BAUDOUIN DANS LES BRUYKRES
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en pensant à ses frères qu'il ne pouvait secourir. Il céda pourtant à la nécessité , et suivît son sauveur, qui le conduisit à Arsouf.
Le massacre de Ramla , qu'on apprit le lendemain , fit croire de nouveau que Baudouin n'était plu». La grosse cloche de Jérusalem annonçait en même temps l'approche des Sarasins. Le roi, prompt comme l'éclair, reparut alors dans la cité effrayée, rassembla tous les chrétiens qui pouvaient porter les armes , et , sans prendre une heure de repos , se retourna contre les Égyptiens, qu'il battit complètement dans les plaines de Jaffa. Il ne rentra à Jérusalem qu en triomphateur. (Année 1102.)
Les forces du jeune royaume eussent été vingt fois épuisées sans l'arrivée continuelle de quelques secours d'Europe. Après que l'Occident avait su la délivrance de Jérusalem , un nouvel enthousiasme s'était élevé et de nouvelles armées de pèlerins s'étaient rassemblées en tumulte sous les bannières de la Croix, a Les prédicateurs continuaient à entretenir les peuples des travaux et des dangers de leurs frères en Orient , et du devoir où ils étaient de les secourir. Les lettres qu'on recevait d'eux étaient lues dans les chaires, et les faits d'armes qu'ils avaient accomplis étaient asses brillants pour occuper tous les esprits*. » Trois cent mille Fidèles, partis de la France, de la Lombardie, de l'Allemagne et des pays voisins, marchant sur la route de la Palestine avec l'imprévoyance des premiers compagnons de Pierre-l'Ermite et de Gauthier-sans-Avoir,
* Sismondî , îfistoite des Français , 3* partie, ehap. x.
s'étaient fait, comme eux, massacrer en partie par les Hongrois et les Bulgares. Parvenus sur les terres de r empire grec, ils y avaient commis tant d'excès, qu'Alexis avait été obligé d'envoyer contre eux nonseulement ses gardes et son armée , mais encore des troupeaux de lions et de léopards , s'il faut en croire les récits d'Orderic Vital. Ceux qui échappèrent à tant de désastres ayant traversé le Korassan , prirent Ancyre, qu'ils saccagèrent, et se firent ensuite exterminer par les Turcs, tellement que dix mille guerriers à peine de ces bandes innombrables arrivèrent à Jérusalem.
Une seconde armée, en 1103, fut mise en pièces auprès de Stancon , dans la Galatie ; une troisième fut conduite par le comte de Poitiers , Guillaume IX , prince illustre comme poète et troubadour plus encore que comme guerrier, par Hugues de Vermandois, qui s'était croisé de nouveau pour faire taire les blâmes semés sur sa retraite d'Antioche, par Alain Fergent, duc de Bretagne, par le margrave d'Autriche, par Eudes , duc de Bourgogne , qui devait mourir en Palestine , par Etienne , comte de Blois et de Chartres , qui voulut , à l'exemple de Hugues de Vermandois , aller expier dans une mort glorieuse la honte d'avoir douté des succès de la Croisade, par Herpin, vicomte de Bourges , par Hugues de Lusignan , par Henri de Bourgogne, premier comte de Portugal*, et par plu-
1 Henri de Bourgogne était allé, vers iO60, en Espagne, pour combatlre aux côtés du Cid. Le roi de Castille , Alphonse VI, en i072, avait récompensé ses services en lui donnant sa fille, Dona Thérèse, avec le gouvernement de Porto. Il fut reconnu en 1098 comte sou-
sieurs antres princes renommés. La plus grande partie de ces armées s'anéantit dans la Lycaonie avec ses chefs. Pendant ce temps-là , une troupe de guerriers des Pays-Bas et du nord de la France , connaissant les périls du voyage, et se défiant de l'empereur Alexis, aimait mieux se livrer à la mer sur de bons navires , qui , en eflFet , les remirent heureusement au port de Jafia.
Ce fut avec ces secours , si importants au départ , si frêles à l'arrivée , que Baudouin soutint son règne orageux , pendant lequel il ne se passa pas une année sans que la grosse cloche de Jérusalem n'annonçât aux habitants alarmés l'approche des Sarasins.
