JÉRUSALEM AUJOURD'HUI ET L'ANCIENNE JÉRUSALEM
aknn hoaime qui ne s'attache point à observer, il ne faut qu'une heure et peut-être moins pour faire le tour de Jérusalem, j'y mets d'ordinaire deux ou trois fois plus de temps. J'aime à m' arrêter devant ces murailles bâties avec les débris des monuments détruits , à contempler ces ruines des hommes et des âges. Je ne puis passer par tant d'endroits oiii mon Sauveur passait lui-même » il y a dix-huit siècles , en faisant du bien , sans que ce souvenir ne réveille en mon âme tous les sentiments dont elle fut émue la première fois , et quand le cœur est ainsi agité , il est difficile de marcher vite.
)) Les murs qui forment l'enceinte actuelle de Jéru-^ salem, si l'on en croit plusieurs relations', furent construits vers Tan 1534 par le sultan Soliman, fila unique de Sélim I". On y voit diverses inscriptions, qui sans doute se rapportent à cette époque ; mais je n'ai jamais pu en obtenir une explication qui me satisfît. 11 n'est peut être pas de ville au monde qù Ton puisse moins se procurer certains renseignements sar Jérusalem qu'à Jérusalem même. Plus d'une fois j'ai eu à rectifier tes interprétations de mon drogman , qui cependant passe pour érudit dans les sciences des in-* scriptions : il n'en a pas toujours une idée juste et
< Voyez la dissertation de d'Anville sur retendue de l'ancienne Jérusalem.
précise; il confond les choses. Une personne qai an ce point m'a rendu de véritables services , c'est le bon frère Elias, du monastère de Saint*S«uvear, qui» ayant demeuré trrate ans en Terre-Sainte » connaît à fond le pays. Tai seulement à regretter que son âge et ses occupations ne lui aient pas permis de m'ao^ compagner dans mes courses.
» D'Anville a prouvé , par de graves raisonnements et par les mesures qu'il a prises sur tes lienx mêmes» que l'ancienne Jérusalem ne pouvait pas être plus grande que la nouvelle. Elle était située à peu près sur le même terrain . avec la différence cependant qu'alors le Calvaire ne se trouvait pas dans son enceinte , mais bien le mont Sion. Soliman , en apprenant que Tarchiterte chargé de la construction de l'enceinte de la nouvelle Jérusalem n'y avait pas renfermé le mont Sion , lui fit trancher la tète. Les murs peuvent avoir cent vingt pieds de haut ; leur épaisseur ne m'a point paru proportionnée à leur élévation. On y voit des pierres qui appartenaient évidemment à l'ancien temple; elles sont d'une dimension extraordinaire.
» L'ancienne Jérusalem avait douze portes :
» 1** La porte du Troupeau, porta Gr^is, construite par le grand-prêtre Éliasib. On Tappekit ainsi parce que c'était par elle qu'entraient les troupeaux qui devaient être immolés dans le temple.
» %"" La porte des Poissons, porta Pisoium, ainsi nommée parce qu'elle conduisait à la mër, et que par elle on introduisait le poisson destiné aux besoins de la ville. Elle fut bâtie par les enfants d'Asnaa, au retour de la captivité de Babylone.
» 3** La porte Ancienne , joor^a Vêtus ^ qu'on désigna sous ce nom parce que les Chaldéens la laissèrent subsister lorsqu'ils détruisirent toutes les autres. Elle fut rebâtie par Joïada , fils de Phaséa.
» 4** La porte du Fumier, porta Sterquilinii, par laquelle sortaient toutes les ordures de la ville, du côté de l'occident.
» 5"* La porte de la Vallée, porta Fallu, qui conduisait à la vallée de Josaphat, où l'on jetait les corps de ceux qui avaient été exécutés sur la montagne du Calvaire. Cette porte fut construite par Hanun au retour de Babylone. Dans la suite, elle fut appelée la porte d'Or ou Dorée 9 porta Aurea.
» 6*". La porte de la Fontaine, porta Fontis, voisine de la fontaine de Siloé , et qui donnait sur les jardins du Roi. Elle fut rebâtie par Sellum, fils de Choloza.
» 7*" La porte des Eaux , porta Aquarum, par où passaient les Nathinéens , qui portaient Teau pour le seiTice du temple.
» 8° La porte des Chevaux , porta JEqiwrum , construite par les prêtres. C était par là qu'on menait abreuver les chevaux.
