‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem, premièreChapitre 52 sur 63 · ET DU NON-CROISÉ · texte numérisé non relu

ET DU NON-CROISÉ

leurs péchés à Rome, en AsturieS je ne sais où, et j'ignore ce qu'on leur fait dans œ pays-là ; mais je les vois tous en revenir pauvres. On peut servir Dieu ici comme à Rome, et mériter paradis sans courir si loin» Vous croyez, vous, qu'il faut pour cela passer la mer» et moi je tiens que ce n'est pas être sage que d'aller bien loin se faire le serviteur d'un autre , tandis qu'on peut de même chez soi gagner le ciel et vivre en paix dans son héritage.

Le Croisé. — Ce que vous dites est tel que je ne dois pas y répondre sérieusement. Vous pensez donc vous sauver en riant et sans peine, tandis qu'il en a coûté la vie aux martyrs , et que tous les jours vous voyez des pénitents renoncer à tout, aller s'ensevelir daûs des monastères , et ne croire jamais en faire as-» sez pour mériter la récompense qu'ils attendent?

Le Non-Croisé. — . Sire, en honneur, vous parlez très-bien; mais que n'allez-vous prêcher ces abbés, ces doyens et ces prélats qui se sont voués à servir Dieu?

Le Croisé. — Laissez là les prélats, et considérez le roi de France qui, déposant ses enfants entre les mains de Dieu, va exposer sa vie pour sauver son àme. Il quitte bien plus que nous assurément , et néanmoins rien ne l'arrête.

Le Non-Croisé. — Mon ami , je dors toutes les nuits en paix , je ne fais tort à personne , je vis bien avec tous mes voisins, et, par saint Pierre, si une telle vie

* Non pas en Asturio , naaîs en Galice , à Saint-Jacques-de-Compostelle.

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