AVANT AGADIR
Vers la fin d’avril 1911, M. Maurice Berteaux, ministre de la Guerre et l’homme le plus en vue du Cabinet Monis, parlant librement dans un groupe d’amis des opérations militaires qui venaient de commencer au Maroc, s’entendit poser cette question :
— Et l’Allemagne ? Ne faut-il pas s’attendre à des objections de sa part?
2 LA CHRONIQUE DE l’aN I 9 II
Sans répondre directement, M. Maurice Berteaux dit :
L*Allemagne ? Ils ont des idées étranges à Berlin ! Ils voudraient nous faire signer une convention qui assurerait en fait à l’Industrie allemande le monopole des fournitures de matériel aux chemins de fer marocains. Il existe une « Société marocaine de Travaux Publics » dans laquelle les Français ont 5 o p. loo et les Allemands 25 p. 100. A Berlin, ils prétendent que nous empêchions nos nationaux, comme ils empêcheraient les leurs, de faire concurrence à cette société dans les adjudications, pour la construction des voies et pour la fourniture des rails et du matériel roulant. La Société jouirait en réalité d’un monopole, avec la double garantie de la France et de l’Allemagne. Mais ce monopole ne servirait guère qu’aux usines allemandes, car elles produisent à meilleur marché que les nôtres. Quand la Société aurait un contrat à passer, elle devrait naturellement préférer le concurrent le moins exigeant et ce concurrent serait presque toujours un Allemand. Ce monopole nous ne l’instituerons pas.
— Mais, objecta quelqu’un, si l’industrie française, à Cause delà supériorité de Ses produits et de la cherté qui en est la Conséquence, ne