CHAPITRE XVIII
DU BETOUR DES CROISÉS, NOTAMMENT DE ROBERT DE FLANDRE, ET DE LA FIN DE L'eMPEREUR HENRI IV.
C'est le fait d'un brigand et non d'un prince d'envahir par surprise les biens d'un absent. Lettres de Wazos.
Parmi les Croisés qui revinrent en Europe au commencement de Tan 1 1 00, on remarquait surtout Eustache de Boulogne , dont nous avons mentionné le retour ' , le duc de Normandie et le noble et vaillant comte de Flandre , qu'on a appelé Robert de Jérusalem , à cause de la grande part qu'il avait prise à la guerre sainte. On le reçut dans ses états en lui prodiguant mille témoignages de vénération et d'amour. Mais il reconnut bientôt que, chez lui aussi, l'absence du chef avait produit des relâchements et des désordres. Si les Croisades , en tournant vers un but héroïque l' ardeur guerrière de cet âge , avaient mis un terme dans certaines contrées aux ravages de province à province ; si elles avaient généralement rappelé les chrétiens à des sentiments plus humains; si elles avaient accoutumé les peuples de Jésus-Christ à ne se considérer enfin que comme une seule nation ; si par des dangers communs elles leur avaient appris à se réunir; si elles
> Â la fm du chap. xiii.
avftîent do»né sm% villes F occasion de regagner des libertés, aux serfs le moyen de s'affranchir en (prenant les armes ; si elles ramenaient quelque civilisation de rOrient, avec le goût et F amour des arts; si la première guerre sainte marquait F époque de la renaissance du commerce en Europe , — car ce fut dès lors que des compagnies de navigateurs se formèrent dans tous nos ports ; — d'un autre côté, la Croisade dépeuplait certaines régions , ou du moins en enlevait les hommes de cœur , et laissait ainsi les états à la merci des ambitieux de toute nature, qui profitaient de Féloignement des braves pour s'emparer de leurs domaines ou pour y semer des troubles.
On ne lit nulle part que Godefroid de Bouillon, qui était marquis d'Anvers*, eût vendu aux bourgeois de cette ville leur liberté, comme à ceux de Metz. Cependant il est probable que cela fut , ou bien ils la reprirent. On voit en effet, peu après le retour des premiers Croisés, Anvers administrée par des échevins élus. Mais en même temps (et beaucoup d'autres villes oifrent le même spectacle) elle n'a plus ni hommes vaillants, ni hommes reUgieux; l'hérétique Tanchelm, en 1 1 05 , y vient prêcher publiquement une doctrine
^ Le marquisat d'Anvers appartenant à Godefroid de Bouillon y cette souveraineté, à sa mort, devait être recueillie par Eustache de Boulogne , son frère , qui , la trouvant usurpée , ainsi que le titre de duc de Lotharingie , et revenu des vanités du monde , vécut dans l« retraite sans réclamer rien. Il est probable que Godefroid-le-Barbu, ramené par Olivier Leefdale , et que Ton trouve un peu plus tard marquis d'Anvers, ne sut se faire reconnaître comme souverain dans cette partie des Pays-Bas qu'en accordant à la ville d'Anvers de» immunités et des privilèges qui en firent une commune, ou peut-être seulement en reconnaissant et garantissant ces immunités*
de débauche ; toute la ville F écoute ; il s'y feit honorer comme un prophète et ne rencontre dans la populeuse cité qu'un seul prêtre catholique, qui ne peut rien contre lui*. Partout les hommes qui avaient de la foi s'en allaient en Palestine, comme ceux qui avaient du courage. A leur retour, ils se retiraient du monde; c'était comme s'ils ne fussent pas revenus.
Pierre-l'Ermite ne rentra dans les Pays-Bas qu'en l'année 1 1 02 ; il accompagnait le seigneur de Montaigu, Tun des compagnons de Godefroid. Dans les transes de terreur qu'il avait éprouvées depuis le jour où il était parti à la tète de la première colonne des soldats de la Croix , il avait toujours promis à Dieu de vivre en reclus, aussitôt qu'il aurait remis le pied sur le sol des Francs. Assailli d'une horrible tempête dans son voyage de retour, il avait aussi fait voeu de bâtir une abbaye ; et il ne s'occupait plus que de fonder, à Huy , dans révêché de Liège, la maiscm de prières de Neufmoutiers*, qu'il mit sous le vocable du Saint-Sépulcre. Il devait vivre là, long-temps encore, dans une retraite profonde et sainte.
