PROBLÈMES ET RÉFORMES
II convient de dire quelques mpts de certains problèmes d'ordre général, qui se sont posés au cours de Tannée, ou qui, s'étant posés antérieurement, ont continué d'occuper l'opinion. Le plus important est sans doute le problème économique et financier.
Vimpasse budgétaire,
« Depuis plusieurs années, écrivait à propos du ûudget de 1900 unéminent publiciste, bien connu
194 LA CHBOMQCE
pour sa compétence financière, M. Rapbaâ-Geoiges Lévy, le budget n'est plus qu'un compte de prévision hâtivement dressé, voté péniblement et avec un retard monstrueux. Xos ministres, et à leur suite les commissions du budget, semblent avoir renoncé à faire de cet acte si important ce qu'il devrait être, c'est-à-dire un effort constant vers l'amélioration générale de la machine administrative, vers l'application des principes d'une politique et d'une économie politique élevées, vers un état plus sain et plus fort, en un mot la voie ouverte aux réformes de toute nature». Et plus loin, traçant le portrait du « ministre idéal », l'auteur ajoutait : « La tâche d'un ministre des finances est économique avant d'être financière ; il doit avoir présentes à l'esprit, les principales branches de l'activité du pays, connaître celles qui sont susceptibles du plus grand développement, s'efforcer de les encourager, de faciliter leur travail en diminuant ou en supprimant les entraves qui s'opposent à la libre expansion des forces... Mais une pareille œuvre ne saurait être menée à bonne fin que par un homme qui reste au pouvoir pendant de longues années )^ .
Ainsi rinstabilité ministérielle vient ajouter aux
néfastes résultats des mauvaises pratiques financières. Au nombre de ces dernières, il faut noter la jonction au budget, par la faute du gouvernement lui-même, de lois réformatrices, propres à troubler l'équilibre budgétaire. C'est ainsi que la loi sur les successions établissant une taxe progressive et qui avait été présentée d'abord au Sénat, lui fut retirée en juin 1900, pour être incorporée au budget de 1901, où elle figure comme devant produire un boni de 10.434.000 francs. Généralement pris de court et pressé d'aboutir, il arrive encore que le Gouvernement se trompe dans ses évaluations ou se tire d'affaire en inscrivant ce qu'on pourrait appeler des « amorces de dépenses » . Dans ce même budget de 1 901, on a relevé une colossale erreur qui consistait à alléger la dette flottante des 4 milliards de dépôts des Caisses d'Epargne. Ces dépôts sont représentés par près de 2 milliards de rente perpétuelle et plus de 2 milliards de rente amortissable ; mais en réalité ils sont, de par leur nature même, exigibles du jour au lendemain ; l'erreur était involontaire. Voici maintenant des « trucs» qui ne le sont point : On inscrit 115 millions au chapitre des « constructions navales», alors qu'il en faudrait 171 pour
pouvoir exécuter le plan voté par la Chambre. On escompte une réduction notable de l'effectif de renfort, envoyé à Diégo-Suarez au commencement de 1900 ; il faudrait pour l'y maintenir 8 millions 1/2 : on en inscrit 3. Pour les travaux de fortification et d'armement des points d'appui de la flotte, la dépense totale, d'après le projet de loi adopté par la Chambre, sera de 61 millions; 56 restent à dépenser en 4 ans, ce qui suppose une moyenne de 14 millions par an. Or, on ne prévoit pour 1 901, que 6 millions; aussi la Commission du budget a-t-elle cru devoir attirer l'attention des députés « sur le danger éventuel de la lenteur avec laquelle ces travaux paraissent devoir être exécutés». Pour le maintien en Chine du corps expéditionnaire français, aucun crédit n'a été inscrit ; on projette d'ouvrir un compte spécial des opérations militaires en Extrême-Orient à l'aide d'obligations du Trésor à court terme, que l'indemnité payée par la Chine permettrait ensuite de rembourser. Une augmentation de la solde des capitaines a été résolue ; elle contenait 6 millions : on en inscrit 3, de sorte que l'amélioration ne pourra être réalisée qu'à partir du i"" juillet pour une demi-année; mais pour le budget de 1902,
il n'en faudra pas moins trouver 6 millions... et ainsi de suite.
