CHAPITRE XVI
LG AÈGNE DE BAUDOUIN, FRÈRE DE GODEPROID.
Le trône agrandira cette âme ambitieuse.
Lamotte.
Reprenons les annales du royaume de Jérusalem.
Baudouin, le vaillant prince d'Édesse, venant de nouveau visiter son cher frère Godefroid, et ne s' attendant guère à la triste nouvelle qui allait déchirer son cœur, entra dans Jérusalem au moment même où la ville entière pleurait ce héros, dont il apprit aussitôt la naort funeste. Celait le 19 juillet de Fan 1 1 00. Godefroid était mort la veille.
Baudouin était escorté de quatre cents chevaliers et de mille fontassins. Il avait dé£ait en chemin les émii's de Damas et d'Émèse ; car alors , dans ces contrées , il était rare qu'un voyage ne devînt pas une expédition militaire.
Après avoir donné bien des larmes à Godefroid , Baudouin , selon son droit , se fit proclamer roi de la Terre-Sainte. Il céda à son cousin Baudouin du Bourg sa principauté d'Édesse, et il commença sans peur un règne qui ne devait être qu'une suite de combats et ne se passer que dans les camps.
Ses premiers exploits furent le châtiment des Infidèles du pays d'Ascalon, la prise de Ségor, la destruction de plusieurs bandes arabes , sur lesquelles il recueillit un grandiutin. Moins humble que son frère, Baudouin témoigna le désir d'être couronné; mais il n'osa pas célébrer cette pompe à Jérusalem. La cérémonie eut lieu à Bethléem, le 23 décembre, jour de Noël (même année 1 1 00).
Fier et satisfait de la possession d'un trône qui passait en ce temps-là pour le plus auguste, Baudouin, dont on avait pu blâmer auparavant l'ambition mondaine , déploya dès lors sans réserve toutes les vertus généreuses des plus dignes chevaliers chrétiens , à côté d'une valeur qui ferait de lui 1 un des plus héroïques guerriers, si Ton recueillait bien les faits de sa vie sî pleine.
Comme un jour il s'en revenait d'une course contre les Infidèles , qu'il avait vaincus au delà du Jourdain , il eut l'occasion de faire voir qu'il était non-seulement vaillant, mais encore bon chevalier.
Il regagnait sa capitale à la tête de sa petite armée , lorsqu'il entendit des gémissements qui partaient d'un bois voisin. Il s'avança seul et vit une femme arabe •dans les douleurs de l'enfantement. Au milieu de la déroute récente des Musulmans, elle s'était égarée
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avec utie esclave, et la frayeur avait hâté sa délivrance. Quoique ce fut la femme d'un ennemi , Bau- *douin , arrêtant sa marche ^ couvrit cette femme de son manteau et la fit reposer sur des tapis. Des fruits et des outres remplies d'eau sont apportés par ses ordres auprès de ce lit de douleur. On y amène la femelle d'un chameau pour allaiter l'enfant qui vient de naître; et, aussitôt que la pauvre accouchée annonce qu'elle peut supporter le transport , le roi de Jérusalem la place sur une litière et la fait reconduire à son époux avec une sauvegarde.
Celui-ci occupait un rang élevé chez les barbares. Il versa des larmes de joie en revoyant sa femme chérie, dont il pleurait la perte ; et il jura en lui-même de n'oublier jamais la générosité de Baudouin \
Peu de temps après , aidé des pèlerins et de quelques guerriers qui arrivaient tous les jours d'Occident, le roi de Jérusalem avait repris Arsouf. Il s'était emparé de Césarée , où les chrétiens avaient trouvé de grandes richesses.
Vers la fin de l'année 1101, il marcha contre des bandes égyptiennes qui dévastaient les environs de Ramla. Avec trois cents chevaliers et neuf cents hommes de pied contre douze mille Infidèles , il fit sonner la charge en disant aux siens :
— Compagnons , songez qu'il n'y a pas ici de salut pour nous dans la fuite. Notre patrie est au delà des mers , et l'Orient n'a point d'asile pour les vaincus. En avant !
» Michaud, Histoire des Croisades, îiv. V. Guillaume de Tyr, îiv. X.
La première moitié des chrétiens qui entama la bat^Ue fut taillée en pièces. Baudouin désolé tomba à genoux, po-ia quelques instante, puis, attachant à sa lance une longue banderole blanche qui devait mar* quer sa. trace, et criant aux siens de le suivre » il se jeta panni les Infidèles, les vainquit, les dispersa, vint rassurer les chrétiens de^ Jérusalem qui le (^oyaient perdu ; et , se donnant à peine le temps de réunir une nouvelle troupe, il s'élança au-devant d'une autre armée égyptienne qui s'avançait entre Ascalon et les montagnes de Judée. Sans la compter, il livra bataille encore.
Mais cette armée était û nombreuse qu'en un moment la poignée d'hommes que commandait le roi de Jérusalem fut entourée et massacrée. Baudouin, échappé seul , comme par mirade , se cacha dans des bruyères. Ses ennemis y mirent le feu , et ce fut à travers les plus grands périls que le prince parvint à se réfugier dans Ramla. Les Égyptiens aussitôt investirent cette place.
Ramla ne pouvant se défendre , Baudouin ne devait plus attendre que la mort , lorsqu'un étranger se présente devant lui : c'était l'émir dont il avait sauvé la femme auprès du Jourdain.
— Tu t'es montré humain, lui dit-il. Je braverai tout pour acquitter une dette sainte. Demain les Sarasins seront maîtres de la ville. Aucun des chrétiens qui l'habitent ne peut échapper au cimeterre. Mais toi , si tu veux me suivre , je sais des chemins qui ne sont point gardés ; avant le jour tu seras parmi les tiens.
Baudouin hésita un momrat; son eœor se déchirait
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Imprhné par Plon frères.