A CONSTANTINOPLE. 4T
hommage. La plupart des chefs y consentirent , séduits par de magnifiques présents. Mais indépendamment des plus grands sacrifices, l'Empereur paya cette vanité par une foule d'humiliations. Aussi ce fut avec une joie profonde qu'il vit s'éloigner à pleines voiles les armées de la Croix.
Au printemps de l'année 1 097, les chevaliers chrétiens entrèrent dans les plaines de la Bithynie. Leur avant-garde était formée de quatre mille hommes, armés de haches et de pioches, qui déblayaient le chemin et marquaient , par dea croix plantées de distance en distance , la route que l'armée devait suivre.
Dès la première journée, ils virent accourir à eux, du fond des bois et des cavernes , des hommes presque nus , maigres et mourant de faim ; c'étaient les débris de l'armée de Pierre-l'Ermite. Ils racontèrent qu'une première colonne de chrétiens, après s'être hvrée à des excès criminels , avait été massacrée par les Turcs, à l'exception de quelques-uns qui avaient embrassé la foi de Mahomet ; et ce récit fit frémir les Croisés.
Ils ajoutèrent , en montrant sur le chemin de Nicée un vaste monceau d'ossements entassés, que c'était là ce qui restait de l'armée conduite par Gauthiersans-Avoir. Lui-même , en combattant avec vaillance, était tombé percé de sept flèches. L'ermite Pierre qui, au commencement de ces désastres dont il n'avait pu voir toute l'horreur, s'était échappé et avait rejoint les princes croisés à Constantinople , pleura sur le triste sort de ses infortunés compagnons.
Godefroid s'arrêta devant le camp désert de Gauthier. On y voyait encore la pierre qui avait servi d'au-
tel. Le sol qui T entourait avait été baigné du sang des prêtres et des femmes massacrées au milieu de leurs prières. Au spectacle de tant de malheurs que r imprévoyance avait causés , les Croisés jurèrent spontanément d'être unis ; les chefs formèrent un conseil sans l'avis duquel désormais rien ne pouvait se décider ; et quoiqu'il y eût là de graves et d'augustes vieillards, ce fut Godefroid de Bouillon qui, malgré sa modestie , en eut la présidence.