"La France dépense à peu près lo millions par jour, et le Français paye à TEtat 75 francs par an, en moyenne, alors qu'un Anglais paye 60 francs, un Autrichien et un Hollandais 44, un Prussien 30. Comment en est-on arrivé là ? Il semble qu'en dehors de l'indifférence, habituelle au Français pour les questions de chiffres qui ne le touchent pas directement et personnellement, sa confiance ait été exaltée, à la fois, par le souvenir du prodigieux relèvement qui suivit la guerre de 1870, et de l'admirable résistance dont fit preuve alors le crédit de la France, et par la perspective du retour à l'Etat, vers 1950, de près de 40.000 kilomètres de voies ferrées, dont le pays est nu-propriétaire et n'a pas la jouissance. Ces lignes devraient rapporter plusieurs centaines de millions ; la Prusse retire de l'exploitation de ses chemins de fer, de quoi payer l'intérêt de sa dette. On a calculé, toutefois, que le patrimoine de l'Etat Français se trouverait accru, par ce fait, d'environ 10 milliards : ce ne serait qu'un tiers de notre dette publique jd'alors, en admettant qu'elle ne se fut pas augmentée d'ici-là,
Plusieurs sortes de remèdes peuvent-être envisagés. On peut s'appliquera améliorer par exemple, la façon dont se préparent et se votent les budgets. Quelques améliorations de ce genre ont déjà été réalisées. Depuis 1891, il n'y a plus de budget extraordinaire; on a procédé, d'autre part, à la suppression méthodique des comptes extra-budgétaires. Dans la pétition présentée en Janviier 1900, par la Ligue des contribuables, à la signature de ses adhérents, et destinée à être remise ensuite à la Chambre des Députés, on préconisait la suppression de l'initiative parlementaire en matière de finances ; on adjurait les députés de s'interdire, comme le Parlement Anglais l'a fait dès 1706, comme l'ont fait depuis, les Parlements Canadien et Victorien, toute initiative tendant à accroître les charges du budget ; c'est au gouvernement seul à formuler les demandes qu'il juge nécessaire. La pétition a reçu un commencement de satisfaction : dans la séance du 16 mars 1900, la Chambre décida qu'aucune augmentation de traitement, d'indemnité, de pension, ni aucune création de services, d'emplois, de pensions nouvelles ne pouvaient être proposées par voie d'amendement au budget. Présentée par un radical, M. A. Bçrthelot,
et vivement soutenue par les modérés, cette proposition passa. Elle a évidemment une grande importance. Enfin, ceux qui reprochaient à juste titre d'ailleurs, au Parlement de se désintéresser de la façon dont le budget voté est exécuté, et d'appliquer les excédents annuels (dans un pays riche et stable, près des cinq sixièmes des recettes doivent donner des excédents sur les prévisions établies d'après les résultats de l'année précédente) à couvrir des crédits supplémentaires, plutôt qu'à amortir la dette, ceux-là ont été satisfaits d'apprendre qu'une somme était prévue au budget de 1901, pour l'amortissement.
Quelque utiles et ingénieux qu'ils puissent être, on sent bien que ces remèdes se trouveront impuissants à conjurer le mal. Alors, ce sont des économies qu'il faudrait réaliser; où les prendre ? Il y a probablement longtemps que des hommes politiques compétents ont examiné cet aspect du problème, mais c'est seulement cette année, grâce au rapporteur-général du Budget M. Guillain, que l'opinion a pu se rendre compte d'une grave particularité de notre état financier. Non seulement M. Guillain a indiqué loyalement tous les projets d'intérêt public auxquels il faut renoncer, pour
établir un équilibre précaire dans le budget de 1901, mais il n'a pas craint d'attirer l'attention sur l'insuffisance de la plupart des crédits proposés. Il a fait remarquer que, sur un ensemble de dépenses se montant à près de 3 milliards et demi « après avoir assuré la dotation des pouvoirs publics, de la dette, du recouvrement de l'impôt, et de la défense militaire, il ne reste pour l'administration générale du pays et pour les services qui en assurent le développement économique, qu'une somme de 638.741.480 francs ». La somme n'est pas insignifiante certes, mais il est certain qu'elle ne répond pas aux besoins d'un ensemble administratif comme celui de la France. Ainsi s'explique qu'entre 1874 et 1900, les dépenses aient pu, en pleine paix, augmenter d'un milliard de francs. La moyenne de l'augmentation des dépenses ordinaires avait été, de 1874 ^ 1898, de 36 millions par an. L'augmentation de 1899 par rapport à 1898, a été de 30 millions; celle de 1900 par rapport à 1899, d'une soixantaine de millions; enfin le projet de budget de 190 1 dépasse celui de 1900 de 83 millions. Et avant peu, les pensions civiles grossiront de près de 50 millions, sans parler des dépenses que provoqueront les lois
ouvrières de prévoyance et d'assistance. Les augmentations ont été incessantes, et cela malgré le très réel désir qu'ont marqué, à plusieurs reprises, les commissions du budget, d'arriver à restreindre les dépenses. La voie des économies est donc obstruée. Y en a-t-il une autre ?
