JUSTIFICATION DF. SAINT BERNARD
Mais, après les revers qu’on venait d’éprouver, on n’entendait plus que la plainte et le blâme. On s’en prenait particulièrement à saint Bernard, contre lequel on s’emportait, en le traitant de faux prophète qui avait trompé tant de princes et tant de peuples. Comme ce grand saint, qui ne fut pas l’auteur, mais seulement le prédicateur de la Croisade , avait promis en effet qu’elle aurait un heureux succès, ce fut pour lui un sujet de mortification d’autant plus sensible, qu’il semblait que ces plaintes eussent quelque fondement. Mais, s’il fut pénétré d’une douleur qu’il ne put pas entièrement dissimuler, il se justifia pourtant dans son apologie, qu'il adressa au pape Eugène. C’est là que, toujours détaché de lui-même et uniquement attaché à Dieu, il dit : « Que, s’il faut que les hommes, » qui jugent ordinairement des choses par les événe- » ments, murmurent en celte rencontre, il aime bien » mieux que ce soit contre lui que contre Dieu. Qu’il » se tient heureux de ce que Dieu daigne se servir de » lui comme d’un bouclier, en l’exposant à la fureur » des langues médisantes et aux dards empoisonnés » des malédictions, qu’il reçoit volontiers afin qu’ils » n’arrivent pas jusqu’à Dieu. Qu’il ne refuse pas » d’être déshonoré par ceux qui le déchirent, pourvu » que par son propre déshonneur la gloire de Dieu » demeure à couvert. Qu’il souhaite de se pouvoir » glorifier avec David, en disant comme lui : C’est » pour l’amour de vous , mon Dieu , qu’on m'a chargé