‹ La chronique d'Enguerran de MonstreletChapitre 77 sur 135 · Ses gens, ses serviteurs, amis et clients (Familia · texte numérisé non relu

Ses gens, ses serviteurs, amis et clients (Familia

2. L'hôtel de Rieux était situé dans la Vieille rue du Temple, à peu près devant le marché actuel de Sainte- Catherine , et aboutissait par derrière à la rue des Singes. Voy. le Mém. de Bonamy.

3. C'est l'église des Blancs-Manteaux. A l'époque qui nous occupe c'était un prieuré de Guillemites , religieux suivant la règle de saint Benoît et qui s'étaient d'abord établis à Mont rouge. On les appelait Blancs-Manteaux, à cause de la couleur de leur habit.

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main, bien matin, fut par ses gens trouvée la main dudit duc et partie de sa cervelle , sur les quarreaulx, laquelle fut recueillie et mise ou sarcus avecques le corps. Et tost après, tous les princes estans oudit lieu de Paris, excepté le Roy et ses enfans, c'estassavoir le roy Loys de Cécile, le duc de Berry, le duc de Bourgongne, le duc de Bourbon, le marquis de Pont, le conte de Nevers, le conte de Clermont, le conte de Vendosme, le conte de Saint-Paul, le conte de Dampmartin, le connestable de France, et plusieurs autres, tant gens d'église comme nobles, avecques grant multitude du peuple de Paris, vindrent tous ensemble à ladicte église de Saint-Guillaume. Et là, les principaulx de la famille dudit duc d'Orléans prindrent son corps avecques le sarcus, et le mirent bors de ladicte église, et avec grand nombre de torches allumées, lesquelles portoient les escuiers dudit duc defunct. Et a chascun côté du corps , estoient par ordre , faisans pleurs et gratis gémiscements , .c'estassavoir, le roy Loys, le duc de Berry, le duc de Bourgongne et le duc de Bourbon, chascun d'eulx tenant la main au drap qui estoit sur le sarcus. Et après eulx, estoient par ordonnance, chascun selon son estât, les princes, le clergé, les barons, tous recommandans son âme à Dieu son créateur, et le portèrent en celle manière jusques à Péglise des Célestins. Et là, après son service fait très solennellement, fut enterré très honorablement en une chapelle très excellente, laquelle il avoit fait faire et fonder. Et après icellui service fait et accompli, les princes dessusdiz et tous les autres, s'en retournèrent chascun en son hostel. Si estoient en grant souspecon de savoir la vérité du dessusdit homicide ainsi fait sur

ledit duc d'Orléans. Et de prime face fut aucunement souspeçonné que messire Aubert de Chauny n'en feust coulpable, pour la grant hayne qu'il avoit audit duc à cause de ce que audit messire Aubert avoit sa femme soustraie te, et emmenée avecques lui. Et tant avoit tenu icelle dame en sa compaignie qu'il en avoit ung filz, duquel et de son gouvernement sera faicte mencion cy-après. Mais tant os t après on sçeut la vérité dudit homicide, et que ledit seigneur de Chauny n'en estoit en riens coulpable. Et en ce mesme jour, Isabel, la royne de France, quant elle sçeut les nouvelles dudit homicide fait tant près de son hostel, conçeut si grant fraieur et horreur que, posé qu'elle n'eust pas encores acompli sa gésine, néantmoins se fist mectre sur une lictière par son frère Loys de Bavière, et autres de ses gens, et se fist porter à l'hostel de Saint- Pol en la chambre prouchaine de la chambre du Roy, et là se loga, pour plus grant seureté. Et mesmement la nuit que ledit maléfice fut perpétré, y eut plusieurs nobles qui se armèrent, comme le conte de Saint-Pol et plusieurs autres, lesquelz se tindrent en l'hostel du Roy leur souverain seigneur, non sachant quelle chose de celle besongne s'en pourroit ensuir 1 .

Et après le corps dudit duc d'Orléans mis en terre comme dit est, s'assemblèrent tous les princes en l'hostel du Roy avec le conseil royal et autres gens de justice, ausquelz fut commandé par lesdis seigneurs qu'ils feissent bonne diligence d'enquerre se par nulle voye on pourroit parcevoir qui avoit esté l'acteur, ne

1 . Voy. le Mémoire de Bonamy (Méra. de l'Acad. des Inscript., t. XUH ). Voy. aussi nos Pièces justificatives.

les complices de faire ceste besongne. Et avec ce, fut ordonné que toutes les portes de Paris, réservé deux, feussent fermées, et que icelles deux feussent bien gardées pour savoir qui en ystroit.