Quiconque jette un coup d'œil sur le tableau du budget français, ne peut manquer d'être frappé de ce fait que, quelles ques soient la richesse et l'élasticité économique de la France, celle-ci est grevée d'une dette, entretient une armée et possède une administration qui sont, toutes trois, hors de proposition avec les ressources du pays. On ne peut amortir sérieusement la dette qu'en obtenant de forts excédents budgétaires ; le désarmement serait une folie, du moment que les autres puissances ne sont pas disposées à y participer. Reste l'administration. On pourrait là, tailler dans le vif; mais étant donné le développement de près d'un siècle qu'ont pris les habitudes et l'esprit fonctionnaire en France, aucun gouvernement ne saurait porter la main sur cette arche sainte et réduire résolument le personnel administratif, s'il n'a, préalablement, décentralisé, réformé l'éducation, et enrichi à tout prix les colonies. Quand Tempire colonial
aura atteint la prospérité à laquelle il devrait déjà être parvenu, quand d'ailleurs les jeunes français seront formés en vue des initiatives lointaines et des viriles entreprises, quand enfin la coûteuse hiérarchie et l'absurde morcellement territorial, établis par la Révolution et consolidés par l'Empire, auront été modifiés, alors les budgets pourront de nouveau se solder par des excédents.
L'impasse budgétaire est une impasse en ce qu'elle n'a pas de sortie directe ; mais on peut s'en échapper latéralement avec un peu d'énergie et d'à-propos seulement le temps presse.
La décentralisation.
En assurant, au lendemain de la guerre de 1870, une large influence aux Conseils généraux, la Troisième République semblait avoir fait un pas décisif, dans la voie de la décentralisation. Mais depuis lors, elle en est restée là. Et la chose est d'autant plus curieuse que, d'une part, la décentralisation administrative serait probablement l'arme la plus efficace contre le socialisme et que de l'autre, l'esprit provincial est manifestement en progrès. Les sociétés artistiques.
littéraires, les groupements de toutes sortes qui se sont constitués en France depuis trente ans, entre fils de la mênie province, sont à cet égard, très symptomatiques ; le mouvement, il est vrai, n'est encore actif que dans les domaines de l'idée et du sentiment ; il ne pénètre les masses qu'avec lenteur ; il n'en est pas moins puissant et sincère. Or, il existe un moyen aussi simple que décisif, d'assurer la réforme, c'est d'autoriser les Conseils généraux des départements appartenant à la même province, à s'entendre, non dans les questions politiques qui doivent de toutes façons leur demeurer étrangères, mais dans les questions administratives qui sont de leur ressort. Par là se rétabliraient, peu à peu, les éléments constitutifs de la Province. Ni la « Commission de Décentralisation » nommée naguère par le Parlement, ni la Ligue privée, fondée plus récemment pour pousser aux mesures décentralisatrices, n'ont pourtant pris à cœur cette idée ; elles ont craint d'être accusées de viser au rétablissement de l'Ancien régime. Ces formules creuses, si agissantes sur l'esprit français, paralysent sans cesse les progrès du pays et l'égarent sur ses intérêts véritables. Nous n'en demeurons pas moins convaincus, que la question se
posera d'une manière inéluctable, le jour ou le peuple français se trouvera forcé de choisir entre l'individualisme et le collectivisme.
Aux Colonies.
Le maintien de M. Doumer au Tonkin, celui du général Gallieni à Madagascar, et la nomination de M. Jonnart, au poste de Gouverneur-général de l'Algérie, promettent pour l'année prochaine, des résultats intéressants, dans nos trois principales Colonies. M. Doumer prépare l'Exposition d'Hanoï, qui s'ouvrira le 3 novembre 1902 et coïncidera, dit-on, avec l'inauguration des chemins de fer Indo-Chinois. Le général Gallieni poursuit la colonisation de la grande île africaine, d'après une méthode originale à coup sûr, probablement effective, peut-être assez coûteuse : la chronique de 1901 examinera ces divers points de vue. Elle aura à mentionner également les réformes que M. Jonnart se propose d'introduire dans l'administration de l'Algérie, et les progrès accomplis par la pénétration Transsaharienne. La chose est en bonne voie, depuis l'occupation du Touat.
