TROIS CENTS ANS DE TAPISSERIES
La célèbre manufacture des Gobelins (i) vient d'entrer dans le iv* siècle de son existence et discrètement, comme il sied à une personne de très haute qualité, elle a admis le public à contempler les principaux chefs-d'œuvre sortis de ses ateliers. Cette exposition a eu lieu vers l'automne au grand palais des Champs-Elysées. Peut-être une 'li '.■!I.i:ir*n passablement défectueuse et un
U -^lorablement crépusculaire ont-ils
■ragcdt M.Gerspach, —
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contribué à affaiblir l'éclat d'une manifestation artistique qu'aucun autre pays ne pouvait organiser. LesGobelins, en effet, ne sont pas seulement par droit d'aînesse, mais aussi par droit de survivance, la première des manufactures d'Etat. Celle de Carlberg, fondée en 1 68 1 , par la reine de Suède, Uirique Eléonore, ne vécut qu'une douzaine d'années; celle que le roi de Danemark, Christian V, créa à Kiôge dura moins encore ; l'atelier de Berlin placé sous la protection du Grand Electeur Frédéric Guillaume ferma ses portes vers 1713. La manufacture impériale de Russie due à l'initiative de Pierre le Grand dura davantage : soixante-dix ans environ. A peine peut-on dire de l'atelier romain de Saint-Michel, créé par le pape Clément XI en 1710, et de la célèbre maison de Santa-Barbara établie par Philippe V d'Espagne en 1720, qu'ils existent encore; c'est une existence léthargique. Quant à l'essai tenté à Windsor en 1X71 sdus 11- patroiia bany il ne }n.T;;istn point au ddij prince surveitucL'ii r88.].Qued de terribles rùvolutimis, de régime, de renversements, de leversements politiques les Gobi
ser sans en être atteints. C'est là une de ces permanences étonnantes que l'historien relève au crédit de la France moderne et qui contrastent avec les multiples perturbations dont elle a tant de fois donné l'exemple à l'Europe.
Les origines des Gobelins.
Avant François I", les rois de France, comme la plupart des souverains, d'ailleurs, s'étaient intéressés à l'art de la tapisserie, mais ils se bornaient à faire des commandes aux ateliers particuliers, François i'" établit vers 1530 une manufacture royale au château de Fontainebleau. Henri II fit une fondation analogue à Paris ; la première n'existait plus et la seconde végétait lorsque Henri IV — malgré l'opposition de Sully, dit-on, — prit le parti de faire venir des Flandres d'habiles tapissiers qui furent instal- . dans un immeuble appartenant à la famille étrange, cette famille, dont le originaire de Reims avait urerie sur les bords en aucun temps à la
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confection de la moindre tapisserie et son nom pourtant demeurera attaché à tout jamais à la qualification de ce genre d'objets d'art sous sa forme la plus précieuse. Ce fut Louis XIV qui acheta « l'enclos Gobelin»,pour donner un nouvel élan à cette industrie dont il appréciait tout partilièrement les produits; précédemment, il avait créé un atelier aux Tuileries et avait fait venir de Florence, pour le diriger, un maître de renom. La manufacture actuelle se forma par la réunion à l'atelier des Gobelins de ceux qu'Henri IV avait ouverts au Louvre, et Louis XIV aux Tuileries. La fusion fut complète aux environs de 1691 (i). L'édit d'organisation n'admettait, — le fait vaut la peine d'être relevé — ni jurandes ni maîtrises; il semblait formuler tacitement une condamnation du régime corporatif auquel la révolulution devait, plus tard, porter le dernier coup. L'indjistrie de la tapisserie devenue en quelque
(i) Il est intéressant d'ajouter que le fameux Fouquet, toujours en quête de quelque nouvelle manière d'étaler sa fastueuse magnificence, avait établi^ près de son château de Vaux, une fabrique de tapisserie à son usage personne' elle fut fermée en 1661 après son arrestation et les meillei ouvriers appelés aux Gobelins.
sorte affaire d'Etat, n'était d'ailleurs fevorisée d'aucun monopole ; elle était simplement protégée par le fait que l'importation et la vente des tapisseries étrangères se trouvaient interdites dans toute l'étendue du royaume.