» 9** La porte du Jugement, porta Judicii ou Judicialig. C'était là qu'autrefois se rendait la justice. Elle ne conduisait point hors de la ville.
» 1 0° La porte d'Éphraïm , porta Ephra/im , par où entraient ceux de la tribu d'Éphraïm qui se rendaient à Jérusalem.
» 1 1 ** La porte de Benjamin , porta Benjamin , qui conduisait à cette tribu.
» 12*" Enfin la porte de l'Angle ou du Coin ^ porta
Anguliy ainsi nommée parce qu elle se trouvait au point où le mur septentrional formait un angle avec le mur occidental. .,
» Aujourd'hui Jérusalem n'a que sept portes :
» 1** La porte du Bien- Aimé, Bab-el-Kzalil, Elle met sur le chemin de Bethléem et d'Hébron. C'est par cette porte qu'arrivent les pèlerins qui prennent leur route par JaflFa.
» %"" La porte du Prophète-David, Bah-el-Nahi- Dahoiid. — Elle met sur le chemin du mont Sion , et se trouve presque en face du Cénacle et du tombeau de David.
» 3° La porte des Maugrabins ou Barbaresques , Bah-eUMaicgrabé; on l'appelle encore la porte du Fumier ou porte Sterquiline. Elle est presque à l'angle de l'ancien temple et vis-à-vis du village de Siloé. Cette porte est mémorable , parce que ce fut par là que les Juifs firent passer Jésus en le conduisant à Pilate, après l'avoir fait prisonnier au Jardin des Olives. Depuis l'invasion , cette porte est toujours fermée , la garnison n'étant pas assez forte pour placer partout des postes, et les habitants de Siloé inclinant fortement vers la révolte.
» 4° La porte d'Or [Aiireà), Bah-el-Darahie. Elle est au midi et conduit à la place du temple. Elle n'est jamais ouverte, parce que, d'après une ancienne tradition turque , ce sera par cette porte que les Chrétiens entreront un jour dans Jérusalem et s'en empareront. Ce fut encore par cette porte que notre Seigneur fit son entrée le jour des Rameaux dans Jérusalem. Le frontispice de la porte Bab-el-Darahie est d'un beau travail.
» 5* La porte de Marie, Bah-- el-Sidi-^ Mariant ^ qui conduit au tombeau de ]a très-sainte Yierge;, elle est à T orient, et fait face au mont des Olives. Dans to«ites les descriptions de la Terré-Sainta, on lui donne le nom de parte de Saint-^Éêiennê , parce que ce fut par cette porte que passa oe saint , lorsqu'on te mena au martyre. Du tempe des Juifs, c'était la porte des Troupeaux.
» e** La porte de V Aurore, Bab-elZahara; on l'appelle aussi porte d'Hérode. — Elle est au nord , et met sur le chemin de la grotte de Jérémie. Elle se trouve entre la porte de Saint-Étienne et celle de Dainas.
» T La porte des Colonnes ou de Damas ^ Babei'Hetmond ou Bcé-el-Cham. Elle ouvre la route des tombeaux des rois de Naplouse (l'ancienne Sichem), de Saint-Jean> d'Acre et de Damas. Simon le Cyrénéen venait par celte porte, lorsqu'il rencontra le Sauveur portant sa croix.
» Je m'arrête surtout y mon cher ami , sur le mont Sioa,
« Mont fameux que Dieu même a long-temps habité , »
et qui a été tour à tour l'objet des bénédictions et des lamentations des prophètes;
« Où David exprimait ses saints ravissements,
» El bénissait son Dieu , son Seigneur et son père. »
» C'est une colline dont l'élévation, à F^ré de Jérusalem , est à peu près celle du ment Aventin sur le forum de Rome* Elle paraîtrait hoMLOnmf^ plu&
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élevée, si Ton voulait prendre sa hautenr de sa base dans la vallée de Géhennon. L'aspect en est jaunâtre et aride. Il n'existe dans l'univers aucune montagne dont l'histoire soit plus glorieusement et depuis un plus grand nombre de siècles liée à celle de la Religion et de l'Église chrétienne , dont elle est toujours présentée eomme la figure et l'image. Vers Tan du monde 2988, David r enleva aux Jébuséens, qui , protégés par une forteresse , s'y croyaient invincibles. Il y construisit un palais; et, comme c'était la plus illustre de ses conquêtes , non-seulement il y fixa sa demeure , mais il voulut que la cité portât son nom. Salomon , son fils et les successeurs de ce prince y habitèrent , et déployèrent dans les établissements qu'ils y firent une pompe et une magnificence vraiment royale , en sorte que tout ce qu'il y a de remarquable et de grand dans la longue succession des événements à la suite desquels parut le Messie, rappelle le souvenir de Sion.
