‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem, premièreChapitre 4 sur 63 · L£ SIÈGE D£ ROME · texte numérisé non relu

L£ SIÈGE D£ ROME

gie, hommes de cœur et de droiture. Mais, ayant fait le serment féodal à l'empereur Henri , leur suzerain , ils ae voulaient pas croire aux forfaits dont il était •atftilé. Ils avjiieat ôombatlti le noble et Tertoaux lodolphe de Souabe, son compétiteur, en qui on leur avait montré un rebelle; et maintenant que Henri marchait contne le Pape lui-ioêiDe, oes deux guerriers étaient campés devant Rome assiégée. Chrétiens abusés qu'ils étaient, ils ne voyaient pas encore que celte guerre devenait impie.

Et pourtant 4 dans la 2)alancê qui eût pu servir à peser les titres des deux bannières, il y avait, du côlé ée Hemi IV^ fat éâsaiicbe^ la tyrannie^ les peiicha&ts barbares, la hideuse hypocrisie; du côté de Grégoire VII, la sainteté, le droit, la justice, la religion, la ^aadeor et le progrès.

Tandis que l'Empereur vendait les dignités de l'Église, trafiquait des abbayes, usurpait tous les pouvons et sacdSpaiit fe(mtà d'iidignes crgies , le Pape ne sm^aii qu'à readre f espace humatoe à «sa dignité , ^k reoMsIiluer k société peatiue , qu'à FaBaa:ier qudque liberté paimni ies hoDunes. C'est œt illustre Pontife qui le premier pi^cba at^ec tutor^ la gcterre saioile pour k délivrance de Jénxsalem. Il voyait là le ^ero^e de tous ies ^r^nds sendioie&ts ; elle devait affraficbir les dvétî^is, esclaves ea&oartyrs<j^s Tikient ; édatrer dans F Occident les masses , expfer tes crânes, raflieaier à la Religion ses ^laniieufs, rapproolfter les de%»rars de leurs serlis ^ians ia connaranaiiliédes daii- ^SSSus^i, raaottveler ia f«oe de l'Ëvrcfe. Odastantineple jttefi£Hûée réclamait 4e|^ts loi^->4ei&|)s les secours de

rOccide&t , et promettait , si on la sauvait des Turcs , de sortir du schisme pour rentrer dans TÉglise romaine* Cinquante mille gua^riers avaient répondu à Tardent appel de Grégoire. Déjà Jérusalem tressaillait d'allégresse et d'espoir '. Mais , au lieu d'aller glorieusement délivrer le tombeau de Jésus-Christ , Henri IV avait mieux aimé poursuivre ses ignobles tyrannies îians r Occident; et les périls de T Église en Europe, clouant Grégoire sur son siège, l'avaient empêché de recueillir les fruits qu'il avait semés.

C'était ea l'année 4082. Les deux guerriers dont nous avons parlé, et qui, avec une multitude d'hommes vaillants , rassemblés sous l'étendard de l'Empereur, se préparaiait à l'assaut de Rome , ne soupçonnaient pas non plus qu'ils seraient bientôt eux-mêmes les exécuteurs du vœu suprême de ce Pontife, dont ib servaient alors les ennemis.

Le premier était jeune; il avait vingt-deux ans. Noble et beau, vaillant et fort, il avait déjà illustré son nom. Il s'appelait Godefroid ; il était duc de Bouillon , et le sang de Charlemagne qui coulait dans ses veines l'alliait aux plus grands princes. Il avait reçu une éducaticm religieuse et à la fois austère et martiale. Il était très-instruit pour son temps, sage et digne dans ses discours , réglé dans ses mœurs , intrépide et généreux , doux et humain.

Il avait fait de bonne heure ses premières armes ; il comptait plus d'exploits que d'années, et mainte-

* Tout près d*un siècle auparavant , le pape Sylvestre II avait cherdié, devancé , dit-on , dans cette pensée par Charlemagne, à soulever l'Europe en armes pour la délivrance de FOrient.

nant il attendait Tordre de dresser les échelles contre les remparts de Rome.

L'autre gu^rier, son ami très-fidèle, âgé de plus de quarante ans , était né, selon les uns, auprès d'Amiens, selon d'autres, dans le pays des Ardennesou de Liège. Oa ne le connaît que sous le nom de Pierre TErmite. Pauvre et sans domaine , il n'est pas sûr qu'il fût chevalier. Mais il avait fait à Paris de solides études , et c'était à lui que Godefroid devait sa mâle éducation : il le révérait comme un père.

Pierre , petit et dépourvu des agréments extérieurs, était doué d'une âme ardente et d'un cœur formé pour les grandes choses.

Le siège de Rome dura long-temps. Les troupes de l'Empereur étaient campées dans les prairies de Néron, devant le fort Saint-Pierre. Elles y restèrent deux ans, exposées à des sorties , à des attaques , à des revers , à des défaites, à des souffrances variées. Ce ne fut qu'après de longs efforts que, une large brèche ayant été faite aux murailles , l'assaut fut ordonné le 21 mars 4084. Godefroid de Bouillon, disent les vieilles chroniques , fut le premier qui mit le pied dans Rome par la brèche ouverte. — Il alla aussitôt ouvrir à l'armée de l'Empereur la porte de Latran \

Mais, au milieu de cette victoire, qui n'était pas

' C'est la chronique du Monl-Gassin qui rapporte cette circonstance (liv. 3, chap. un] ; et elle mérite de faire autorité, quoique plusieurs historiens se bornent à dire que , sans attendre ce dernier assaut , les partisans que Henri avait à Rome lui ouvrirent la porte de Latran le 21 mars 4084, et qu'il entra ainsi en grande pompe , accompagné de Tantipape Guibert.

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