‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem, premièreChapitre 14 sur 63 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LA CRAKDB ftATAILLE DE DOUTLÉB.

Tout périssait ; mais tout Fut sauvé dès qu'il parut.

Maimbourg.

On était dans Tété de Tannée 1 097. Les corps commandés par Bohémond, par Tancrède et par Robert de Normandie, prirent la gauche; ceux qui obéissaient à Godefroid de Bouillon , à Hugues de Yermandois , à Tévéque Adbémar, au comte de Flandre et à Raymond, se dirigèrent par la droite.

Le premier juillet, dès le matin, la adonne de gauche aperçut des nuages de poussière. Ils annonçaient rapproche de Tennemi, Les Croisés savaient qu'une armée de Turcs devait les attaquer. Tout le monde aussitôt pr^[id les armes. Les chrétiens avaient devant eux une petite rivière, et derrière eux un marais couvert de roseaux. Ils barricadèrent leurs flancs avec les chariots et improvisaient des paUssades au moyen des pieux qui soutenaient les tentes dans leurs campements. On avait mis au centre les prêtres, les enfants et les femmes.

A peine les premiers préparatifs sont terminés que les Turcs paraissent. Impétueux et hardis , ils font pleuvoir une grêle de flèches.

On n*était séparé d'eux que par la petite rivière. Les chevaliers diréttens, impatients de se mesurer avec un ennemi qu'ils ont déjà battu, la franchissent en colère et tombent sur les Musulmans, qui fuient, se

dispersent , mais , selon leur cou tome , reviennent bientôt à la charge; et le combat s'anime avec une fureur inouïe. A chaque instant on voit les Turcs devenir plus nombreux ; les soldats de la Croix ne suffisent plus à leurs ennemis. Guillaume , frère de Tancrède , est tué. Tancrède lui-même n'est sauvé que 'par ia valeur de Bohémond. Le vaillant Robert de Paris et quarante chevaliers français qui l'entourent sont mis à mort. Après une longue défense, le camp est pris, les femmes sont captives des infidèles. Bohémond » Tancrède, Robert de Normandie, ne peuvent plus soutenir le choc. Tout semble perdu , — quand^ subitement le courage des chrétiens se relève. Ils ont vu briller au loin des bannières amies. Les rayons du soleil se reflètent sur les casques et les boucliers de la seconde colonne qui s'avance au pas de charge. Godefroîd de Bouillon, Hugues de Vermandois, Robert de Flandres, prévenus du péril de leurs frères, accouraient en toute hâte.

A la tête de cinquante chevaliers , Godefroid devance ses bataillons ; et sa seule approche jette l'épouvante parmi les infidèles. Le sultan deRoum, comptant que Godefroid n'oserait l'attaquer sur ses montagnes, fait sonner la retraite. Mais les Turcs emmenaient des captifs , et les guerriers Francs reconnaissaient leurs compagnons mourants sur le champ de bataille que 1* ennemi abandonnait. Ils poussent leur terrible cri de guerre ; ils gravissent les rochers, mettent de nouveau les Turcs en désordre , reprennent les prisonniers et vengent par la mort de vingt mille infidèles la défaite du matin.

Le camp, les tente&et les trésors de T ennemi tombèrent dans les mains des chrétiens vainqueurs , qui s'en revinrent chargés de butin , ramenant des coursiers arabes , dont ils sentaient tout le prix dans ces contrées, et des chameaiix, montures pour eux toute» nouvelles.

Les Croisés n'avaient perdu que quatre mille hommes, à qui on rendit le lendemain les honneurs funéraires et que Ton regarda comme des martyrs. Après quoi , on partagea les'robes flottantes , les flèches légères et les sabres recourbés que l'on avait conquis. Cette victoire avait eu lieu dans le voisinage de Dorylée.

En avançant dans ce pays brûlant, au milieu de l'été, les Croisés eurent beaucoup à souffrir. Une grande partie de leurs chevaux périrent; et l'on vit des chefs montés sur des ânes, sur des chameaux, sur des bœufs. Les chiens et les chèvres traînaient les bagages.

La soif causa aussi des maladies parmi les pèlerins. Une foule d'aventures varie l'aspect de ces vieux récits. Un jour que Godefroid de Bouillon s'était un peu écarté dans une forêt où il cherchait de la fraîcheur , il entendit les cris d'un soldat que l'on avait chargé de ramasser du bois et qui allait succomber, attaqué par une ourse affamée. Il courut au secours du soldat, af-^ fronta la bête monstrueuse et la tua à grands coups d'épée. Mais lui-même, gravement blessé à la cuisse dans cette lutte dangereuse, il sentit qu'il perdait son sang et tomba épuisé. Il fallut que le soldat qui lui de^ vait la vie le rapportât sur ses épaules.

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