APPENDICES
i'AIX DK DIEU. TRÊVE DU SEIGNEUR.
Parmi les décrets du concile de Clermont, il faut citer ceux qui concernent l’établissement de la paix de Dieu et de la trêve du Seigneur.
« D’horribles désordres régnaient en ce temps-là. 11 y avait si peu de respect pour les lois et tant de faiblesse dans la justice, que chaque particulier prétendait qu’il lui était permis de se la faire à soi môme par la voie des armes, en s'attribuant très -injustement un droit qui n’appartenait qu’aux souverains. De sorte que la plupart des états de l'Europe étaient misérablement déchirés par les inimitiés particulières; chacun, pour tirer raison des injures qu’il croyait avoir reçues, n’hésitant pas à employer le fer et le feu. Pour apporter quelque remède à de tels excès, qu’on ne put d’abord entièrement abolir, les évêques et les barons, dans les contrées conquises par les Francs, firent des règlements par lesquels on mettait absolument à cou-
262 PAIX DE DIEU. TRÊVE DU SEIGNEUR, vert des violences les églises, les clercs, les monastères, les religieux , les femmes, les marchands , les laboureurs et les moulins ; ce qui fut compris sous le nom de paix de Dieu.
» A l’égard des personnes et des choses non protégées par cette paix, il était défendu d’agir par les voies de la violence, depuis le mercredi au soir jusqu’au lundi matin, pour le respect particulier que l’on doit à ces jours que Jésus-Christ a consacrés par les derniers mystères de sa vie; c’est ce qu’on appela trêve du Seigneur.
» Le concile de Clermont confirma ces dispositions. Il déclara excommuniés les violateurs de la paix de Dieu ou de la trêve du Seigneur; ensuite de quoi, ils devaient être bannis ou punis de mort, selon les violences plus ou moins criminelles qu’ils avaient commises. Les trois conciles qui suivirent celui de Clermont appuyèrent ces règles de leur sanction.
» Ainsi, pourvu qu'on respectât la paix de Dieu, et qu’à l’égard des personnes et des choses qui n’en étaient pas formellement protégées, on gardât religieusement la trêve du Seigneur aux jours marqués, la guerre des particuliers était tolérée et passait même pour permise et légitime , quand on l’avait déclarée à son ennemi par un défi en règle. Cet état de choses durait encore sous saint Louis, qui fit de grands efforts pour le réformer. Il ne fut aboli que par l’édit de Philippe IV, donné à Toulouse en 1303. » (MaImbourg.)
Nous croyons devoir donner ici l'analyse du roman célèbre dit le ko inan, la Chronique ou V Histoire merveilleuse de Godefroid de Bouillon *. Il était en vers flans la bibliothèque du roi Charles VL On l'a imprimé en prose, accommodé par Pierre Desray, en I i99 ; et c’est sur ce texte que le marquis de Paulmy a fait un travail dont nous allons profiter.
Le Roman de Godefroid de Bouillon est divisé en deux parties très-distinctes. La première, qu’on pourrait appeler l’avant-scène, est du roman outre mesure dans le sens d’aujourd’hui : d’un fabuleux plus que déraisonnable, ce morceau donnera une idée bizarre. du goût de nos pères. La féerie ne les étonnait pas. La seconde partie est une histoire à demi véritable , un récit populaire de la vie de Godefroid de bouillon. Ne nous étonnons pas qu’on l’ait traité comme Charlemagne^ et qu'on ait chargé son origine de circonstances extravagantes : on croyait, dans ces siècles enfants, couvrir de lustre les héros par de tels contes.
On peut regarder ce roman comme le dernier de ceux qui composent la classe dont Charlemagne ouvre la longue série. Depuis, on a cessé de faire entrer la magie, les enchanteurs, les fées et les prodiges dans l’histoire véritable des princes de l’Europe.