Ceux qui reparaissaient en Europe avec des idées mondaines n'étaient pas tous assurés de retrouver leurs sujets ou leurs parents disposés à les bien recevoir, et souvent ils rencontraient des ennemis dans leurs anciens voisins. La veuve du comte de Hainaut , Ida deLouvain, revenait de l'Orient, qui avait dévoré son époux sans même lui rendre sa cendre ; elle
1 Voyez, dans les Légendes des sept péchés capitaux^ la légende de Tanchelm l'hérétique.
* Monastère neuf.
traversait les Ardenaes , se hâtant de revoir le jeune Baudouin III , son fils et son autre a£fection , lorsqu'elle apprit que le comte de Chiny lui avait tendu une embuscade. Alors les petits princes faisaient quelquefois le métier de voleurs de grand chemin ; ils enlevaient un passant , qu'ils appelaient leur captif; et ils en tiraient rançon s'il avait des domaines, ou ils le dépouillaient s'il était marchand. Le roi de France, Philippe I", avait reçu du pape Grégoire VU , ce grand redresseur de torts , une admonition sévère , parce qu'à la honte de sa couronne royale il se divertissait quelquefois lui-même avec ses favoris de ces odieux brigandages. Du moins on l'en accusait. Ida, effrayée, se réfugia dans l'abbaye de Saint-Hubert , qui la protégea, la rendit à son fils ; et la reconnaissance de la princesse enrichit les bons religieux.
De tels exemples sont fréquents alors.
Le comte de Flandre, dont le nom avait retenti dans toute l'Europe, était rentré sans obstacles dans ses domaines. Mais il avait , lui , une vieille injure à venger.
Au moment où il allait partir pour la Croisade , avec Godefroid de Bouillon , l'empereur Henri IV, saisissant lâchement une occasion que tous les princes chrétiens respectaient , lui avait réclamé subitement et avec le ton de la violence le pays d' Alost , les Quatre -Métiers , le château de G and et les îles de la Zélande , contrées sur lesquelles l'Empire prétendait, en vertu de vieux droits , exercer sa suzeraineté. Robert, n'ayant pas le temps de vider cette chicane par la voie des négociations, était allé au-devant de l'armée impéria:le. II
avait harangué les troupes allemandes ; à sa voix, tous les plus braves guerriers de Henri IV, abandonnant leurs bannières , avaient pris la croix ; et l'Empereur s'était vu contraint à se retirer presque seul dans ses états. . . Robert alors était parti pour Jérusalem , laissant la régence de la Flandre à sa femme Clémence et à son fils Baudouin VII *, auprès de qui étaient restés quelques vieux capitaines , qui avaient su garder du moins les domaines de leur maître.
Robert , à son retour glorieux , ne voulut pas laisser impunie la perfide tentative de l'Empereur, renouvelée plusieurs fois sans fruit, pendant qu'il combattait en Palestine. Il lui fallait lutter contre un ennemi puissant : mais il en avait affronté de plus redoutables. Après quelques jours de repos, il marcha donc sur Cambrai, et il assiéga cette ville qui appartenait à l'Empereur.
Henri IV se hâta d'accourir. Mais tous les combats qui se livrèrent furent à l'avantage du héros de la Croisade ; Cambrai , à la fin de l'année i 1 02, se rendit à Robert.'
Une paix fut signée à Liège, au printemps de Fannée suivante.
