‹ La chronique de Godefroid de Bouillon et du royaume de Jérusalem, premièreChapitre 53 sur 63 · FABLIAU DU CROISÉ ET DU N0N-GR018É · texte numérisé non relu

FABLIAU DU CROISÉ ET DU N0N-GR018É

vaut celle d'aller au loin obéir à un autre, je veux encore la mener quelque temps , et rire ici et chanter avec eux. Pour vous qui, visant aux hauts faits d'armes, courez abattre outre-mer T orgueil du Soudan, dites-lui» je vous conjure, que je me ris de ses projets et de ses menaces. S'il vient me troubler dans mes foyers, oh! alors je saurai me défendre; mais, s'il reste chez lui, qu'il ne craigne rien, je n'irai certes pas l'attaquer.

Le Croisé. — Vous ne parlez que de vie et de divertissements. Eh! croyez-vous donc vivre toujours? Peut-être votre terme est-il proche? Buvez, mangez, enivrez- vous ; demain , aujourd'hui peut-être, vous ne serez plus. La mort marche au milieu de nous, sa massue levée ; jeunes et vieux , elle renverse à ses pieds tout ce qu'elle rencontre. Si par hasard elle vous menaçait, que de reproches en ce moment votre conscience aurait à se faire !

Le Non-Croisé. — Sire Croisé , il y a des choses qui m' étonnent toujours. Beaucoup de gens, grands et petits, sages et honnêtes, vont dans ce pays que vous vantez tant. Ils s'y conduisent bien, je n'en doute pas ; leur âme en est sanctifiée, assurément. Cependant (et je ne sais comment cela arrive), quand ils en reviennent ce sont encore des méchants. Au reste, je le répète, si Dieu est partout, il est aussi en France, et il ne s'y cachera pas exprès pour moi. D'ailleurs je vous dirai à l'oreille que je passe hardiment un ruisseau ; mais il y a tant d'eau depuis Acre jusqu'ici, et elle est si profonde que, si j'y plongeais par accident, j'aurais peur d'y rester.

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