‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem, premièreChapitre 40 sur 63 · LES CHRONIQUES PE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

LES CHRONIQUES PE JÉRUSALEM

Les Chroniques de Jérusalem contiennent Thistoire de cette ville et de ce royaume, tant avant qu'après que Godefroid de Bouillon en a porté la couronne. Elles remontent jusques à l'Histoire Sainte. Les Juifs étant sortis de l'Egypte, après avoir traversé la mer Rouge I entrèrent dans la Terre Promise. Josué, leur chef, successeur de Moïse, s'empara du pays des Jéhuséeps. Ces peuples avaient une forteriesse nommée Jébus , située au lieu même où est aujourd'hui Jéru-

salem. On y substitua une ville qui s'appela d'abord Salem ou Solime , et ensuite Jérusalem Tout le monde sait que David en fit sa capitale; que Salomon l'embellit considérablement , et y édifia un temple magnifique en l'honneur du vrai Dieu; ce temple et la ville furent détruits par les Assyriens, lorsqu'ils emmenèrent les Juifs captifs à Babylone. Ils furent ensuite rétablis sous Zorobabel et Esdras. Le temple fut encore profané par Anliochus , purifié par les Machabées , et enfin rebâti par Hérode, à peu près dans le temps de la naissance de Notre Seigneur. L'an 70 de notre ère, Jérusalem fut détruite et ruinée par Titus, fils de l'empereur Vespasien , qui fut ensuite empereur lui-même. Adrien la fit rebâtir en partie , et lui donna le nom d'^Elia; enfin Constantin remit les saints lieux en honneur. Les empereurs d'Orient ses successeurs en furent en possession , et le christianisme y régna avec eux pendant 300 ans : mais en 614 Jérusalem fut prise par Cosroës, roi de Perse, adorateur du feu. Il n'y domina pas long-temps. Les Sarasins en chassèrent bientôt les chrétiens qui l'avaient reprise. Dès 636 , quatre ans après la mort de Mahomet , les Mahométans en furent les maîtres , et ne la perdirent que lors de la conquête de Godefroid de Bouillon.

Les Chroniques de Jérusalem , qui sont exactes jusqu'au règne de Charlemagne, deviennent fabuleuses dans cet endroit ; car elles supposent que ce ne fut que du temps que cet empereur régnait en France , c'est-à-dire vers 780, que les Sarasins prirent celte ville. Le chroniqueur dit qu'alors le patriarche de Jérusalem se retira vers Constantin V, empereur grec,

et lui fit, ainsi qu'à sa mère Irène, un tableau si touchant de rétat de la Terre-Sainte, qu'ils en furent pénétrés. Heureusement ils eurent une vision dans laquelle un ange leur montra celui qui devait les secourir; c'était Charlemagne. Aussitôt ils firent passer le patriarche, avec d'autres ambassadeurs, en France auprès de ce monarque , qui , n'ayant pas été moins touché qu'eux de l'état de la chrétienté en Asie, n'hésita pas à assembler une armée pour voler au secours des chrétiens de la Palestine. Il arriva à Constantinople. L'empereur d'Orient lui fit un accueil tel qu'il devait l'attendre; ils se mirent ensemble à la tête de leurs armées, se portèrent devant Jérusalem, l'assiégèrent, la prirent, en chassèrent les Sarasins, et y rétablirent la religion chrétienne.

De retour à Constantinople , Constantin ofiFrit à Charlemagne des vases d'or et d'argent, et de riches étoflfes ; mais ce prince refusa de les accepter.; il préféra de précieuses reliques qtfil apporta en France, et qu'il plaça ensuite à Aix-la-Chapelle. Le chroniqueur raconte avec complaisance les miracles qui se firent lors de cette translation. Mais les gens instruits savent que le voyage de Charlemagne à Constantinople, et sa conquête de la Terre-Sainte sont des erreurs historiques; que cet empereur, qui a tant parcouru l'Europe, n'est jamais sorti des bornes de cette partie du monde ; et que, s'il a reçu de l'impératrice Irène et de son fils de précieuses reliques , on lui évita la peine de les aller chercher.

Les Chroniques de Jérusalem passent enfin aux expéditions d'outre-mer, qui ont véritablement eu lieu.

Après que les Sarasins eurent été pendant près de 400 ans en possession de dominer en Terre-Sainte sous les califes de Babylone , l'empire de ces premiers califes ayant été détruit par les Tartares, ceux d'Egypte les remplacèrent pendant quelque temps; mais les Turcs leur enlevèrent bientôt leur conquête. Ces deux révolutions se passèrent pendant le onzième siècle , à la fin duquel les princes chrétiens s'armèrent et entreprirent la première Croisade, Nous ne répéterons point ici comment Pierre-l'Ermite la prêcha , ni les faits de Godefroid de Bouillon. Nous avons dit qu'après sa mort ce fut le comte Baudouin d'Édesse , son frère, qui lui succéda, et qui donna sa comté à Baudouin du Bourg, son cousin,

Baudouin, premier du nom, frère de Godefroid, régn^ dix -huit ans, après avoir essuyé quelques échecs qui furent suivis de succès ; et ce fut en 1 1 1 8 que Baudouin du Bourg succéda à Baudouin V\ La plupart des. ordres militaires et hospitaliers qui ont fleuri dans la Terre^Sainte , l'ordre des Templiers, celui de Malte, celui de Saint-Lazare , et l'ordre Teutonique , prirent naissance en 1 1 23, sous ce second Baudouin. Il fut fait prisonnier par les Turcs , délivré l'année suivante , et eut des succès contre les Infidèles, jusquesea 1131 qu'il mourut.