Quelque bruit s'est fait en Angleterre et en
Italie, à propos de cette occupation : on a prêté à la France des arrière-pensées ambitieuses, sur le Maroc. L'Espagne, plus directement intéressée mais mieux renseignée, s'est moins émue; elle sait que la France ne songe nullement à prendre le Maroc. In-Salah fait partie du groupe d'oasis situé à mi-chemin des 2.500 kilomètres, qui séparent la côte algérienne de Tombouctou. Ce groupe d'oasis, le plus vaste du Sahara, est réparti en trois, le Gourara, le Touat et le Tidikelt : on le désigne ordinairement sous le nom de Touat. Il n'a pas une importance économique énorme, malgré que la population, généralement laborieuse et probe, en soit recommandable. Mais il est impossible de s'en passer, impossible de réaliser le Transsaharien sans elle, et d'ailleurs jamais hinterland ne fut plus certain et plus indiscutable. Si le traité de 1845 ne l'a pas mentionné, c'est que le tracé de la frontière n'allait pas jusque là. Mais il suffit de regarder la carte du Maroc, pour se rendre compte qu'il ne saurait en aucun cas, englober le Touat. Depuis bien longtemps, la France avait déclaré qu'elle considérait le Touat comme lui appartenant, et c'est par crainte des dépenses à engager, et nullement des interventions étrangè-
res, qu'elle avait tant tardé à s'en emparer ; ces hésitations avaient fini par inspirer à l'Empereur du Maroc, l'idée d'envoyer des pachas au Touat, pour y établir son influence. Il n'était pourtant pas difficile pour nous, de prendre ces 250 villages; il y avait du reste, un parti français déjà puissant, parmi les tribus du Touat,
Après cet épisode de l'expansion africaine, ce sont les plaintes du « prince » Yukanthor, qui ont fait le plus d'impression sur l'opinion publique. Yukanthor, un des nombreux enfants du vieux roi du Cambodge, Norodom, a dénoncé en termes amers, à l'occasion de sa visite à l'Exposition universelle, la conduite du Résident français au Cambodge. Certaines des allégations du jeune cambodgien ont été reconnues exactes et le ministre des colonies a aussitôt mis à la retraite l'agent incorrect; mais la moralité de l'incident a été tirée par un missionnaire dans un interview que lui prenait un journaliste. Ce religieux a déclaré que les fonctionnaires européens célibataires devenaient facilement, dans ces postes lointains, la proie de concubines indigènes et que là étant la source du mal, le remède consistait à faire aux fonctionnaires mariés une situation
assez belle pour les décider à accepter de pareils postes et à s'y transporter avec leurs familles. Les Anglais ont toujours agi de la sorte et s'en sont trouvés bien.
Le fait le plus important de l'année coloniale a été la constitution d'une armée spéciale destinée à défendre nos colonies. Il est permis de citer le proverbe « mieux vaut tard que jamais », car cette création si nécessaire s'est fait attendre audelà de toutes les bornes permises. Et ce n'est pas tout d'en avoir décidé le principe et prévu l'organisation ; il faut encore en assurer le bon fonctionnement. Dans un an au plus tôt, l'on pourra apprécier ce qui se [sera fait à cet égard. L'armée coloniale donnera à la France, selon le mot heureux d'un député, « l'arme de sa politique », c'est-à-dire le moyen de mobiliser hors d'Europe aussi bien qu'en Europe et d'appuyer, au besoin, une négociation diplomatique par une démonstration effective. Mais nos colonies n'ont pas seulement besoin d'être défendues ; elles ont surtout besoin d'être enrichies. Leur commerce est tout à fait insuffisant. En 1898, elles ont envoyé dans la métropole pour 443 millions de marchandises; en 1899, le total est monté à 502. Les
imromtions de France aux colonies dans le même Ijips de remps onr passé de 373 à 460 millions. De sorte qu'à l'heure acnieile, les échanges de la mère-patrie avec son empire colonial n'ont pas encore atteint le milliard et si Ton met à part TAigcriedontle coromerce représente 532 millions, on voit ce qui reste pour un domaine qui comprend rindo-Cliine entière, Madagascar et tout Touest africain. Il est évident que nos colonies ne demandent qu à pR>i:resser et à s'enrichir mais que cela n'est p.is possible, tant que subsistera la législation douanièi-e à lacueile elles se trouvent soumises et
qui change leurs produits, parfois même au bénéfice de produits étrangers similaires. Ce sera l'honneur de M. Le Myre-de-VLlers, d'avoir conclu, dans son Rapport sur le budget des Colonies pour r^o r, à la nécessité d'une réforme radicale des rapports commerciaux entre la France et ses dépendances d'outre-mer. L'éminent rapporteur en a profité pour dénoncer et faire supprimer beaucoup de petits abus que la routine administrative maintenait depuis longtemps. Mais les petits abus sont plus faciles à supprimer que les grandes réformes à réaliser, et peut-être, se passera-t-il encore du temps avant que le réginaç
néfaste imposé aux colonies par Tétroitesse d'esprit du commerce métropolitain et l'ignorance des législateurs, n'ait pris fin.