» Mais ce qui en rehausse le plus l'honneur et la gloire , c'est que le Sauveur y fit de longs et fréquents i^éjours , qu'il y réunit souvent ses apôtres , qu'il y manifesta son infinie puissance, autant que son infinie bonté , par le plus doux comme le plus ineflfable des mystères , et que Sion fut en quelque sorte le berceau de son Église.
» Les ncHubreux monuments qui couvraient cette montagne, ont disparu presque tous. Les seuls dont il reste des traces sont :
ii V La maison de Caïpbe. Ce fut là que Jésus fut conduit, en scH'tant de chez Anne, et que saint Pierre , le renia. C'est aujourd'hui une église arménienne.
» 2*" Le tombeau de David.
» 3** Le saint Cénacle. Sainte Hélène en avait fait une église, et l'avait décorée des ornements les plus magnifiques. Les Sarasins , dans la suite des temps , l'ayant ruinée, Sancia, reine de Sicile, à force d'argent, la fit rendre aux Pères de Terre-Sainte. En 1 561 , les Turcs s'en emparèrent et la convertirent en mosquée. Ils en sont encore aujourd'hui les seuls possesseurs.
» Désirant vivement de voir ce' lieu auguste , je dis un jour à mon drogman de prendre à cet égard toutes les mesures nécessaires. La chose n'était pas autrefois très-difficile; mais elle l'est devenue depuis l'entrée des Égyptiens. Ma réputation de médecin vint à mon aide, et l'argent fit le reste.
» En entrant , on aperçoit à gauche une petite porte qui conduit au tombeau de David. Je ne pus le visiter: il n'est permis à aucun chrétien d'en franchir le seuil, oflFrît-il même une forte somme. Les Turcs , quoique habitués à vendre leur complaisance, sont inexorables sur ce point. Cependant quelques voyageurs assurent y avoir pénétré , et y avoir vu trois tombeaux creusés dans un rocher obscur. Je ne conteste point ce fait ; quant à moi , malgré la popularité dont je jouis, et malgré la protection d'un certain nombre d'amis , toutes les démarches que j'ai faites pour m'en convaincre par moimême ont été inutiles.
» Après avoir monté du même côté un escalier d'une vingtaine de degrés, on se trouve dans une grande salle dont deux colonnes soutiennent la voûte. C'est le saint Cénacle. Ce fut là que le Sauveur fit la
dernière pâque, et institua F auguste sacrement de son amour» la divine Eucharistie.
« Quand l'heure fut venue , il se mil à table» et les » douze Apôtres avec lui ; et il leur dit : J'ai souhaité » vivement de manger cette pâque avec vous avant de » souffrir.
» Ayant pris le pain , il rendit grâces , le rompit , et » le leur donna en disant : Ceci est mon corps» qui est » donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi.
» Il prit de même la coupe, après qu'il eut soupe , » disant : Cest ici le calice, la nouvelle alliance par » mon sang qui sera répandu pour vous....
» Et voilà la main de celui qui me trahit, qui est » avec moi à cette table. »
)) En réfléchissant que je me trouvais là même où Jésus avait fait préparer le céleste banquet, oii le disciple bien-aimé s'était reposé sur son sein, où les Apôtres avaient reçu le pain de vie des mains de celui qui bientôt allait mourir pour eux et pour nous , où ils avaient bu son sang adorable , où l'infâme qui voulait le trahir avait osé lui demander effrontément si c'était lui qui serait le traître , où ce malheureux avait mis le comble à son iniquité par le plus épouvantable des sacrilèges : j'étais touché, attendri; je frissonnais, j'adorais, je pleurais d'amour, de reconnaissance, d'effroi, d'indignation, d'horreur.
» Mais le saint Cénacle n'est pas seulement digne de nos respects parce que la première pâque chrétienne y fut célébrée : combien d'autres souvenirs non moins glorieux s'y rattachent encore! ^e fut là qu'après sa résurrection Jésus visita plus d'une fois ses disciples ; là