‹ La Chronique de FranceChapitre 6 sur 13 · Ï08 LA CHRONIQUE · texte numérisé non relu

Ï08 LA CHRONIQUE

NIcxicain et sa maladroite partialité en faveur du Sud au dcbut de la guerre civile créèrent aux Etats-Unis un ici ressentiment qu*onyenvisageasans hésitation ni déplaisir la possibilité d'une guerre. Ce ressentimcni tii explosion en 1870; beaucoup d'Américains se réjouirent ouvertement des défaites Françaises tandis que les nombreux Allemands émigrés donnaient libre cours aux expressions de leur enthousiasme germanique. Le général Grant, président en exercice, se fit l'interprète de ces sentiments en envoyant à Tempereur Guillaume un message de félicitations qu'il eut le mauvais goût d'adresser au palais de Versailles; c'est là que Louis XVI avait signé ce traité d'alliance d'où était sortie l'indépendance des Etats-Unis. Dès lors, les grands souvenirs qu'on s'était plu à cultiver des deux côtés de l'Atlantique ne furent plus que des bibelots sans valeur. Les historiens s'associèrent à ces ingratitudes et leur donnèrent un caractère rétrospectif. L'un des plus célèbres parmi eux alla si loin dans cette voie que, revenu plus tard à une juste appréciation du passé, il modifia le chapitre dans lequel il avait systématiquement diminué le rôle joué par la France dans la guerre de l'Indépendance : mais l'influence de cette mauvaise

action survécut à son auteur. Un de ces élèves, pour citer cet exemple topique, trouva vers 18901e moyen d'écrire un précis de l'histoire des Etats Unis sans prononcer le nom de La Fayette ; par contre il mentionnait avec insistance une rencontre armée entre deux navires Tun Français, l'autre Américain, qui eut lieu à l'époque de notre grande révolution et se termina à l'avantage de l'Américain. Tout cela aidant, la notion de la décadence Française se développa au nouveau-monde. Ceuxlà même dont les sympathies demeuraient francophiles se persuadaient du caractère irrémédiable de cette décadence. Notre langue reculait ; nos savants et nos littérateurs perdaient de leur prestige ; on commençait à discuter âprement les mérites jusqu'alors incontestés de nos artistes.

Quelques hommes de bonne volonté tentèrent de provoquer une réaction. Ils regardaient du côté des universités. L'opinion Française avait commis la faute énorme d'envisager avec une sorte d'indifférencié ironique les progrès intellectuels des Américains. On pouvait prévoir cependant qu'une grande nation comme celle qui se formait au delà de l'océan ne se contenterait pas longtemps d'un idéal commercial et viserait autre

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chose que le perfectionnement matériel. On le pouvait d'autant mieux que les citoyens de cette nation avaient marqué, dès l'origine, un noble souci des choses de l'esprit et avaient même devancé l'Europe dans la voie des améliorations pédagogiques. C'est ce qu'avait si bien compris le chevalier Quesnay de Beaurepaire lorsqu'il tenta, à la fin du siècle dernier, de fonder à Richmond une « Académie Française des Sciences et des Beaux-Arts » qui dans sa pensée, devait devenir une véritable université Franco-Amériricaine. Ses annexes de Baltimore, de Philadelphie et de New-York lui eussent procuré de nombreux étudiants; son affiliation aux sociétés royales de Paris, de Londres et de Bruxelles lui eût donné le moyen de recruter en Europe, les meilleurs professeurs. On sait comment le jeune officier intéressa à ses projets Franklin, JefFerson, Washington et, en France, Lavoisier, Condorcet, Malesherbes, Beaumarchais; comment, le 24 juin 1786, la pose de la première pierre de l'Académie eut lieu, en grande pompe, à Richmond et comment la révolution Française, survenue sur ces entrefaites, annihila les généreux efforts du fondateur et trancha le lien qu'il avait si ingénieuse-

ment formé entre la vieille France et la jeune Amérique. Depuis lors, chose curieuse, personne n'avait songé à le renouer. La France s'est obstinée à rivaliser avec les Etats-Unis sur le terrrain économique et commercial; elle ne s'est pas avisée de la possibilité pour elle d'exporter des idées ni de la supériorité incontestable qu'aurait ce genre de produits sur le marché du Nouveau- Monde. Les universités des Etats-Unis livrées à leurs propres ressources ont parfois vainement appelé des professeurs de langue et de littérature Françaises et beaucoup de chaires de Français furent occupées par des Allemands faute de titulaires Français.

Depuis dix ans, les choses ont beaucoup changé. La fondation des conférences Françaises à Harvard par M. James H. Hyde, la création par M. de Coubertin de T)ebating pri/^es qui se disputent annuellement dans les universités de Harvard, Palo Alto, Princeton, Johns Hopkins, Tulane et Californie, les progrès incessants de l'Alliance Française, société fondée pour propager au loin notre langue, les institutions établies à Paris, à Montpellier et dans d'autres villes encore pour attirer et aider les étudiants transatlantiques, les

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