‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem, premièreChapitre 18 sur 63 · Î AVENTURE · texte numérisé non relu

Î AVENTURE

ici est enterré le grand prophète DsDÎet. Que des lieux si sacrés tous toacbeot î Noos sommes les soldats de Jésus-Christ , et vous, nos œmpatrioteSy tobs êtes les soldats du diable.

Mes frères , poursoirit-i! en pleurant , car alors les plus rades guerriers pleuraient sans bonté, abandonnez le métier de pirates et soives-nons. Notre but est noble et digne; nous Tenons délivrer la patrie du Seigneur. Allez avec mon frère Godefroid à la conquête de Jérusalem, on suivez ma fortune; et, si voos m*aidez de cœur , je tous ferai gagner de bonnes seigneuries.

Les pirates af^Iandirenl et se mirent à crier tons : — La Croix ! la Croix \ si nous en sommes dignes.

— Elle expiera tons vos péchés, ré^diqua Baudouin.

On apporta aussitôt^ sor de grands plats, des croix de drap vert , que les pirates s^attacbèrent à Tépaule. Dès lors ces voteors de la mer, transformés en soldats de la Croisade, marchèr^t sons les étmidards de Baudouin^ à qui ils rendirent d'éraineQts services, et ceux* qui survécurent aux hasards de la guerre devinrent de boftts cbevaHer».

Ce renfort permit à Baudouin de laisser dans Tarse une garnison , et û refoîgnit Tancrède. La petite armée ide ce chef, lui reprochant de Favovr dépouillé de Tarse, attaqua ses dievaliers. Les Italiens, battus par Lui 9 furent un snjet de doulenr pour les captaines de la guerre sainte, et Godefroid deBouilfon, quand son frère reparut au camp, lui reprocba d'avœr oublié' les serments des pèlerins de la Croix. Mais alors Baudouin était ambitieux ; il voulait pour lui-^même une principauté. Il fit vwr, par ta manière hautaine avec

DE BAUDOUIN. fia

laquelle il reçut le blâme des chefs ^ qu'il avait suivi F armée pour sa fortune personnelle, en même temps que pour la délivrance du Saint-Sépulcre.

La mort de sa femme Gondechilde, qui l'avait pieusement accompagné et qui rendit le dernier soupir à Marésie, ne le ramena pas à des sentiments plus chrétiens. Ayant appris que le conseil des Croisés voulait l'empêcher désormais de s'écarter de l'armée, il s'en détacha de nouveau pendant la nuit^ à la tête des siens, s'engagea encore dans la Cilicie et s'avança jusqu'à Édesse, où s'étaient réfugiés tous les habitants chrétiens de la contrée.

Ville autrefois royale', Édesse n'avait alors la paix

« Édesse, avant l'ère moderne, avait eu des rofe ; et tout le monde sait quelque chose de la légende du roi d'Édesse , contemporain de notre Seigneur. Voici toutefois cette légende, rapportée par Thévenot [Voyage du Levant) :

Abgare, roi d'Édesse, ayant entend a parler des miracles du Fils de Dieu, lui envoya, dit-on, un peintre habile, afin d'avoir son portrait. Ce prince était malade de la lèpre ; et il disait : Si je puis seulement voir l'image de Jésus, je serai guéri. Mais l'éclat divin qui brillait sur le visage du Sauveur empêchait l'artiste d'en copier les traits. Alors le Fils de Dieu, voulant satisfaire à Tardent désir du roi d'Édesse et récompenser sa foi , posa sur son visage un voile, auquel toute sa ressemblance s'imprima aussitôt, et l'envoya au Prince.

Comme les messagers revenaient à Édesse, dit encore la légende naïve, ils furent poursuivis par des voleurs. Celui qui portait le voile précieux se hâta de le jeter dans un puits , pour le sauver, et gagna promptement la ville. Le lendemain matin , Abgare vint en pompe chercher la précieuse image. Il trouva les eaux du puits accrues jusqu'à ses bords ; le voile surnageait au-dessus. Il le prit, le contempla avec adoration, fut aussitôt guéri de sa lèpre et se fit chrétien à l'instant ; tout son peuple suivit son exemple.

Les Turcs, au dix-septième siècle (et nous citons le témoignage de- Thévenot), attribuaient encore aux eaux de ce puits révéré un grand

qu'en se reconnaissant tributaire des Sarasins. Elle était gouvernée par un prince grec , qui commandait au nom de Pempereur Alexis. Baudouin n'avait pu amener qu'un petit nombre de guerriers. Mais tous les chrétiens s' étant déclarés pour lui , il fut bientôt proclamé prince d'Édesse , élu par le peuple , qui s'était révolté et avait tué son gouverneur.

Il accepta cette fortune. Peu de jours après il enleva Samosate ; et, par un mariage qu'il contracta avec une princesse armé.iienne, il étenditses possessions jusqu'au Taurus. Une partie de la Mésopotamie et les deux rives de TEuphrate reconnurent son autorité.

L'Asie vit alors un chevalier franc régner sans obstacle sur les plus riches provinces de l'ancien royaume d'Assyrie. Cet audacieux coup de main de Baudouin fut utile, ajoute Michaud'. La principauté d'Édesse servit à contenir les Turcs et les Sarasins; et jusqu'à la seconde croisade, ce fut le premier boulevard des chrétiens en Orient.

nombre de miracles. Évagre dit que la ville d'Édesse étant assiégée par Chosroès, les habitants portèrent ce voile sur les remparts ; que les machines des ennemis prirent feu aussitôt et qu'Ëdesse fut délivrée. La ville garda cette sainte relique jusqu'au jour où elle fut obligée de la livrer à l'empereur Constantin VIII pour se sauver du pillage. L'église de Saint-Sylvestre à Rome croit aujourd'hui la posséder.

* Histoire des Croisades, liv. II.

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