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les appartements de réception du palais sénatorial au Luxembourg. Â partir de 1848, la manie des reproductions s'atténua. Aujourd'hui on ne tisse plus que d'après des modèles spéciaux^ dont les plus remarquables, en ces derniers temps, ont été signés par des artistes tels que Puvis de Chavannes, L.-Olivier Merson, MazeroUe, etc. Il est à noter que jusqu'à 1889, ^^s tapisseries des Gobelins ne portèrent aucune marque distinctive ; désormais elles portent, tissées dans la lisière, les dates de mise en train et d'achèvement avec les initiales entrelacées de la manufacture et de la république.
L'art des bordures a naturellement évolué avec la tapisserie elle-même. Très riches et très originales sous la direction de Le Brun qui s'inspirait à cet égard des indications données par Raphaël dans ses cartons des Actes des Apôtres, elles ont progressivement diminué comme dimensions, en même temps qu'elles baissaient comme invention ; elles devinrent successivement de simples encadrements de mosaïques, puis des imitations de cadres de tableaux à moulures ; enfin on s'en tint à la représentation pure et simple d'un cadre de bois doré ou bien
l'on se boma à faire des a omelettes », des bandes jaunes avec alternatives d'ombres et de lumières, . . tout cela était fore laid. Sur ce point, comme sur bien d'autres, les Gobelins actuels ont tenté de restaurer les saines traditions.
Les ouvriers et la production.
Le régime de l'entreprise fut celui des débuis. On traitait à forfait pour le prix d'une tapisserie avec un des chefs tapissiers qui s'arrangeait à sa manière pour la confectionneret payait directement ses ouvriers. Les avances qu'il avait à faire, tant pour les salaires que pour l'achat des matières premières, supposaient un fonds de roulement assez considérable ; il courait risque de certains aléas ; c'est probablement en quoi il se trouvait à plaindre ; les entrepreneurs, en effet, ne cessèrent leur situation, mais quand il s'agit s réclamèrent un traite- ■ livres, ce qui donne une des bénéfices auxquels, en 1 prétendre. Au xvii= [yen ne annuelle était de
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300 à 350 aunes carrées; au siècle suivant, elle atteignit très rarement 300 et parfois ne monta pas même à 200 aunes. Par contre le prix de l'aune avait passé de 30 à 60 livres; en tenant compte de la fluctuation du taux très variable des soies, Tentrepreneur arrivait à un bénéfice de 25 à 30 livres par aune ; et de plus il ne manquait pas, qu'il en eut la permission expresse ou tacite, de faire travailler pour son compte. On comprend donc que son sort ne fut p^s si indigne d'envie. Voltaire parle quelque part de 800 ouvriers réunis dans l'endos des Gobelins. Non seulement cette estimation est exagérée, mais elle n'a aucun rapport avec la réalité. En fait, les ouvriers n'ont jamais dû, aux périodes de plus grande activité, dépasser le chiffre de 160 ; leur nombre du reste était extrêmement changeant. Les ateliers de haute lisse se recommandaient par leur stabilité relative comme par leur bonne tenue ; mais la basse lisse était facilement agitée et sujette à des exodes déterminés par des coups de tête. (On sait que les métiers de haute lisse sont verticaux et ceux de basse lisse horizontaux ; dans ces derniers l'emploi des pédales libère les deux mains du travailleur et lui permet d'aller plus vite : de là le prix de
revient moins élevé) . Il est probable qu'au xvii® siècle les plus habiles ouvriers gagnaient de 300 à 350 livres par an ; toutes sortes d'avantages, logement, exemptions d'impôts, etc., venaient s'ajouter pour eux à ce salaire déjà assez élevé. Dans la 5uite, et vers la révolution, le travail à l'heure remplaça le travail à la pièce; la main d'œuvre monta aussitôt et la qualité baissa ; on ne voit pas bien en quoi l'un de ces procédés parut plus démocratique que l'autre ; d'ailleurs le travail à la pièce demeura en usage à Aubusson. Sous l'empire, les travailleurs furent au nombre de 80 à 90 ; les plus payés recevaient alors i .700 et i .900 francs. Leur nombre baissa plus tard à 28 pour remonter à 45 ; en 1872 les plus payés touchaient 2.000 francs; dix ans plus tard, 2.500; aujourd'hui, ils peuvent arriver à 3.250. Bien que la production de la haute lisse ait presque doublé depuis 1886 (25 à 45 mètres par an) elle demeure, semble-t-il, inférieure à ce qu'on pourrait attendre d'un travail qui porte sur 290 jours par an et se poursuit de 8 heures du matin à 5 heures du soir en été, de 8 h. 1/2 à 4 heures en hiver.