Après lesquelles ordonnances et aucunes autres, lesdiz seigneurs et le conseil royal se retrairent tous confus et en très grant tristesse en leurs hostelz. Et lendemain qui fut le vendredi se rassembla ledit conseil en rhostel du Roy à Saint-Pol, ou quel lieu estoient le roy Loys de Cécile , les ducs de Berry, de Bourgongne et de Bourbon et moult d'autres gens de grant seigneurie. Et tantost après vint là le prévost de Paris , auquel le duc de Berry demanda quelle diligence il avoit faicte sur la mort de si grant seigneur comme le seul frère du Roy. Lequel prévost respondi qu'il en avoit faicte la plus grande diligence qu'il avoit peu, mais encores n'en povoit savoir la vérité ; disant que se on le laissoit entrer dedens les hostelz des serviteurs du Roy et aussi des autres princes, par aventure, comme il crédit , trouveroit-il la vérité des acteurs ou des complices. Et lors , le roy Loys, le duc de Berry et le duc de Bourbon lui donnèrent congié et licence de entrer par tout où bon lui sembleroit. Et adonc , le duc Jehan de Bourgongne, oyant la licence octroiée par iceulx seigneurs au prévost de Paris, eut doubtance et crainte, et pour ce , tira il à part le roy Loys et le duc de Berry, son oncle , et en .brief leur confessa et dist que par l'inlroduction du dyable il avoit fait faire cet homicide par Raoulet d'Àctonville et ses complices. I^esquelz seigneurs, oyans ceste confession, eurent si grande admiracion et tristesse au cuer, qu'à peine lui porent il donner response. Et ce qu'ilz lui en don-

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nèrent , ce fut en lui très grandement réprouvant la condicion et manière du très cruel homicide ainsi par lui perpétré en la personne de son propre cousin germain. Et après qu'ilz eurent oy la congnoissance dudit duc de Bourgongne, retournèrent devers le conseil et ne déclairèrent point prestement ce qu'il leur avoit dit. Et tost après , ledit conseil fine , chascun s'en retourna en son hostel.

Lendemain , qui fut le samedi , environ dix heures devant nonne , furent les seigneurs devantdicz assemblez en l'hostel de Neelle *, où estoit logié le duc de Berry, pour tenir le conseil royal. Ouquel lieu , pour estre à icellui conseil , vint le duc de Bourgongne , ainsi qu'il avoit acoustumé, en sa compaignie, le conte Waleran de Saint-Pol. Mais quant il vint pour entrer dedens, son oncle le duc tie Berry lui dist : « Beau nepveu ! n'entrez point au conseil pour ceste foiz. 11 ne plaist mie bien à chascun que vous y soiez. » Et sur ce, ledit duc de Berry rentra dedens, et fist tenir les huis fermez ainsi qu'il avoit esté ordonné par ledit conseil. Et alors, ledit duc Jehan de Bourgongne, tout confus et en grant doubte , demanda au conte Waleran de Saint-Pol : « Beau cousin , qu'avons nous à faire sur ce que vous oez? » Et le conte Waleran lui fist response : « Monseigneur, pardonnez moy, je yray vers mes seigneurs au conseil, lesquelz me ont mandé.» Et après ces paroles, ledit duc de Bourgongne, en

i . Il y avait à Paris deux hôtels de Nesle. Celui dont il s'agit ici est le fameux hôtel de Nesle, situe vis-à-vis du Louvre, sur remplacement actuel de l'Institut. L'autre hôtel de Nesle, moins connu , fut appelé dans la suite l'hôtel de Soissons. Il se trouvait sur remplacement actuel de la Halle aux Lit s.

grant doubtance retourna en son hostel d'Artois. Et afin qu'il ne feust prins ne arresté , sans délay monta à cheval avec six de ses hommes seulement en sa compagnie , et se parti par la porte Saint-Denis , et hastivement chevaucha en prenant aucuns chevaulx nouveaulx , sans arrester en nulle place , jusques à son hostel de Bapaumes. Et quant il eut ung petit dormy, il s'en ala sans délay à Lisle en Flandres. Et ses gens qu'il avoit laissez audit lieu de Paris, le suivirent le plus tost qu'ilz porent , doubtans d'estre arrestez et prins. Et pareillement, Raoulet d'Aquetonville et ses complices, leurs vestemens changez et desguisez, se partirent de Paris par divers lieux , et tous ensemble s'en alèrent loger dedens le chastel de Lens en Artois , par l'ordonnance dudit duc Jehan de Bourgongne, leur maistre et leur seigneur.

