Berry et à plusieurs autres du grant conseil , des besongnes dessusdictes , en remonstrant qu'on lui avoit fait très grant honte et dommage de lui avoir ordonné et fait faire une si puissante et grande assemblée pour riens faire. Néantmoins , pour ceste foiz fut appaisé assez doulcement , tant du Roy comme des autres seigneurs. Et lui furent remonstrez plusieurs poins pour quoy il estoit de neccessité et prouffitable d'avoir ainsi fait. Et tant , que , en fin, tellement quellement, il monstra semblant d'estre assez content. Car on lui donna espérance que au plus brief que le Roy pourroit bonnement , la besongne se parferoit*.
i. Voici comment la chronique (Cord. 16) raconte les mêmes faits, c En cel an meisme fist le duc de Bourgoigne une grande et noble assemblée de gens d'armes environ Saint-Omer, et fist carpenter grant foison d'engiens et habillemens de guerre pour asségier la ville de Calaix ; et furent tous ordonnez et banyères desployez pour aller mectre ledit siège, et esloient les processions faictez par les bonnes villes de Piccardie et de Flandres. Mais par mandement très espécial du roy de France il convint laissier ladicte emprise. Et fu commune renommée que le duc d'Orléans fut cause de ladicte deffence. Dont le duc de Bourgoigne fu très dolent , et recommença la guerre et la hayne plus grande que oncques mais. Et retourna ledit de Bourgoigne à Paris, avoec luy ses deux frères, lesquels y roenoient très grand puissance de gens. Et y fut l'évesque de Liège à belle compaignie, lequel évesque estoit frères au conte de Haynau et à la femme du duc de Bourgoigne. Et furent un jour en armes et en cottes d'armes dedens la ville de Paris pour aller combattre ledit duc d'Orléans qui estoit au bois de Vissaine, et que on disoit venir à Paris. Mais par le moien du roy Loys et des ducqs de Berry et de Bourbon la chose
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