Les éléflW&ts font défaut pour apprécier le prix global A|É| '^roductioa des Gobelins dans le
passé. On cite, entre 1662 et 1691, les quatorze pièces de l'Histoire du roi qui revinrent à 166.700 livres ; c'était là un prix absolument exceptionnel pour l'époque ; la même série en basse lisse ne coûtait que 59.202 livres. Sous l'empire en 1806, le mètre carré revint à 2.122 francs ; on tissa cette année là 89 mètres carrés. Sous la restauration les tapisseries les plus belles revinrent à 3.000 francs le mètre carré, et les fonds ou les guirlandes seulement de 500 à i.ooo francs. Les dix-huit mètres carrés de la Bataille de Tolosa d'Horace Vernet coûtèrent 65.000 francs. Une tenture des Actes des Apôtres reprise sous Louis-Philippe atteignit un prix de revient vingt fois plus élevé que la même pièce tissée sous Louis XIV ; la valeur de toutes choses avait changé sans doute, mais l'extrême lenteur du travail y était pour beaucoup.
Chevreul et la teinture.
Ij3l teinture des laines est, on le conçoit, l'un des éléments les plus importants de la fabrication des tapisseries, puisque de la qualité des couleurs emplo-
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yées dépendent presque entièrement la durée de l'ouvrage et sa bonne préservation. Un exemple suffit à le faire comprendre. Voici une pièce du temps de Louis XIV qui, vu la perfection des matières employées s'est fort bien conservée ; les verts, les gris, les rouges n'ont pas bougé de façon appréciable : les jaunes ont légèrement foncé ; mais les perruques des personnages qui occupent le centre de la tapisserie sont devenues complètement rouges; l'œil se fixe étonné et mécontent sur ces taches anormales. D'où cela provient-il ? Simplement de ce que ces perruques ont été faites avec une laine teinte d'un mélange de cochenille et de bleu; le bleu a disparu et la cochenille apparaît toute seule ! On saisit comment il importe non seulement d'avoir des laines de teintes infiniment variées (dans le magasin des Gobelins il y a en permanence ii.ooo bobines de laines et 7.500 de soies) mais encore de connaître la composition chimique qui a servi à préparer la couleur.
point s'adresser à des
y recourait sans hésitation dès qu'il
s dont il avait
, Van Kerchove, la
; était un téné-
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breux qui prétendait avoir des « secrets > et ne les
confia qu'à son fils lequel, lui ayant succédé, se tira fort mal de la tâche que son père remplissait si bien. La teinture périclita; après 1778 seulement, un emploi de chimiste fut créé aux Gobelins avec un système d'inspection et des registres où devaient Être consignées toutes les opérations et les expériences. En 1792 la collaboration scientifique fut supprimée pour reparaître en 1803 ; mais Roard, professeur de chimie, à qui Bonaparte confia à cette date la direction de la teinture, se trouva aux prises avec d'extrêmes difficultés provenant du blocus continental et c'est en grande partie à cela que sont dus la médiocrité et le manque d'harmonie des tapisseries de la période impériale.
