‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem, premièreChapitre 17 sur 63 · AVENTURE · texte numérisé non relu

AVENTURE

Il y avait une heure que le combat .durait , Irès-meurtrier pour les Grecs qui se défendaient sur leurs ponis, moins funeste aux pirates qui, dans leurs manœuvres, s'abritaient au fond de leurs petits bâtiments. Les cordages et les voiles des vaisseaux de l'Empereur étaient en pièces, et la moitié de leur équipage hors de combat. Mais, comme on était près de la côte, ils refusaient de se rendre et cherchaient à gagner l'embouchure du Cydnus, quand Wimer de Boulogne, l'un des chefs des pirates, appela ses plongeurs. Des hommes aussitôt se jettent à la mer, munis d'énormes tarières; d'instant en instant on les voyait reparaître pour respirer quelques secondes , puis ils plongeaient de nouveau autour du plus grand navire grec.

Au bout d'un quart d'heure , on vit le vaisseau , qu'ils avaient percé de tous côtés, faire eau si vivement qu'il s'enfonçait d'une manière sensible. Les Grecs alors se rendirent ; les pirates leur donnèrent la vie; mais ils prirent exactement tout ce que portaient les deux navires; et avant de permettre aux soldats d'Alexis de gagner le large, sur le seul vaisseau qui allait leur rester, les chefs des corsaires détachèrent trois de leurs bâtiments , chargés d'aller vendre à la ville voisine les objets qu'ils venaient de conquérir. C'étaient des étoffes, des provisions et des armes.

Les pirates, détachés de la flottille , remontèrent le Cydnus pour aller à Tarse, qui était à une lieue et demie de la mer. Leur surprise fut grande en apercevant sur les murailles l'étendard de leur pays et des hommes armés qui portaient l'habit des Francs. Leur cœur endvivci palpita au souvenir de leur patrie. La garnison

DE BAUDOUIN. Gf

de Tarse, qui les avait pris pour des Sarasins qu'il fallait combattre, reconnut en même temps leur idiome ^t leur tendit les bras. Ce fut une grande joie. Ils débarquèrent en tumulte. On les conduisit au palais où dominait un guerrier de leur pays. C'était Baudouin. Déjà il s'était revêtu de son armure de fer. Il tressaillit d'allégresse en reconnaissant Zegher , Ghérart et surtout Wimer de Boulogne, avec qui autrefois il avait fait la guerre. Un avis fut expédié aux sept autres petits navires, qui entrèrent bientôt dans le port de Tarse.

Baudouin avait fait préparer un grand festin pojir recevoir les pirates , tous également étonnés de cette rencontre. Ils avaient bien entendu dire que les chevaliers chrétiens de l'Occident , ayant pris la Croix , étaient partis pour la conquête de Jérusalem. Mais ils savaient que les trois premières armées avaient péri -en chemin. Ils ignoraient que de nouvelles phalanges, conduites par des chefs dont les plus marquants étaient Jours compatriotes , poursuivaient plus heureusement leur pèlerinage héroïque.

Baudouin leur raconta tout le grand voyage de& Croisés, leur marche à travers l'Empire qu'ils avaient intimidé, la prise de Nicée, malgré sa double enceinte, la victoire de Dorylée. Il leur apprit que Godefroid de. Bouillon s'avançait sur Antioche, pendant que lui, Baudouin , allant à la découverte de quelque principauté, s'était emparé de Tarse. Il se mit ensuite à les exhorter :

— Vous menez mauvaise vie, leur dit-il ; cependant vous êtes chrétiens comme nous. Il vous faut venir à repentance. Nous sommes, ici dans la renommée ville de Tarse ; ici est né le bienheureux apôtre saint Paul ;

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