Xe Saint-Siège avait approuvé cette guerre contre un prince chargé de tous les aûathèmes. Depuis longtemps déjà la main du Souverain-Pontife s'était retirée de Henri IV, abandonnant ses états à quiconque pourrait les enlever. On voulut engager alors le comte Robert à réprimer aussi les Liégeois qui, malgré l'ex-
* Celui qu'on a surnommé Baudouin à la Hache, l'une des figures gigantesques du moyen âge.
communication , continuaient à tenir le parti de l'Empereur. Mais Robert hésita à rompre la paix ayéc des dirétiens ; il aima mieux exhorter les Liégeois que les combattre , et ne pas entrer dans ces <a-udles dissensions où les enfants mêmes de TafiFreux Henri IV avaient pris les armes contre lui. Conrad , son fils aîné, qu'il avait créé autrefois duc de Lotharingie, avait le premier levé l'étendard de la révolte, et s'était fait couronner roi d'Italie à Milan. U mourut peu après cet acte de rébellion , pendant que l'Empereur, dans une diète publique, le fiaisait déclarer déchu de tous ses drcHts, et reconnaissait pour héritier son autre fils Henri, en obligeant toutefois ce dernier à j«u*er sur rÉvasgite qu'il demeurerait Mêle à son père. Mais l'exoMnmunié devait recueillir jusqu'au bout les fruits amers de ses iniquités, C^ autre fils , qui fat un peu plus tard Henri V, impatienté de ne pas recevoir assez tôt la couronne paterndiie^ parjure à ses serments, prit les armes à son tour et battit TEmpereur, scm père, qui se réfugia en Bohème. Là, il avait intâ*essé quelques princes à sa cause , lorsque , par une nouvelle perfidie, son fils s'empara de lui et le contraignit à abdiquer en sa faveur, en le menaçant de la mwt s'il ne remettait pas publiquement, avec l'appar^ice du bon gré , la couronne , te sceptre , le globe , l'anneau et les autres marques de l'Empire , dont il avait si large* ment abusé.
Après qu'il eut tout obtenu, Henri Y enferma son père dans une étroite prison. Le vieux tyran douille parvint à s'échapper. Il s'enfuit à Spire, pauvre, à demi nu , mourant de faim. Il demanda , pour sub-
sister inconnu , une place de chantre dans l'église. Il inspirait tant d'horreur, et sa demande était si singulière , puisque TÉglise le rejetait , — d'un autre côté, on redoutait déjà tellement son fils Henri V, qu'on n'osa lui donner ce qu'il sollicitait , et le maudit n'eut plus de refuge que Liège, où il fut reçu par Otbert, le prince-évêque , qui n'oubliait pourtant pas que ce monstre n'avait cessé de désoler l'Église du Christ.
Reprenant de l'énergie dans cet accueil , Henri IV écrivit de Liège des lettres suppliantes au roi de France et à tous les autres souverains , pour réclamer leur appui. Mais les princes chrétiens, partout occupés des Croisades, ne pouvaient prendre la querelle d'un excommunié, chargé des mépris de l'Europe : toutes les lettres de Henri restèrent sans réponse. Son fils , ayant découvert son asile, envoya l'ordre aux Liégeois de lui rendre son prisonnier; et, sur le refus d' Otbert, Henri V, décidé alors à tirer raison, par la guerre, de cette rébellion , s'empara du pont de Viset, entre Liège et Maestricht , et fit avancer ses armées.
Le Limbourg s'était uni au pays de Liège pour sou* tenir l'indigne querelle du vieil Empereur. Des embûches furent dressées habilement, et l'héritier du Limbourg, Waleram , jeune homme que Henri IV récompensa en le nommant duc de Lotharingie, pendant que Henri V investissait Godefroid-le-Barbu de la même dignité , Waleram , ayant attiré les troupes du plus jeune des deux Empereurs dans les défilés, en massacra une partie : les Liégeois culbutèrent le reste dans la Meuse. Ces avantages relevèrent les affaires de Henri IV. Cologne, que Henri V assiégeait, lui
résistait depuis deux mois , quand son triste père mourut le 7 août 1 1 06. Le prince-évêque de Liège crut devoir lui donner une dernière marque d'attachement, tout souillé qu'il était, en se chargeant de sa sépulture. Mais cette sépulture d'un homme hors de l'Église ayant été condamnée, le cercueil de Henri IV fut déterré et emporté à Spire , où il resta cinq ans sans honneurs.