Ainsi et par celle manière se départit icellui duc , après la mort dudit duc d'Orléans, de la ville de Paris, à petite compaignie, et laissa en i celle ville la seigneurie de France en grant tristesse et desplaisance. Et toutes foi z ceulx de l'ostel dudit duc d'Orléans mort , quant ilz oyrent le secret partement dudit duc de Bourgongne , se armèrent jusques au nombre de six vingts hommes, desquelz estoit l'un des principaulx , messire Clugnet de Brabant , et eulx , montez à cheval, se partirent de Paris pour suivir ledit duc de Bourgongne , en entencion de le mectre à mort s'ils l'eussent peu actaindre. Mais ce faire leur fut défendu par le roy Loys de Cécile, et pour ce s'en retournèrent grandement courroucez en leurs hostels. Si fut lors dénoncé par toute la cité de Paris et tout commun , que ledit duc de Bourgongne avoit fait faire

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cest homicide. Dont le peuple de Paris , qui n'estoit pas bien content dudit duc d'Orléans, et point ne l'avoient en grâce pour ce qu'ilz entendoient que par son moien les tailles et autres subsides s'entretenoient, commencèrent à dire l'un à l'autre , en secret : Ije baston noueux est plané x !

Ceste doloreuse mort fut l'année du grant y ver , l'an mil quatre cens et sept , et dura la gelée soixante six jours en ung tenant, très terrible et tant que au desgeler, le Pont Neuf de Paris fut abatu en Seine. Et moult firent ces eaues et gelées de grans dommages en plusieurs contrées du royaume de France *.

Et quant est à parler des discordes , haynes et envies que avoient l'un contre l'autre les ducs d'Orléans et de Bourgongne avant la mort d'icellui duc d'Orléans , et des manières qui avoient esté tenues par iceulx, n'est jà besoin d'en faire en ce présent chapitre récitation pour ce qu'il sera au long et plus à plain déclairé es proposicions qui pour ce furent faictes, dedens brief temps après ensuivant, c'estassavoir par la justificacion que fist proposer le duc Jehan de Bourgongne, hault et publiquement, devant le Roy, plusieurs princes et autres notables personnes, tant ecclésiastiques que séculiers ; et les accusacions pour quoy il disoit et advouoit avoir fait mettre à mort ledit duc d'Orléans, et pareillement par les responses que depuis en fist faire et proposer la duchesse d'Orléans doagière

\ . Allusion aux devises des deux princes. On se rappelle que Louis d'Orléans avait pris pour la sienne un bâton noueux ou estoc, et Jean sans Peur, un rabot.

t. Nous donnons dans nos Pièces justificatives un extrait curieux des registres du Parlement relatif à ce désastre.

et ses enfans, pour les excusacions de son feu mary. Desquelles propositions, les copies seront mises et escriptes en ce présent livre, tout ainsi et par la manière qu'elles furent proposées, présent le conseil royal , et autres gens de plusieurs estas en très granJe multitude \

i . Nous ajoutons ici le récit de la chronique Cord. i 6 , et la sortie haineuse qu'elle contient contre le duc d'Orléans.

« Le jour Saint-Clément, xxiu* jour de novembre , après soupper, fu le duc d'Orléans occis et tuez par Rollet d'Octon ville et ses complices , en la ville de Paris , et fu laissiés tout mors enmy la rue , par le commandement du duc de Bourgoigne , lequel advoa depuis ledit Roui I et et sesdiz complices de tout le fait entièrement. Et fist depuis déclairier les causes pourquoy il Tavoil fait raorir, en la présence de plusieurs princes et seigneurs de France. Et après la mort dudit duc d'Orléans et l'enterrement d'icelui , qui fu en l'église des Célestins audit lieu de Paris, ledit de Bourgoigne se party hastivement et s'en retourna en Flandres pour les périlz eschiever, car les alliés dudit duc d'Orléans estoient en grant nombre et à grand puissance audit lieu de Paris. Et fu icelui duc de Bourgoigne à l'enterrement dudit duc d'Orléans et mena le deuil avoec les aultres, dont plusieurs maintinrent que il fu mai conseUUé.

c De celle mort fu le commun peuple moult joieux , car ledit duc d'Orléans leur faisoit souffrir moult de maux par les grandes tailles et aides que il faisoit souvent cuellir et mettre sus, el nom du Roy. Et tout retournoit à son seul et singulier plaisir et pourfit , et en faisoit forteresses et chasteaux, et en soustenoit houriers, curatiers et gens de meschante vie , comme dansseurs, dateurs et gens de nient. Et aussi en maintenoit ses grans estas et ses ribaudes. Car il n'estoit si grande qu'il ne volsist déchevoir, et en deshonnoura mainte, dont ce fu pitez. Desquelles je me passe légièrement. » (Bibl. imp. Cord, 16, fol. 330.)

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