Foulques d'Anjou, qui avait épousé sa filli^ Melisende , lui succéda , régna dix ans , et se tua en tombant de cheval à la chasse^ Son fils Baudouin III fut son successeur ; il continua de défendre avec courage et hal^iieté ison royaume cpntre les Turcs et les soudans d'Egypte.

Ce fut pendaat le cours de sou règne que la seconde croisade fut prêchée en Europe, et que T empereur Conrad et le roi de France Louis-le-Jeune passèrent en Orient,

En 1163 Baudouin III mourut, empoisonné, diton, par son médecin. Son frère Amaury lui succéda. Celui-<îi s'engagea mal à propos dans deux expéditions contre l'Egypte ; il mourut en 1 1 73.

Baudouin IV, son fils, était encore dans l'enfance. Raymond , comte de Tripoli , son oncle maternel , fut son tuteur. Parvenu à l'âge de gouverner par luimême, Baudouin se trouva malheureusement atteint de l'affreuse maladie de la lèpre. Le gouvernement d'un prince réduit dans cet état ne pouvant être que très-faible, il l'abandonna presque entièrement à sa sœur Sibille , qui avait épousé en premières noces un comte de Montferrat, dont elle avait un fils, et en secondes noces Guy de Lusignan, seigneur français. . Baudouin, fils du premier lit de cette princesse, fut d'abord couronné roi de Jérusalem, du vivant même de son oncle, qui y consentit, et auquel il succéda en 1185; mais étant mort dès l'année suivante, Guy de Lusignan , second mari de sa mère, porta la couronne du grand Godefroid de Bouillon : ce fut avec bien de la bonté et bien des embarras, Saladin le serrait de très -près, les troubles intérieurs du royaume de Jérusalem fevorisant ce conquérant; en vain Guy envoya demander du secours en Europe. Tandis qu'on se préparait à lui en donner, ce malheureux roi ayant perdu une graiide bataille à Tibériade , fut fait prisonnier par seg ennemis , et obligé de remettre Jérujsatem en-

tre leurs mains. La reine Sibille sortit avec deux princesses ses filles; le patriarche et les principaux d'entre les chrétiens furent traités par Saladin avec plus d'humanité qu'on n'en devait attendre d'un barbare. Mais enfin ce fut à cette époque (1 187) que la Ville Sainte rentra sous le joug des Mahométans , quatre-vingt-huit ans après la conquête de Godefroid de Bouillon.

Le comte de Tripoli , qui avait été régent , et qui avait ensuite trahi sa religion , sa nation et son souverain, en livrant Jérusalem au Soudan, voyant que pour toute récompense il n'en recevait que des reproches, en fut si frappé qu'il en mourut. Saladin fit son entrée dans Jérusalem avec tout le faste des triomphes romains. Le Roi vaincu y fut conduit en état de captif derrière son char ; à cela près , il fut traité avec humanité : sa captivité fut aussi adoucie qu'elle pouvait l'être; elle finit même au bout de quelques années.

Soit dit en passant, c'est ce même Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, que .Voltaire a présenté dans sa tragédie de Zaïre, et qu'il fait mourir au troisième acte, accablé d'infirmités et de vieillesse. On ne peut douter que le principal personnage de la pièce que Voltaire a nommé Orosmane , ne soit Saladin : mais les faits sont sûrement très-altérés dans cette tragédie, car Guy de Lusignan ne mourut qu'en 1 1 94, à Nicosie , capitale de l'île de Chypre , dont il devint Roi.

En 1190, l'empereur Frédéric I" (Barberousse) , le roi de France Philippe-Auguste et le roi d'Angleterre

Richard Cœur-de-Lion passèrent dans la Palestine. On sait que le premier se noya dans le fleuve Cydnus ; les deux autres assiégèrent de concert la ville d* Acre, la prirent en 1 1 91 , et en mirent en possession le roi Guy, qui était sorti de sa prison , mais qui essuyait de grandes humiliations, même de la part de ses anciens sujets de la Palestine. Ces monarques ne purent reprendre la ville de Jérusalem : on disputa même à Guy le vain titre de ce royaume. Sa femme Sibille étant morte , et aucun des quatre enfants qu'elle avait eus ne lui ayant survécu , on prétendit que comme Guy n'avait droit au trône de Jérusalem que par sa femme , fille du roi Amaury , le trône appartenait de droit à Isabeau, sœur de Sibille. Elle était veuve d'un marquis de Montferrat, et avait épousé en secondes noces Henri de Champagne. Henri et sa femme prirent donc le titre de roi et de reine de Jérusalem , du vivant même de Guy, qui passa dans l'île de Chypre, que les Templiers lui vendirent : il en fut reconnu roi , et il y vécut jusqu'en 1194.

Henri de Champagne régna avec Isabeau jusqu'en 1197, n'étant maître que de la ville d'Acre et d'une petite partie du royaume de Jérusalem. Après sa mort, Isabeau se remaria à Amaury de Lusignan, qui avait succédé à son frère Guy au royaume de Chypre. Ainsi Amaury porta en même temps ces deux couronnes jusqu'en 1 205, qu'il mourut. Sa veuve ne conserva que celle de Jérusalem jusqu' en 1 209 .

A sa mort, on proposa à Jean de Brienne, chevalier français d'une naissance , d'une valeur et d'un mérite distingués , qui était passé en Orient avec l'agrément

Page 1