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les détails de la politique extérieure et ne plus se contenter d'en indiquer par ses votes l'orientation générale, il n'y aurait plus de diplomatie possible en France. Il est très remarquable que ce péril n'ait jamais été menaçant. Depuis trente ans, le parlement Français s'est abstenu, avec un patriotisme digne de louange, de gêner par une intervention indiscrète l'action du ministre des Affaires Etrangères. En beaucoup de cas, il a marqué une réserve analogue pour les questions militaires et cette réserve est en complet contraste avec la façon tapageuse et désordonnée dont furent traités par exemple, les problèmes coloniaux ; on peut dire que les députés ont fait de leur mieux pour entraver l'initiative coloniale mais qu'ils ont tenu au contraire à faciliter autant qu'il dépendait d'eux les relations extérieures. Les titulaires de ce service ont été, sous ce rapport, des privilégiés. L'indépendance — une indépendance relative bien entendu — est le premier avantage dont ils aient bénéficié : c'est peut-être ce qui les a aidés à conquérir le second, la stabilité. En théorie, l'un est aussi nécessaire que l'autre pour une démocratie : en pratique, il apparaît que la politique extérieure d'une monarchie perd plus à chan-

ger de mains que celle d'une république pourvu que cette république d'ailleurs soit elle-même un gouvernement sérieux et solide. La troisième république Française a vu en 1877, lorsque se retira le duc Decazes qui avait fait au quai d'Orsay un long séjour, s'ouvrir pour sa politique extérieure une ère d'instabilité qui n'a pris fin qu'en 1890; à cette date, M. Ribot devint ministre des Affaires Etrangères et garda trois ans son portefeuille. Depuis lors, à part quelques mois pendant lesquels il fut aux mains de MM. Develle, Casimir-Périer et Berthelot, ce portefeuille n'a appartenu qu'à deux titulaires, M. Hanotaux qui le conserva deux ans et demi et M. Delcassé qui le détient depuis bientôt cinq ans. Il est clair que la continuité de vues que suppose une telle stabilité a été éminemment favorable à la marche des affaires internationales ; mais les historiens de l'avenir seront peutêtre surpris que la différence n'ait pas été plus marquée entre les deux périodes ; s'il y a eu autant de suite dans la politique extérieure de la république alors que ceux qui en avaient la haute direction passaient au quai d'Orsay comme des bolides, c'est que précisément ces services étaient assez fortement organisés et la ligne de conduite asse?

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nettement tracée pour qu'il fat impossible à chaque nouveau ministre de faire prédominer ses idées personnelles et de modifier gravement l'œuvre accomplie par ses prédécesseurs. Par contre, on a pu voir que lorsqu'un homme de la valeur et de la compétence de M. Delcassé se trouvait investi de cette même direction, il ne jouissait pas de toute la liberté désirable. Ainsi le ministre de passage qui voudrait réaliser de hâtives transformations en sera empêché le plus souvent par la force collective, permanente et traditionnaliste que représentent ses subordonnés, tandis que le ministre stable qui saurait accélérer ou parachever un progrès souhaitable rencontrera volontiers devant lui l'obstacle d'un parlementarisme auquel, en l'absence de souverain, appartient le dernier mot en matière de politique extérieure comme en toute autre matière. La république présente donc en fin de compte certains avantages et certains inconvénients au point de vue des relations de l'Etat avec les autres Etats : ce qui est rendu certain par notre expérience présente, c'est que son « Foreign Office » peut jouir d'une indépendance suffisante et réaliser assez de stabilité pour conclure une forte alliance et la maintenir. Ceci dit et sans

nous appesantir plus longtemps sur ce sujet, venons aux principaux événements de l'année.

La conquête des Etats-Unis.

C'est d'une conquête pacifique qu'il s'agit. Elle a été des plus rapides et paraît assez complète. Elle était, à vrai dire, urgente. Depuis cinquante ans la France avait par insouciance et par ignorance, littéralement « évacué » l'Amérique. Son influence se retirait peu à peu comme la mer sur certains rivages sablonneux. Le bénéfice du sang versé jadis se perdait, le souvenir de l'efFort accompli en commun s'efFaçait. L'amitié éternelle qu'on s'était jurée au temps de Washington et de Lafayette avait résisté aux querelles suscitées par les arrogantes prétentions du Directoire. L'épopée Napoléonienne avait d'ailleurs vivement excité l'enthousiasme transatlantique et popularisé le prestige Français. Au temps de Charles X et de Louis-Philippe, sans beaucoup se connaître, on s'esthnait et l'on échangeait à l'occasion des compliments empreints d'une sincère bienveillance. Napoléon III changea tout cela ; son rêve d'empire

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