‹ La chronique d'Enguerran de MonstreletChapitre 81 sur 135 · Àdolf IV. 11 avait épousé Marie de Bourgogne en · texte numérisé non relu

Àdolf IV. 11 avait épousé Marie de Bourgogne en

Y autre avoit fer de rochet. Pour quoy fut dit de plusieurs nobles estans en icelle assemblée que ledit duc les y avoit fait mettre en signifiance que qui vouldroit avoir à lui paix ou guerre , si le prinst. Pour quoy le roy Loys et le duc de Berry partans de Paris, à tout environ deux cens chevaulx , avoient plusieurs paysans qui descouvroient les chemins de ladicte nège, à tout instrumens tous propices à ce faire, et vindrent audit lieu d'Amiens au jour qui estoit assigné. A rencontre desquelz yssi le duc de Bourgongne et ses deux frères, grandement acompaignez , pour les honnorcr. Si firent les ungs aux autres grande révérence, et après se loga ledit roy Loys en l'ostel de l'évesque, et le duc de Berry à Saint-Martin en Jumeaulx. Et ce pendant le duc de Bourbon et son filz avecques lui , Jehan , conte de Clermont , triste et dolent de la mort du duc d'Orléans son nepveu , se parti de Paris et s'en retira en la duché de Bourbon. Et ainsi comme lesdiz seigneurs estoient venus à Amiens , comme dit est, avec le grant conseil du Roy, pour tendre à ce qu'ilz peussent trouver ung appoinctement raisonnable de paix pour le bien des deux parties, c'estassavoir d'Orléans et de Bourgongne , et principalement pour le bien du Roy et de son royaume, toutesfois ne le porent trouver, pour ce que lors le duc Jehan de Bourgongne estoit tellement affermé en son propos et opinion , que nullement de ce fait ne vouloit demander au Roy pardon , ne requérir rémission , ains lui sembloit que ledit Roy et son conseil le dévoient avoir grandement pour recommandé pour avoir fait celle besongne. Et pour soustenir ceste matière avoit avec lui trois maistres en théologie de grant famé et renommée , de

l'Université de Paris, c'estassavoir maistre Jehan Petit, qui depuis proposa pour lui à Paris , et deux autres , lesquels dirent publiquement devant les princes et conseil royaulx estans audit lieu d'Amiens , que chose licite avoit esté au duc de Bourgongne de faire ce qu'il avoit fait au duc d'Orléans , disans oultre , que s'il ne l'eust fait , il eust très grandement péchié , et estoient pretz et appareillez de ce soustenir contre tous disans le contraire. Toutesfoiz , après ce que les parties eurent par plusieurs jours débatue ladicte matière, et qu'ilz ne peurent venir à conclusion telle que ceulx qui estoient venus de par le Roy le désiroient , c'est» assavoir de paix , et que le conseil fut fine, se départirent , après qu'ilz eurent signifié audit duc de Bourgongne de par le roy de France, que pas n'alast devers lui à Paris , s'il n'y estoit mandé. Et puis s'en retournèrent audit lieu de Paris. Néantmoins ledit duc de Bourgongne ne leur voult pas accorder de non y aler, mais leur dist tout pleinement que son entencion estoit de , au plus brief qu'il pourroit , aler faire ses excusacions audit lieu de Paris devers le Roy. Et lendemain du département des seigneurs dessusdiz, ledit duc de Bourgongne et ses deux frères avec , et ceulx qui l'avoient amené, s'en retournèrent en la ville d'Arras , réservé le conte Waleran de Saint-Pol, qui après le département dudit duc demoura bien six jours audit lieu d'Amiens. Et quant le roy Loys, le duc de Berry et les autres seigneurs du conseil du Roy furent retournez à Paris, comme dit est, et qu'ilz eureut faicte leur relacion en la présence du Roy et plusieurs princes du grant conseil , et remonstré bien et au long les responses que ledit duc de Bourgongne