Colbert, en sa qualité de surintendant, devint l'administrateur en chef de la manufacture et la conduite des ateliers fut confiée à Le Brun, premier peintre du roi. Parmi les successeurs immédiats de Colbert, citons : Louvois, Mansard, le duc d'Antin ; parmi ceux de Le Brun,
Mignard, Soufflot, Audran Trop souvent les
chefs s'abstinrent de diriger et de surveiller; d'ailleurs, de 1694 à 1699, les ruines accumulées par les guerres incessantes forcèrent le roi à supprimer les crédits consacrés aux Gobelins et la manufacture fut provisoirement fermée. Elle végéta encore quelque temps, après sa réouverture. Il y a lieu de s'étonner qu'étant d'origine si manifestement royale et s' adressant à une clientèle si notoirement aristocratique, elle ait pu ; des révolutionnaires, pour isista, proté- 'établisse-
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ment de l'empire, elle reprit tout naturellement place parmi les institutions d'intérêt public entretenues par le souverain. Napoléon ne modifia guère le régime des Gobelins; ce fut Charles X qui accomplit la réforme désirée depuis longtemps : les métiers de basse-lisse passèrent à la manufacture de Beauvais et furent remplacés par ceux de la Savonnerie qui cessa de former un établissement distinct. Après la révolution de 1848, il se trouva de nouveau des énergumènes pour proposer la suppression des manufactures nationales et de celle des Gobelins en particulier; un discours du duc de Luynes, député à l'Assemblée nationale, contribua à les préserver de ce vandalisme; le siècle, toutefois, ne devait pas s'achever sans que la civilisation eut prouvé qu'elle savait être, à l'occasion, la digne émule de la barbarie. La Commune de Paris mit le feu, le 24 mai 1871, non seulement au palais des Tuileries et à nombre de monuments publics, mais aussi à la manufacture des Gobelins; l'incendie put être maîtrisé par les troupes qui entraient dans Paris; il n'en dévora pas moins d'inestimables chefs-d'œuvre. La république a, depuis lors, témoigné d'un constant intérêt envers les Gobelins qui prospèrent
SOUS la direction d'habiles et zélés administrateurs.
L'évolution de la tapisserie.
Les Gobelins ont tissé principalement, au cours de leur existence, des « suites », des coptes de tableaux, des portraits et des meubles. Les c suites » comptent parmi leurs productions les plus parfaites. Il sufHt de citer la fameuse Histoire de Don Quichotte de Coypel, commandée en 1723 par le duc d'Antin, et qui eut un tel succès qu'elle demeura constamment sur le métier pendant près de soixante ans, les Actes des Apôtres de Raphaël, les Saisons et l'Histoire d'Alexandre de Le Brun, les mois d'Audran, l'Ancien Testament de Coypel, les Chasses de Louis XV d'Oudry ; ces \ suites » li sont les plus célèbres, is^^ii est bien d'autres qui les égalent MBi^^t. nrj[feaioii comme composition et (."est à partir de 1748 que les 'iLCTC-iu à fabriquer du mobilier; \ ik-uivais, dès 1724; il ne ireiiiiers essais aient pleine-
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ment réussi ; de lourds paysages, des scènes compliquées chargèrent, au lieu de l'alléger, l'aspect du siège ainsi recouvert. En 1780, on prit la néfaste habitude de reproduire purement et simplement des tableaux de maîtres, des toiles qui n'avaient pas été composées ni peintes en vue de la upisserie. Sous Napoléon l", les portraits de la famille impériale devinrent un sujet habituel de fabrication ; la reproduction des tableaux n'en fiit pas ralentie ; parfois ils étaient commandés spécialement pour être reproduits, mais les peintres n'en avaient cure et ne se préoccupaient en rien de -se plier aux exigences des tapissiers ; ceux-ci s'habituaient à copier servilement. Leur travail plus complexe devenait en même temps plus hésitant. M, Gerspach a fait la comparaison entre la upisserie fameuse représentant l'audience accordée par Louis XIV au cardinal Chïgi, légat du pape Alexandre VII (il s'agissait d'ex.ciises pour une insulte feite dans lesiue^ de Rcl Créqui, ambassadeur del-rance,)q tant la visite de la reine de Pruss Tilsitt. La première de ces deux 141 tons, 83 de laine, j8 de s
et un fil d'argent ; la figure de Louis XIV se compose de 55 éléments, celle du cardinal de 32. Or, dans la seconde, la seule figure du maréchal Mortier a été tissée à l'aide de 179 broches différentes, les carnations comptent 34 éléments et les cheveux 12; ces chiffres sont respectivement 12 et 3 dans la première tapisserie. On voit combien le travail s'éuït affiné et l'on peut constater en même temps, par la comparaison entre les deux pièces, tout ce que l'art y perdait. Le génie multiforme de Napoléon s'en était aperçu et, de Berlin, il envoyait au grand maréchal du Palais, Duroc, ces brèves recommandations : I Les Gobelins ne doivent pas faire de tableaux avec lesquels ils ne peuvent jamais rivaliser, mais des tentures ou des meubles », tout un programme en trois lignes. L'empereur, d'ailleurs, ne fut pas obéi. On fit des meubles, et beaucoup, pour tous les palais impériaux, mais point de tentures ; la déplorable habitude de i-iiïr,i. La Restauration 1 f:imille royale à ceux ; relever :iLissi il son crédit 'Histoire de Marie de treize pièces ornent