Et les guerriers en petit nombre qui parvenaient à mettre le pied sur la Terre-Sainte ne se rangeaient pas tous sous les étendards du roi de Jérusalem. Comme lui, les autres princes chrétiens ne vivaient que le casque en tête et la cuirasse au dos.
Baudouin du Bourg, Josselin de Courtenay, Bohémond et Tancrède voulurent, en 1104, s'emparer de Haran ou Charan, dans la Mésopotamie. Les Musul-
veraio du Portugal , qu'il venait de délivrer des Maures , aidé par des Croisés, dont quelques flottilles avaient relâché sur ses côtes. Il s'occupa de relever la religion dans ses domaines, rebâlit les églises, replaça les évêques sur les sièges d'où ils avaient été chassés par Jes Musulmans; et en MO'S, voyant ses états tranquilles, il voulut prendre aussi sa part des gloires de la Palestine : il alla rejoindre les soutiens du roi de Jérusalem , quoiqu'il eût alors soixante-huit ans. Il assista à plusieurs batailles et rapporta de son voyage de précieuses reliques dont il enrichit la cathédrale de Braga. Ce priuce mourut à Aslorga, en 4112, pleuré de ses sujets. 11 avait gagné dixsept batailles contre les Maures. Son fils Alphonse sera le premier roi de Portugal.
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mans, s' étant réunis en force» remportèrmt sur tes Croisés une sanglante victoire.- Bohémond et TaDcrède s'échappèrent seuls avec six chevaliers. Baudouin du Bourg et Josselin de Gourtenay, pris dans la bataille, fcffent emmenés captifs di^ les Infidèles* Ce ne fut qu'au bout de cinq ans que le roi de Jérusalem parvint à les racheter.
Dans cet intervalle, il avait établi avec l'Europe, au moyen des navires flamands, hollandais et génois, un commerce régulier qui affermissait son trône. En 1 1 1 0, vingt jours de siège lui livrèrent Ptolémaïs. Plusieurs autres places de la Syrie tombèrent en son pouvoir ; Tripoli devint une principauté chrétienne.
Sigur, prince deNorwége, accomplissant un vœu, arriva la même année à Jérusalem. Les chrétiens de la Palestine admirèi-ent la haute stature et l'énorme hache de bataille de ces nouveaux auxiliaires , dont le voyage, disait-on, avait duré trois ans. Avec ces vaillants guerriers, le roi Baudouin assiégea Sidon, qui ne tint que six semaines. Mais il s'était vainement flatté de T espoir qu'il les retiendrait. Après cet unique fait d'armes, Sigur, qui disait n'être venu qu'en pèlerin , s'en retourna dans sa froide Norwége , heureux d'emporter un morceau de la vraie croix que lui avait donné le roi de la Palestine : portion d'une relique sainte que les Croisés regardaient comme le gage constant de la victoire sur les Infidèles, et qui, durant le règne de Baudouin , toujours à la tête des armées , ne put presque jamais être adorée dans Jérusalem.
Cest vers le temps du départ de Sigur que le comte Gervais, seigneur de Tibériade, ayant été surpris par
les Infidèles et ^nmené à Damas, une députation yiat proposer à Baudouin rechange de ce prisonnier contre Ptolémaïs et Jaffa , en ajoutant qu'un refus causerait la mort de Gervais. Baudouin offrit de grandes sommes pour la rançon de ce chevalier.
— Quant aux villes que vous me demandez» dit-il aux envoyés musulmans, je ne les donnerais pas pour mon frère Eustache, ni pour tous les princes chrétiens.
Le comte Gervais fut tué à coups de flèches par les Sarasins. Des traits aussi tristes étaient fréquents.
Les Infidèles comprenaient fort bien qu'entre eux et les Croisés c'était une lutte à mort et que le triomphe de la Croix devait éteindre l'Islamisme en Orient. Le sultan de Perse et le calife de Bagdad, plus effrayés de jour en jour par les progrès du peuple chrétien , se liguèrent en 1113 pour reconquérir la Palestine. De vastes armées se levèrent à leur appel. Baudouin, que rien n'intimidait, rassembla ses chevaliers et s'avança fièrement au-devant des nouveaux ennemis. A la tête de son avant-garde, il se trouva face à f?ice avec leurs nombreuses cdiortes sur les bords du lac de Génésareth. Il attaqua sans hésiter. Mais la masse compacte des Sarasins broya en un instant sa petite troupe de braves ; et le lac demeura plusieurs jours teint du sang des chrétiens.