En 1824, Chevreul entra aux Gobelins ; il ne devait les quitter qu'en 1888, âgé de près de cent deux ans et dans toute la plénitude de sa gloire. Ses recherches sur l'inllucnce réciproque des couleurs aboutirent à l;i découverte des loi trastes et à la création des cercles chrj trouvailles et inventionii dont jusqu'à et en dehors des Gobelins mêmes pas que l'art ait su tirer tout le parti (
pu. La routine a eu le dessus tant pour la dénomination très approximative des couleurs que pour l'application des lois qui en régissent la juxtaposition. Il est vrai que l'artiste ne peut aisément — et sans détriment pour le caractère de son œuvre, soumettre son talent au contrôle des sciences exactes; le tapissier par contre reçoit une aide puissante de la connaissance de ces lois, lui dont le travail revêt un caractère mécanique nettement déterminé.
Les Institutions annexes.
Autour des Gobelins ont existé un certain nombre d'institutions dont quelques-unes ont été maintenues, d'autres étendues et perfectionnées, dont plusieurs enfin ont été supprimées ou ont disparu. Parmi ces dernières figurent les « ateliers d'ameublements ». L'édit de 1667 stipulait en effet qu'eu plus Jes maîtres tapissiers et des teïndes orfèvres, des graveurs manufacture et aussi des autres bons ouvriers métiers >. Ces ateliers
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qui fournirent beaucoup d'objets d'art et furent un moment en grande prospérité, ne survécurent point à la fermeture provisoire des Gobelins, en
Les institutions d'enseignement et d'apprentissage — plus nécessaires d'ailleurs — ont mieux résisté. Elles furent supprimées par moments et, à maintes reprises, les apprentis, au lieu d'être groupés en une école distincte, furent simplement confiés aux meilleurs ouvriers qui leur apprenaient par l'exemple et peu àpeu s'en faisaient aider. Dès le début, une école primaire, confiée d'abord au chapelain de la manufacture, puis à un maître laïque placé sous la surveillance du chapelain, fut ouverte aux enfants des ouvriers. La profession de travailleur aux Gobelins a toujours été quelque peu héréditaire ; des descendants directs des ouvriers de Louis XV y travaillent encore aujourd'hui et, tout récemment, il y avait u cendant d'un des ouvriers du temps de Loi De nos jours, l'école « élémentaire » tir de douze ans, les joiines jiarçons poun certificat d'enseignemont primaire des employés des Gohdins ont naturelle droit de préférence. Les
ses : en 1890, il y avait vingt inscrits pour quatre places. A l'école élémentaire succède le a cours supérieur s qui a lieu tous les matins pendant deux heures; de quîniie à vingt ans, les jeunes gens suivent !'« Académie » où ils dessinent d'après l'antique et le modèle vivant. A «I l'école de tapisserie » enfin, ils se familiarisent avec le maniement des outils et font leurs premiers essais, reproduisant d'abord une branche d'arbre, un ornement, puis un pied, une main, un visage. Il est advenu pendant quelques années que, munis du diplôme, les élèves ont préféré quitter les Gobelins et se vouer eux-mêmes à l'enseignement du dessin que de devenir tapissiers ; c'était une époque où les places de professeurs de dessin étaient nombreuses et ceux qui sortaient de l'école des Gobelins, où ils avaient reçu une instruction excellente, étaient certains de les obtenir de préférence aux autres. Depuis lors, la demande a diminué et l'on peut espérer que désormais cette viendra — ce pourquoi on l'avait fondée : remarquables tupissiers.
j^nnexée en 1S77 à la manu- It jamais fonctionné, mais s à suivre les travaux
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dulaboratoire de chimie. Bien entendu, l'atelier de
« rentraiture » existe toujours ; c'est à lui qu'incombe le soin de faire les coutures ou les réparations nécessaires et de reconstituer les morceaux détruits et lacérés. Enfin, l'atelier de la Savonnerie continue à produire de ces superbes tapis dont la vogue a été si grande ; le tissu de la Savonnerie est, en somme, du velours tondu fabriqué à la main.
Tels sont, trop brièvement résumés, les glorieux souvenirs artistiques qu'évoquait l'exposition de 1902 et, puisque l'occasion s'en présentait, nous ne pouvions la laisser passer sans rappeler l'historique et exposer l'organisation d'une de ses institutions d'art industriel dont la France a le plus de raisons d'être fière.