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avoit faictes , et comment il lui sembloit que le Roy estoit grandement tenu de le remercier en plusieurs manières pour la mort et homicide qu'il avoit fait faire en la personne du duc d'Orléans, ne le prindrent point bien en gré, et leur sembla estre grant merveille et grande présumpcion faicte par ledit duc de Bourgongne. Si en fut parlé en diverses manières , et par espécial de ceulx qui tenoient la partie du duc d'Orléans. Et leur sembloit que moult hastivement le Roy devoit assembler toute sa puissance pour le subjuguer en faire justice selon le cas. Les autres, tenans la partie dudit duc de Bourgongne , estoient de contraire opinion , et leur sembloit que en ce il avoit ung grant service fait au Roy et à sa généracion. Et par espécial, la plus forte et plus grande partie des Parisiens estoit pour ledit duc de Bourgongne, et l'amoient moult. Et la cause pour quoy ilz estoient si affectez à lui, estoit pour ce qu'ilz espéroient que par son moien et pourchas, les tailles et subsides qui couroient ou royaume de France seroient mises jus , et que ledit duc d'Orléans, tout son vivant, avoit esté cause de les entretenir, pour ce qu'il en avoit grans proufïis à sa part.

En après, icellui duc de Bourgongne s'en ala en son pays de Flandres ! , où il manda très grant nombre de gens d'armes et de grans seigneurs pour aler avec lui à Paris, devers le Roy, jà soit ce que le roy Loys et le duc de Berry lui avoient dit et défendu de par le Roy qu il n'y alast point jusques à ce qu'il lui seroit mandé. Pour tant , ne s'en volt point déporter, ains par plusieurs journées se tira en la ville de Saint-Denis en

1. Il en partit au mois de mars, d'après la chronique Cord. 10.

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France, ouquel lieu le vindrent visiter lesdiz roy Loys, le duc de Berry et le duc de Bretaigne, et plusieurs autres du grant conseil du Roy, qui de rechef lui dirent de par le Roy, que se il ne se povoit tenir de venir à Paris en personne, au moins qu'il n'y entrast que à tout deux cens hommes. Et pour ce , ledit duc de Bourgongne se party de Saint-Denis , en sa compagnie le conte de Nevers , son frère , et le conte de Clèves , son beau-filz ; et si y estoit le duc de Lorraine qui l'accompaignoit. Et tous ensemble , très bien armez et (sic) grant compaignie de gens 1 , entra dedens la ville de Paris en entencion de justifier son fait et sa querelle, tant envers le Roy, comme envers tous autres , qu'on ne lui sçaroit que demander. A l'entrée duquel , fut démenée très grant joye par les Parisiens, et mesmement les petis enfans , en plusieurs quarrefours, à haulte voix crioient : Noël! Ce qui grandement desplaisoit à la royne de France et à plusieurs autres princes estans oudit lieu de Paris. Et s'en ala ledit duc descendre en son hostel d'Artois. Et après, quant il eut par aucuns jours esté en la ville de Paris, et qu'il sceut par ceulx qui lui estoient favorables comment il se avoit à conduire et gouverner, il trouva moien d'avoir audience envers le Roy, tous les princes là estans, le clergié et le peuple. Et print jour de faire proposer et déclairer sa justification pour la mort et homicide qu'il avoit fait faire sur la personne dudit duc Loys d'Orléans défunct. Auquel lieu il ala très bien armé, en personne, et les princes et les

\ . Le ms. Suppl. fr. 93 , met à grant cantité , et Verard , à grant quantité.

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autres seigneurs qu'il avoit amenez avecques lui, avec grant nombre de Parisiens qui le compaignèrent.

Ce pendant que ledit duc estoit à Paris , lui et les siens estoient tous les jours très bien armez. Dont les autres princes et tout le conseil royal estoient moult esmerveillez , et n'osoient bonnement dire ne faire chose qui leur fut désagréable, pour ce principalement que ledit peuple estoit ainsi affecté à lui, et qu'il se tenoit fort garny de gens d'armes, et estoit tousjours fort acompaigné en son hostel. Car il fist loger au plus près de lui tous ceulx qu'il a voit amenez, ou au moins la plus grant partie. Et mesmement , en ces propres jours fist faire et édifier à puissance d'ouvriers une forte chambre de pierre bien taillée en manière d'une tour, dedens laquelle il se couchoit par nuit. Et estoit ladicte chambre fort avantageuse pour le garder.

De laquelle justification dudit duc de Bourgongne, la teneur s'ensuit cy-après, laquelle sera déclairée mot après autre.

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