Baudouin du Bourg , le comte de Tripoli , le prince d'Antioche, qui amenaient le principal corps d'armée, fort de onze mille hommes, et que Baudouin avait eu l'imprudence de ne pas attendre, n'osèrent risquer une seconde affaire. Ils se retranchèrent sur les hauteurs, pendant que l'ennemi ravageait la contrée, désolait
Sichem, pillait Naplouse. Jérusalem , tremblant de retomber sous le joug des Musulmans , avait fermé ses portes. Baudouin, qui avaitencore échappé au carnage, en se faisant jour avec sa lance à travers les ennemis, rendit le courage à son peuple. Il rallia toutes ses forces et fit si bonne contenance, que les Infidèles ne purent s'entendre pour l'attaquer.
Au milieu de cette désunion, le prince de Mossoul, l'un de leurs chefs les plus éminents ayant été assassiné par deux Ismaéliens', ces bandes innombrables de barbares^ se dispersèrent aussitôt, malgré leur victoire, comme la paille que Dieu livre aux vents. C'est l'expression d'un vieux chroniqueur.
L'année suivante, une autre armée formidable revint de la Perse et de Bagdad sur la Palestine. L'émir de Damas , à qui les Musulmans attribuaient une part dans l'assassinat du prince de Mossoul , parce que le meurtre avait été commis dans la ville qu'il comman-
* Les Ismaéliens, appelés aussi dans l'Orient Assassins^ mot qui a passé dans la langue française où il exprime le meurtrier qui tue par surprise, étaient une secte fanatique de Musulmans qui obéissaient à un chef redouté, nommé dans tous les récits le cheick ou vieux de la montagne, cheick ou vieux signifiant alors seigneur dans sa véritable acception, senior. Le Vieux de la Montagne habitait sur les hauteurs de la forteresse imprenable de Massiah. Son aversion profonde pour les Turcs le rendit souvent favorable aux chrétiens qui les combattaient. Il avait soixante mille sujets , dont les plus distingués étaient ses gardes ou fédaïs. En les enivrant d'opium, de hrachich et de plaisirs dans un sérail enchanté, il leur faisait croire qu'ils avaient là un avant-goût du paradis de Mahomet, qu'ils pouvaient gagner par une obéissance absolue. S'il leur commandait de mourir, la mort la plus violente ne leur causait aucun effroi. Il les envoyait, à travers tous les périls, poignarder ses ennemis; et ils allaient, fiers d'obéir, heureux de mourir après avoir obéi.
dait, redoutant l'approche de ses frères qui pouvaient le traiter en ennemi, fit alliance avec Baudouin et unit ses forces aux troupes des chrétiens. Devant une telle ligue , les Sarrasins se retirèrent sans combat. Trois années de calme suivirent; et ce fut Baudouin, dont la guerre semblait être devenue l'élément , qui prit en 1118 l'initiative des hostilités.
Pensant qu'il donnerait plus de consistance au royaume de Jérusalem, s'il pouvait conquérir l'Egypte et y asseoir des princes chrétiens , il se mit en campagne. Il commença par la surprise de Pharamia, place située à trois journées du Caire. Il la pilla; et il s'en revenait de cette première course , chargé de butin , lorsqu'il tomba malade de fatigue et d'épuisement à El-Arisch. Sentant sa fin approcher, il réunit autour de lui ses compagnons d'armes :
— Je vais mourir, leur dit-il; mais ne vous en troublez pas. Vous ne perdez en moi qu'un seul homme, et vous avez parmi vous plusieurs chefs plus habiles que moi. Restez donc unis, et accordez-moi une dernière faveur : Ne laissez pas mes os sur la terre étrangère; mais emportez -les à Jérusalem et les ensevelissez auprès de ceux de mon bon frère Godefroid *
Le deuxième roi de Jérusalem expira peu après, en désignant pour son successeur Baudouin du Bourg, son cousin \
* Deux tombeaux , dit M. de Chateaubriand , se voyaient à Jérusalem, au pied du Saint-Sépulcre. L'un était celui de Godefroid de Bouillon; l'autre^ celui de son frère Baudouin, qui lui succéda.
* Baudouin du Bourg, fils de Hugues de Rethel, était né dans les Ardennes. Quelques-uns disent qu'on rappelait Baudouin du Bourg