A LA LIBRAIRIE
DES IJVRES LtTURGIQUES ILLUSTRÉS
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Il n'y a pas long- temps encore qu'il était de mode de condamner les Croisades. Les cœurs arides, qui ne voyaient qu'à leur superficie ces grands pèlerinages militaires , s' ils ne pouvaient en admirer le noble et généreux élan , auraient dû reconnaître pourtant que les Croisades achevèrent ce que Charles-Martel avait commencé vaillamment dans les plaines de Tours. Si les étendards chrétiens n'eussent pas porté subitement l'effroi chez les infidèles, les Turcs, qui ne prirent Constantinople qu'au quinzième siècle, s'en fussent emparés au douzième; les Sarrasins, que deux cents ans de combats retinrent en Asie , fussent venus alors , avec plus de succès qu'en 732 , envahir l'Europe sans chef et divisée en mille petites principautés désunies. On pourrait aux critiques parler aussi du commerce, dont la renaissance remonte aux Croisades; des arts, qui nous revinrent de l'Orient; des inven-
tions ignorées que les Croisés apportèrent ; de la liberté, qui se retrempa dans les camps. On ajouterait même, sans craindre de se heurter à des contradicteurs bien solides , qu'il était beau de rétablir la foi aux saints lieux où elle est née ; qu'il était doux de penser que Jérusalem était chrétienne ; que nous avions des frères qui priaient pour nous sur le tombeau de Jésus-Christ ; que nous pouvions compter des parents ou des compatriotes à Bethléem , à Nazareth , au Thabor, au Sinaï, aux rives du Jourdain ; que la terre consacrée par nos mystères révérés n'était plus souillée tous les jours des profanations de l'Islamisme ; que le mont des Oliviers ne donnait ses ombrages qu'à des chrétiens , et qu'il nous était permis, avant le jugement dernier, d'aller nous incliner devant Dieu dans la vallée de Josaphat. Oh! si la Palestine fût restée soumise à la Croix, qu'elle serait différente de ce qu'elle apparaît , triste et désolée, aux voyageurs qui entreprennent encore le saint pèlerinage! La seule contrée de cette patrie auguste de l'Homme-Dieu qui soit habitée par des enfants du Christ, le Liban, offre une population forte et nombreuse. Le reste ne présente que des ruines ou des déserts. On lit avec douleur, dans les récents voyages , cette peinture de Césarée , qui attend des habitants dans ses murailles, et qui n'a pour hôtes que des chacals et des serpents. On voit la plaintive Jérusalem dévorée par la peste, cette compagne persévérante des Musulmans. On cherche l'opulente terre d'Israël ; et , comme dans la Grèce moderne , sur h-
quelle aussi le Croissant a passé , on ne trouve que des souvenirs et des regrets.
Et si les rois de l'Europe, renonçant enfin à cet appareil menaçant qu'ils se plaisent à étaler l'un contre l'autre, voulaient, dans une pensée loyale, utiliser leurs vastes armées et réjouir les jeunes têtes chaudes qui demandent la guerre , croyez vous que ce ne serait pas aussi un grand et bel exploit que d'aller reprendre la Terre-Sainte? Toutes les fatigues immenses qui ont accablé nos pères seraient maintenant évitées. La conquête serait facile, la régénération aisée. Un royaume chrétien , rétabli dans les lieux où Dieu s'est manifesté tant de fois , serait une haute allégresse pour les cendres des Croisés , une grande splendeur pour les braves , une fête pour les âmes pieuses \
' La Société des Fosles militaires en 1837, et la Société des Beaux- Arts en 1842, ont publié de ce livré deux premières éditions. Celle-ci -est notablement corrigée.
DE
GODEFROID DE BOUILLOM
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