‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem première et deuxième croisades 10801187Chapitre 38 sur 77 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

CIIOISADF. DF. PO R TIHVA L.

Le Dieu que nous invoquions nous a exaucés.

Pxaumt 4.

La Croisade prôchée par saint Bernard produisit d’autres résultats. Le Saint-Siège recommandant aux hommes vaillants non-seulement de délivrer l'Asie, mais d’étendre les bornes de l’Europe chrétienne, les Saxons et les Danois se croisèrent contre les Slaves, toujours païens, en même temps que des expéditions saintes avaient lieu en Espagne, en Sicile, en Portugal.

Les Espagnols combattaient toujours les Maures établis parmi eux. Les Siciliens délivraient de jour en jour leur patrie des Sarasins qui en occupaient diverses contrées; ils les poursuivaient jusqu’en Afrique, et remportaient sur eux de fréquentes victoires , — dans

1 Annales de Flandre , cli. 75.

Béton Le Prieurs Moriu).,*‘ài:fujs lmp de ' GodanJ

Prise de Lisbonne parles Croisés

CROISA l)K. 1)E PORTUGAL. I(i7

!e même temps que les Croisés de la Palestine échouaient devant Damas.

Aux bords du Tage, Alphonse I", comte de Portugal, ayant défait cinq rois maures qui tenaient le pays avec des forces imposantes, s’était fait proclamer roi. Il fondait un état dont la durée devait être plus longue que celle du royaume de Jérusalem. Aidé du peuple, dont il assurait les libertés et les franchises, il savait en même temps captiver l'affection des seigneurs. Mais les Maures, quoique battus plusieurs fois par lui , demeuraient toujours , par leur nombre et par les places qu’ils occupaient, dominateurs du Portugal. Son titre de roi n’était encore qu’un mot, si une circonstance due aux Croisades n’était venue le rendre stable et assurer sa couronne.

Alphonse cherchait depuis long-temps à s’emparer de Lisbonne, qui était restée au pouvoir des Maures, et que sa situation rendait pour lui d’une haute importance. Il assiégeait cette ville en 1147, avec tous ses chevaliers ; plusieurs mois d’efforts n’avaient produit que des échecs complets ; à chaque assaut , les Portugais repoussés perdaient courage; enfin, lorsqu’ils apprirent qu’une flotte des Croisés, qui allaient en Orient, venait d’être amenée par les vents dans les bouches du Tage ; — Alphonse courut à leur rencontre.

— C'est Dieu même qui vous a conduits, dit-il aux soldats de la Croix. Les Infidèles , que vous allez chercher en Asie, sont là sous vos yeux. C’est ici une terre qu’il faut aussi délivrer. Aidez-nous, frères; vous fonderez un noble royaume; vous purgerez une

168 SUITE UE LA DEUXIÈME CROISADE, patrie chrétienne , et de riches possessions récompenseront votre valeur.

Ces Croisés étaient composés surtout de Français, de Flamands et de Brabançons , qui allaient rejoindre Louis VII et Thierry d’Alsace. Arnulphe, comte d’Arschot et sénéchal de Brabant, était un de leurs chefs. Arnoul, le prédicateur flamand, était avec lui.

— Puisque les ennemis de la Croix sont ici , dit-il , c’est Dieu qui vous les livre.

Les Croisés débarquèrent donc et se joignirent au roi de Portugal. Le siège de Lisbonne fut repris avec une grande vigueur ; et malgré la résistance furieuse des Maures , après quatre mois d’assauts et d’attaques, la ville fut emportée et la garnison passée au fil de l’épée.

Les autres places que retenaient les Sarasins leur furent enlevées rapidement. Le Portugal entier se soumit au roi Alphonse, qui ne se montra pas ingrat. Il donna aux Croisés plusieurs villes, et beaucoup de ces vaillants auxiliaires se fixèrent dans son jeune royaume, croyant avoir assez fait pour la défense de la Croix.

Page 1