‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem première et deuxième croisades 10801187Chapitre 26 sur 77 · ROYAUME DF. JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

ROYAUME DF. JÉRUSALEM

fléaux armés de boulets de fer , ils frappaient le front des ehevaux et brisaient les cuirasses et les boucliers. Ils ne firent pourtant pas reculer les soldats de la Croix ; et il fallut bientôt que les Sarasins prissent la fuite vers la mer. Godefroid, tombant alors sur leurs bataillons en désordre , acheva de les disperser ; ils s'embarquèrent à la hâte, laissant, disent les vieux historiens, une si grande quantité de morts, qu’on n’en put savoir le nombre, et abandonnant leur camp plein de richesses.

Cette victoire fut due surtout à la résolution hardie que prit Godefroid d’intimider l’ennemi en marchant sans hésiter à sa rencontre. Les chrétiens s’en retournèrent triomphants dans la ville sainte; et le grand étendard du prophète, qu’ils avaient pris, fut suspendu en trophée devant le sépulcre de Jésus-Christ.

Le nouvel état paraissant assuré de la paix , après une victoire si éclatante , les princes de la Croisade pensèrent que leur vœu était rempli. Ils firent donc leurs adieux à Godefroid, et ils reprirent le chemin de l’Europe. Le seul Tancrède ne voulut pas quitter le héros de la guerre sainte , à qui il ne restait que trois cents chevaliers pour défendre son jeune trône.

Les chroniqueurs ont peint, d’une manière touchante, cette séparation des braves, à la suite de tant de périls communs. On remarquait dans le nombre de ceux qui espéraient enfin revoir leur patrie, outre les chefs connus par leurs exploits, d’autres bons personnages, marquants par leurs malheurs. Telle était la jeune comtesse Ida de Louvain , qui avait fait le voyage de l’Orient, à travers mille dangers, pour rechercher Bau-

ROYAUME DE JÉRUSALEM, douin de Hainaut, son époux, qu’elle pleurait et qu’elle ne retrouva point. Mais elle avait rejoint son frère Godefroid, délivré par le fidèle Olivier Leefdale d’une captivité qui avait duré plus de deux ans*.

Beaucoup de pèlerins remportaient des richesses. D’autres ayant vaincu des lions et des tigres, s’en retournaient avec des dépouilles dont ils allaient orner leurs armoiries.

De singuliers récits ont semé des merveilles sur ce départ. On lit dans le Magnum Chronioon Belgicum qu’un chevalier nommé Geoffroi de la Tour, ayant un jour aperçu dans une forêt un beau lion, qu’un énorme serpent étouffait, avait volé au secours du noble animal et tué le serpent. Le lion reconnaissant n’avait plus quitté son libérateur, l’avait accompagné à Jérusalem et le suivait fidèlement en tous lieux. Lorsqu’il fallut s’embarquer, on ne voulut pas recevoir le lion dans le navire qui allait porter Geoffroi en Europe. Le chroniqueur ajoute que le pauvre animal se noya dans la mer, en suivant à la nage le bâtiment qui le séparait de son maître.

Le retour des Croisés fut regardé en plusieurs pays comme un miracle. Car on avait répandu à leur sujet les bruits les plus sinistres; et en beaucoup de lieux on ne les attendait plus. Ils reparaissaient, portant des palmes à la main; on se mettait à genoux devant eux ; on baisait les mains des guerriers qui avaient délivré le tombeau du Seigneur ; on touchait avec respect leurs pieds qui avaient foulé la terre consacrée.

1 On lira plus loin le pèlerinage d'Olivier Leefdale.

I Page 97.) Imprimé pur Puos frère»

MORT DE GODEPROID DE BOLILLOX*.

REGNE DE GODEFUOID.

Dans quelques vil'es, leur retour fut une fête qui n’est pas oubliée encore. Bruxelles, par exemple, célèbre toujours la commémoration du 1 9 janvier de l’an 1100, jour où les Croisés bruxellois, que l’on n’espérait plus, reparurent dans leurs familles *.

Eustache , frère de Godefroid , à son retour dans sa patrie , trouva que le comte Henri de Limbourg, son . parent, comme lui de la maison d’Ardennes, s’élait fait investir, pendant son absence, du duché de Lotharingie et du marquisat d’Anvers. Revenu des vanités de ce monde, Eustache, de l’avis de sa pieuse mère, la bonne comtesse Ida *, ne revendiqua pas ses fiefs , et ne s’occupant que de son salut et du bonheur de ses sujets, acheva ses jours dans les domaines de ses pères. Une foule de chevaliers imitèrent son abnégation.

Page 1