AVENTURE DE BAUDOUIN , FRÈRE PE GODEFROID
Sous la croix , l'expiation.
Dkydmne.
' Quelques jours après, Baudouin, frère de Godefroid, et le hardi Tancrède s’écartèrent avec leurs détachements pour aller à la découverte.
Ils enlevèrent aux Turcs la ville de Tarse. Puis ils se la disputèrent. Baudouin en resta maître par la violence et força Tancrède à chercher d’autres conquêtes. Cependant Baudouin disposait de peu de guerriers ; et il avait tout à redouter des infidèles. Bientôt une vive alerte lui fut donnée ; ce fait de l’histoire, dont le fond est incontesté , a été l’objet d’une légende, que nous devpns rapporter, sans en garantir tous les détails : Par une chaude soirée du mois de juillet de l’année 1097, deux vaisseaux de l’çmperetur Alexis Coamène, montés par des Grecs de Constantinople, supportaient un rude combat en vue des côtes de la Cilicie. Dix
petits bâtiments bons voiliers entouraient ces deux
DE BAUDOUIN
gros navires. Ces petits bâtiments portaient tous à leur avant un lion grossièrement sculpté et varié dans ses attitudes, llsétaienl montés par des pirates, qui savaient fuir quand ils n’étaient pas les plus forts, et vaincre lorsqu’ils se décidaient à attaquer. Depuis dix ans, ces pirates couraient impunément les mers. Toutes les côtes de la Méditerranéens connaissaient, et quelques villes leur payaient up tribut , pour avoir le droit de naviguer en sûreté.
Ces pirates étaient des Français , des Flamands et des Frisons, qui , ayant fait quelque temps le commerce et la pèche , avaient fini par trouver qu’il était plus commode de prendre que d’échanger, et s’étaient mis à écumer la mer, comme déjà on disait alors. Leur force consistait en, quatre ou cinq cents hommes déterminés , à la fois marins et soldats , qui d’une main faisaient la manœuvre et de l’autre maniaient habilement la hache d’abordage.
Les deux vaisseaux grecs portaient une troupe plus nombreuse , qui allait rejoindre les Croisés, avec des intentions que nous ne connaissons pas. Ils se défendaient de leur mieux ; et le combat se trouvait chaudement engagé. Les pirates faisaient jouer de grandes machines qu’ils appelaient la fronde et l’arbalète: c’étaient d’énormes, bascules, au moyen desquelles ils lançaient au loin de^ papiers de cailloux, des pièces de bois. armées, de fer, et dps flèches entourées de résine . ardente. Avec des faux emmanchées à de longues perches , ils coupaient les cordages .et déchiraient les voiles. Puis ils jetaient des harpons qui saisissaient ,1e bord du navire; et ils l’entraînaient avec eux.