Henri V leva alors une nouvelle armée pour faire la guerre à Robert de Flandre. Il se ligua avec le jeune comte de Hainaut Baudouin III , qui voulait rentrer en possession de la ville de Douai , autrefois portion de ses états , et avec Florent-le-Gros , comte de Hollande , à qui il promit la Zélande , que tenait Robert. Robert ne s'effraya pas de cette ligue; il battit Florent , défit le comte de Hainaut , et mit en déroute l'armée impériale. Ces guerres ne se terminèrent qu'en 1110, par une paix qui augmenta la puissance de Robert, en ajoutant à ses domaines la ville de Cambrai etCateau-Cambrésis.
Tout en soutenant ainsi sa couronne de comte ^ Robert de Flandre prêtait encore le secours de ses armes au roi de France Louis-le-Gros , son suzerain. Il l'avait aidé à réduire Bouchard de Montmorency, le comte de Champagne et d'autres vassaux turbulents. Dans une guerre que Louis-le-Gros eut à soutenir en 1111 contre les Anglais , Robert marchait à côté du roi de France , qui était brave aussi.
Le 3 décembre, les troupes anglaises, battues à Gisors , s'enfiiyaient en désordre ; le comte de Flandre les poursuivit avec ardeur jusqu'à Meulan , oii elles se réfugiaient; là, comme il voulait entrer dans la
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place ^ son cheval s'abattit sur un vieux pont. Le noble comte y fut tué. Son corps fut rapporté en Flandi'e , où les honneurs funèbres lui furent rendus par son fils Baudouin VII *.
. Nous le répétons encore, parmi les bienfaits des Croisades , on ne peut trop remarquer la part qu'elles eurent à Tafifranchissement de l'espèce humaine. Dans les camps et dans les longs pèlerinages armés ^ où si souvent les misères communes rapprochèrent les distances , les serfs se rappelèrent qu'ils étaient des hommes. Après le retour des premiers Croisés, c'est
* Il fut enterré à Saint- Waast d'Arras. — Ajoutons un mot sur Tun des ennemis de Robert, le comte de Hollande, Florent II , dont il vient d'être parlé : Florent II , surnommé le Gros , avait succédé en 1091 à Thierry V. Il régna trente ans, s'occupa de consolider ses états et n eut point de part aux Croisades. L'histoire dit que ce prince était avare , prenant facilement ce qui était à sa convenance ; et voici un trait qui donnera une idée des mœurs de l'époque. Un jour il rencontra trois beaux chiens de chasse ; il s'en empara. Galama , puissant seigneur frison, à qui ils appartenaient, les ayant vainement réclamés, guetta le Comte, le trouva seul à la chasse et lui reprocha son vol en termes peu mesurés. Comme le Prince se fâchait, Galama tira son couteau de chasse , l'en frappa au bras , et l'eût tué si les domestiques de Florent ne fussent arrivés à son aide. Mais en voulant le défendre, ils tuèrent le Frison. La famille de Galama jura aussitôt d'en avoir vengeance par la chair et le sang , selon l'expression du pays; et cette dissension entre la maison des Comtes et la maison de Galama ne fut étouffée qu'en 1165 par l'empereur Frédéric-Barbe- Tousse, qui calma les vieux ressentiments au moyen de compositions.
Le prince de Liège, Otbert, qui s'était rangé du parti de Henri IV contre le Saint-Siège, et qui régna jusqu'en 1119, ne fit rien non plus dans les Croisades que s'emparer, à la mort de Godefroid , du duché de Bouillon, qui lui était engagé pour treize cents marcs d'argent et trois marcs d'or. Il prétendit que l'engagement devenait vente au bout de quatorze ans, si la somme ne lui était pas remise. Mais on ne put jamais produire aucun titre de ces conventions, ni aucun témoin.
surtout dans les pays où la guerre sainte a fait les plus grandes levées que le peuple travaille par des efforts nouveaux à reconquérir ses libertés. Et ces t^oitatives avaient eu lieu même avant le départ des soldats de la Croix , ranimées par les prédications d'une guerre où tous les chrétiens redevenaient des frères.
