CHAPITRE XXXVIII
Comment le duc Jehan de Bourgoogne fist grant assemblée de ses nobles en la ville de Lisle lez Flandres pour avoir conseil sur la mort du duc d'Orléans, et autres matières suivans.
Or est ainsi que le duc Jehan de Bourgongne , lors estant à Lisle , fist évoquer à venir devers lui tous les nobles et clercs et autres de son conseil, pour avoir advis sur la mort du duc d'Orléans, dont dessus est faicte mencion. Desquelz hommes de conseil fut grandement reconforté. Et de là, s'en ala à Gand où estoit la duchesse sa femme, et manda les trois estatz du pays de Flandres,' auxquelz il fist remonstrer par maistre Jehan de La Saulx , son conseiller publiquement, comment, à Paris, il avoit fait tuer Loys, duc d'Orléans. Et la cause pour quoy il l'avoit fait , il le fist lors divulguer par beaulx articles , et commanda que la copie en feust baillée par escript à tous ceulx qui la vouldroient avoir. Pour lequel fait il pria qu'on lui voulsist faire aide à tous besoings qui lui pourroient survenir. A quoy lui fut respondu des Flamens, que très volontiers aide lui feroient; et pareillement, ceulx de Lisle et de Douay. Et les Artésiens , oyans et
1. Jean de Saulx , chevalier, seigneur de Courtivron, chancelier du duc de Bourgogne.
entendans le fait de ceste mort et la requeste qu'il faisoit, promirent de lui faire aide contre tous ceulx à qui il pourroit avoir à faire , excepté la personne du Roy et ses enfans. Et estoient les articles qu'il fîst proposer, telz ou paraulx que maistre Jehan Petit proposa à Paris par l'ordonnance et commandement dudit duc, présent le conseil royal. De laquelle proposicion plus à plain sera faicte mencion. Ouquel temps, le roy Loys et le duc de Berry envoièrent leurs messagers portans leurs lectres en la ville de Usle devers le duc de Bourgongne qui là estoit retourné, par lesquelles lui requéroient bien acertes qu'il voulsist venir à eulx en la ville d'Amiens, à certain jour qu'ilz lui firent savoir, pour là eulx ensemble parler et avoir conseil sur le fait de la mort du duc d'Orléans. Auxquelz messagers fut respondu et promis, de par le duc de Bourgongne, y aler. Et pour ceste cause, pria à ceulx de Flandres et d'Artois qu'on lui prestast aide de certaine somme d'argent ; laquelle lui fut accordée , et après fist grande assemblée et préparacion. Et le jour du parlement approuchant , ala d'Arras à Corbie , ses deux frères en sa compaignie , c'estassavoir le duc de Brabant et le conte de Nevers , son beau filz le conte de Clèves ! , le conte de Namur et plusieurs autres , jusques à trois mille combatans bien armez , avecques plusieurs hommes de conseil, et au jour qui lui estoit assigné. Et tira de Corbie en la ville d'Amiens, et se loga en l'ostel d'un bourgois nommé Jaques de Hangart. Auquel hostel, ledit duc fist peindre par dessus Tuis deux lances dont l'une avoit fer de guerre, et