ROYAUME DE JÉRUSALEM. 9T
Bouillon pour son seigneur, lui ayant donné sa voix, tous les autres le reconnurent pour le plus digne, et le proclamèrent roi , aux acclamations et à la vive joie de toute l’armée chrétienne
On le conduisit en triomphe à l’église du Saint-Sépulcre, et ce fut devant le tombeau de Jésus-Christ qu’il fut inauguré. Aussi , il ne voulut recevoir ni la couronne d’or, ni les autres insignes de la royauté , dans des lieux où, comme il le remarqua pieusement, le Fils de Dieu, couronné d’épines, avait eu pour sceptre un roseau ; et quoiqu’on lui donnât le titre de roi , que l’histoire lui a conservé, il ne prit jamais que celui d’avoué ou défenseur du Saint-Sépulcre.
Il s’occupa , dès le lendemain de son élection , de ramener la justice dans les états qui lui étaient confiés. 11 repeupla Jérusalem en y appelant tous les chrétiens disséminés dans le pays. Il rétablit les remparts de la ville. Il exerça son armée. Il prépara des lois.
Mais les Sarasins de la Syrie et de la Perse lui laissèrent à peine quel (jues jours de repos. Une nombreuse armée d’infidèles envahit le royaume naissant. Cette nouvelle, qu’on apprit un soir, fut annoncée par la ville à la lueur des flambeaux. Le lendemain matin, tous les guerriers prirent leurs armes et sortirent de Jérusalem sous la conduite de Godefroid.
ün portait la vraie Croix à l’avant-garde.
Les femmes, les enfants et les vieillards, restés dans
1 On lit dans les chroniques du temps que, les dix électeurs ayant fait sur chaque prince la plus minutieuse enquête, Godefroid de Bouillon fut le seul sur lequel on ne recueillit qu’un concert unanime de louanges, auxquelles ne se mêlait aucun reproche ni aucun blâme.
9i ROYAUME DE JÉRUSALEM.
la cité sainte avec Pierre-l’Ermite, priaient au son des
cloches.
Les Croisés, à la fin du jour, arrivèrent en face de l’armée musulmane, campée dans les plaines d’Ascalon. Le lendemain matin, qui était le 1 4 août, le patriarche de Jérusalem ayant béni les chrétiens , le nouveau roi donna le signal de la bataille. Le son des tambours et des trompettes fut couvert aussitôt par les cris de joie des Croisés qui, selon l’expression d’un historien du temps, allaient au-devant du péril comme à un joyeux festin. L’émir de Ramla s’était joint à l’armée de Godefroid, décidé à embrasser une religion qui donnait tant de constance.
Les chrétiens marchaient sur le camp des Sarasins , assis dans une plaine qui s’étend jusqu’à la mer, protégé par une flotte nombreuse , et formant un demicercle dans lequel ils comptaient envelopper les chevaliers. Les récits contemporains , sans doute exagérés, élèvent à trois cent mille le nombre des Musulmans rassemblés là. Le roi de Jérusalem n’avait que vingt mille hommes. Mais il avait coutume de ne pas compter ses ennemis.
Les Croisés s’élancèrent sur les Infidèles qui, déjà étonnés de voir qu’un si petit nombre de guerriers eût osé venir au-devant d’eux, se prirent de terreur. Le comte de Flandre , Tancrède , Eustache de Boulogne , Baudouin du Bourg, commandaient, sous les ordres de Godefroid, les différents détachements de l’armée. Ils repoussaient l’ennemi de toutes parts.
Les plus redoutables de ces Infidèles étaient les Éthiopiens, avec leur hideux visage noir. De leurs