‹ La Chronique de France (volume 2)Chapitre 10 sur 31 · LA CHR»3NI<:>CE · texte numérisé non relu

LA CHR»3NI<:>CE

proviseur de Lycée c est, en France, qn'un foncdcniLiire métiiocrenient considéré, peu rétribué et sur lequel pèsent les mîrutîes du règlement le plus mesquin qui se puisse imaginer. H n*a le droit de rien décider, il ne peut dépenser un centime sans la permission de ses supérieurs : proviseur, professeurs, surveillants et élèves sont ainsi réduits à une dépendance absolue, qui leur enlève jusqu'à l'idée d'une initiative possible.

On a tenté récemment de créer des écoles secondaires basées sur de tout autres principes. Un publiciste de quelque talent, M. Demolins, après avoir exposé dans ses livres des idées émancipatrices que d'autres, du reste, avaient déjà exprimées avant lui, a créé en province, non loin de Paris, l'Ecole des Roches, qui est un internat à l'anglaise ; les élèves y jouissent d'un grand confort, s'y livrent aux sports, vivent avec leurs professeurs... Le prix élevé de la pension et surtout la crainte que les élèves de cette école ne se montrent, aux examens, très inférieurs à leurs camarades des lycées et des collèges ecclésiastiques, où l'on travaille bien davantage, sont des objections sérieuses au succès de cette tentative, d'ailleurs intéressante et méritoire. Il est très difficile de faire vivre, en France,

des fondations de ce genre; elles sont presque fatalement condamnées à être écrasées entre la double et formidable puissance de l'enseignement de l'Etat et de l'enseignement congréganiste.

L'année 1900 a vu disparaître, dans le Père Didon, de l'ordre des Dominicains, une belle figure d'éducateur. Devenu Prieur du Collège d'Arcueil, le Père Didon y avait établi un régime beaucoup plus sain que celui des autres établissements d'éducation français. Les exercices physiques et un usage prudent de la liberté y étaient organisés de façon à ne pas nuire aux études ; mais l'inconvénient de cette grande œuvre était d'avoir pour pierre angulaire, la forte personnalité d'un homme, lequel, en disparaissant subitement, l'a sans doute irrémédiablement ébranlée. Les progrès de l'externat étant constants en France, les autorités pédagogiques verront bientôt leur rôle réduit à l'enseignement ; la famille les déchargera, en grande partie, de ce qui concerne l'éducation. Ce sera à elle de pourvoir à cette formation du caractère, à cet entraînement viril qui s'accomplissent aujourd'hui d'une manière si insuffisante. Y parviendrat-elle ? On aurait le droit d'en douter si l'opinion ne marquait, à cet égard, de tardifs mais heureux

revirements. Elle perçoit, peu à peu, les nécessités qui s'imposent ; elle ne les perçoit pas assez fortement pour renverser, dans la pédagogie officielle, les puissantes barrières qu'a élevées une routine de plusieurs siècles, mais assez pour transformer l'influence des parents et l'action du foyer familial.

Commerce et Navigation,

Nous avons dit que l'insouciance avec laquelle les Français laissaient s'augmenter le chifiire de leurs dépenses publiques provenait, pour une large part, de la confiance exaltée en eux par la rapidité et la puissance du relèvement économique qui suivit la guerre de 1870. Où en sont les choses et si, ce qu'à Dieu ne plaise, de pareils malheurs fondaient à nouveau sur notre pays, son relèvement s opèrerait-il avec la même puissance et la même rapidité ? La question est bien difficile à trancher, tant il y a de contradictions et de diversités dans les renseignements qu'apporte la statistique. Le tableau du commerce extérieur de la France pour 1899, publié en octobre 1900 par la Direction Générale des Douanes, est un document

qui fournit pourtant quelques indications précieuses. Il indique une assez notable augmentation des échanges.

Les entrées et les sorties avaient atteint, en 1890 et 189 1, des chiffres élevés; puis ces chiffres avaient fléchi de 1892 à 1895, et non seulement les importations, ce que l'application des tarifs protectionnistes rendait naturel, mais encore les exportations. Une crise très aiguë sévissait, il est vrai, dans le même moment, sur les marchés du monde entier, et des pays aussi prospères que l'Allemagne et les Etats-Unis, en plein élan depuis 1889, se trouvaient arrêtés dans leurs progrès et subissaient même un recul marqué. La reprise à laquelle nous assistons est générale comme l'avait été le recul, mais, en ce qui concerne la France, elle est sensiblement augmentée par le mouvement d'affaires auquel a donné lieu l'approche de l'Exposition. Le hasard des circonstances conspire de la sorte pour rendre plus difficiles à apprécier les conséquences véritables du régime protectionniste, et cela est infiniment regrettable parce que nulle question n'est, à l'heure actuelle, d'un intérêt plus vital pour la France.

Sous l'influence des éléments divers qui pesaient

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sur sa condition économique, la France qui avait enregistré, par exemple, un trafic de 8. 189 millions — au commerce spécial, — en 1890, et de 8.337 en 1891, était tombée brusquement à 7.092 en 1895. I^ès 1896, la courbe commença à remonter. En 1898, le chiffre correspondant à ceux que nous venons de citer fut de 7.982 millions; il fut, en 1899, de 8.670. L'analyse de cette majoration de 688 millions est intéressante. Ce sont, en effet, les exportations qui l'ont déterminée ; tandis que Jes importations restaient presque stationnaires (4.518 millions contre 4.472, chiffre encore bien inférieur à celui de 1891), les exportations sautaient de 3.710 millions à 4.152, soit en douze mois un accroissement de 17 à 18 pour 100. D n'est pas moins intéressant de comparer ces données par contrée et par nature des produits. Parmi les Etats dont la France est la cliente, quelques-uns ont bénéficié, de 1898 à 1S99, de plus-values considérables. L'Angleterre figure, comme toujours, au premier rang avec un gain de 86 millions; la Chine en gagne 50, le Japon 41, la République Argentine 47, la Beîi::^uc 17 (i). Il y a reprise

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