On a vu le peuple de Metz racheter ses droits à prix d'argent, et la commune d'Anvers gouvernée, dès l'an 1 1 00, par ses élus. On citerait beaucoup de faits semblables. Mais il ne faut pas croire que les idées de liberté fussent nouvelles ; ce n'était qu'une réaction. Les chartes du douzième siècle ne sont pas toutes des octrois de franchises; la plupart se présentent comme rendues pour confirmer d'anciennes coutumes.
Les communes en effet remontent très-haut dans rhistoire. Sans parler des petites répubUques de l'ancienne Grèce, qui n'étaient que des communes, sous la République Romaine , il y avait en Italie des cités qui s'administraient elles-mêmes, soumises aux lois générales, mais faisant leurs lois de police. Toutes les peuplades confédérées qui occupaient les Gaules à l'arrivée de César se régissaient de la sorte. Les chefs ou magistrats étaient élus. Si on ne votait pas les impôts, c'est uniquement parce qu'on n'en payait pas d'autre que l'impôt du sang ou le service militaire. A l'exception de quelques contrées que César jeta en servitude, il laissa à la plupart de ces nations leurs lois et leurs usages. Les noms seuls changèrent lentement.
Les Francs , qui se gouvernaient en démocraties et chez qui toute autorité était élective , ne détruisirent pas ces privilèges lorsqu'ils vinrent s'étabUr sur le sol
des Gaulois. Dans leurs plus anciens documents, l'administrateur d'un lieu, rector leci, est appelé schuldais; c'est le sculteis ou écoutèle des vieilles cités du Nord. Leurs commissaiies de police raehtenburgs , que les modernes ont appelés aussi ratimhurgs ou rachim^ bourffs , en altérant leur nom , sont les échevins , sca^ bini. On les trouve en fonction sous ce dernier titre dans les capitulaires de Charlemagne. Les premières expéditions des Francs, écrites par Grégoire de Tours, ne laissent apercevoir d'abwd que la nation dont il s'occupe et ses chefs. Bientôt on reconnaît que les communes ne sont pas étouffées. Sous les enfents de Clovîs, chaque province se régit elle-même et fournit son contingent de troupes. Les communes se montreni plus clairem^it encore sous Ghariemagne. Mais les désordres causés par les invasions normandes bouleversèrent tout ; et à la fin du dixième siècle, les cités en général ne présentaient plus , comme dit Montesquieu, qu'un seigneur et des serfs.
La liberté ne fut pas longtemps étouffée. Nos pères n'étaient pas faits pour le profond abaissement de la servitude. Les nobles pensées de la guerre sainte vinrent les relever d'un moment d'affaissement ; presque toutes les communes qui avaient péri (et c'était le plus grand nombre) vont renaître, par de sanglants efforts, il est vrai ; on re verra assez vite des aggrégations d'hommes affranchis^ ayant pour chefs leur écoutète, maire ou mayeur, avoué, bourgmestre, amman, qu'ils choisissent parmi eux, et leurs représentants, échevins, conseillers, jurés ou chefs-hommes, élus dans leurs rangs. Ils auront leur sceau pour légaliser
leurs actes ; leur beffroi , du haut duquel ils feront le guet pour la sûreté publique ; dans ce beffroi leur cloche qui les appellera aux assemblées ; leur milice locale pour la défense et la police. Dans les communes qui n'auront pas de beffroi, le clodier de la modeste église en tiendra lieu , et la bannière du saint patron sera le drapeau national de la paroisse.
Les droits du suzerain , dans cette organisation municipale, seront surveillés par un officier nommé généralement bailli ou drossart.
L'un des plus anciens diplômes de liberté que le temps ait conservés jusqu'à nous est celui de la ville deGrammont, qui, remontée Tannée 1068, époque de la fondation de cette cité. La comtesse de Hainàut, Richilde, fut forcée d'en donner quelques-uns; mais il s'en est p^du de plus vieux encore. Philippe d'Alsace, dans presque toutes ses chartes, s'appuie, ainsi que nous Pavons dit, de l'ancienne loi, de l'ancienne coutume, de l'ancien droit, de l'ancienne keure, de veterikora...