En général, lorsqu'il s'agit de questions coloniales, l'opinion témoigne, non plus de rindifi*érence, mais un intérêt d'un genre spécial qui esta la fois vif et puéril. Beaucoup de Français considèrent leur empire exotique, comme un coûteux mais charmant joujou ; et il est très fâcheux que la section coloniale à l'Exposition de 1900 ait été organisée de façon à confirmer plutôt qu'à restreindre cette impression. Les pagodes et les cases, l'architecture et les mœurs indigènes, les dioramas et les objets anciens y tenaient une place exagérée, en ce qu'elle dissimulait ou écartait tout ce qui eût servi à étaler les ressources économiques, et à montrer les progrès déjà réalisés. La section était faite en vue du tourisme beaucoup plus qu'en vue de la colonisation ; on eût dit qu'elle visait à attirer des voyageurs et non des résidents.
Tandis que le public est porté à envisager les choses sous cet angle un peu futile, à la Chambre et dans le -journalisme on relève une tendance qui n'est pas moins fâcheuse. Sous l'empire de
préoccupations généreuses mais pleinement utopiques, des hommes politiques et des publidstes, jugeant les affaires du Sén^al, de la Guyane ou du Tonîdn comme s'il s'agissait d*un morceau de la Beauce ou de la Champagne, se préoccupent avant tout de mettre l'indigène sur le même pied que le colon, de lui assurer des droits et des ^ards identiques et dans leur zèle, il leur arrive de faire si bien que, parfois, le colon se plaint d'être beaucoup moins bien traité que l'indigène et peut citer des faits à l'appui de son dire. Qu'il ait fallu supprimer l'esclavage d'un trait, quand bien même il devait en résulter de grands dommages, cela se conçoit, tant le principe de l'esclavage répugne à la conception de la démocratie ; mais qu'il faille de même et tout d'un trait supprimer la corvée, alors qu'il n'existe en bien des pays, aucun autre moyen de demander à l'indigène l'acquittement de l'impôt, cela paraît d'autant plus absurde que le service militaire égal, imposé à tous les citoyens de la République, n'est pas autre chose qu'une forme spéciale de la corvée. Que la corvée coloniale soit adoucie, transformée, limitée — supprimée même lorsque cela est possible, fort bien ; mais que cette suppression soit exigée par principe et sans examen,
cela dénote une déplorable tendance à l'utopie, au système, à la théorie quand même.
Réformes Scolaires,
Il faudrait à la jeunesse Française, une éducation plus virile, formant davantage le caractère, préparant mieux à l'usage de la liberté. Le régime en usage dans les collèges Français, ecclésiastiques ou laïques, est suranné ; il date de l'ancienne monarchie sous laquelle le collège avait une tendance à ressembler au couvent ; Napoléon P*" le fit ressembler davantage à la caserne. Mais couvent ou caserne, il ne remplit pas son but actuel, qui est de former des hommes d'initiative et d'action ; la discipline reste déprimante à force d'être étroite et aucune amélioration sérieuse n'a encore été réalisée. Le gouvernement persiste à ne considérer que ce qui concerne la nature de l'enseignement, les programmes, les examens, le choix des maîtres. En vain lui a-t-on maintes fois suggéré de briser ou du moins de relâcher les liens trop serrés qui entravent complètement les « Proviseurs » des Lycées. Au lieu de pouvoir agir comme le chef véritable d'un grand établissement d'éducation, le