‹ La chronique de MantesChapitre 106 sur 143 · CHAPITRE DES CORDELIERS · texte numérisé non relu

CHAPITRE DES CORDELIERS

de pied, avec quantité de prenades et autres artifices tant pour défendre que pour attaquer

En 1616, les orgues de Notre-Dame ont été faites et ne 1651, elles ont été remaniées et peinturées et le bois lait de neuf.

Installés à Mantes avant la construction de leur couvent de Limav, los Capucins poursuivirent activement la démolition de la citadelle de la porte de Rosny, dont les matériaux leur avaient été promis et qu'ils eurent en effet. « Ils élurent i)Our leur pére temporel, maître Simon Letellier, docteur eu médecine, médecin du roi, bourgeois de Mantes ; et le père Constance, natif de Paris homme très docte, pieux et dévot, grand archilecle^ économe, fut élu gardien. Il le fut jusqu'à ce que le bâtiment fut parachevé, puis Ait ensuite gardien de Poissy, pour faire bâtir en ladite ville, un monastère. Bit mourut commo ce couvent était déjà bien avancé, le 20 février ldS3, d'une fièvre diaude, et git en i*abbaye de Poissy (1). »

En Tannée 1615, les chanoines de Notre-Dame, contestèrent au corps de Ville, son droit antique de nommer les marguillien. Il y eut procès comme dliabitude.

§ 232. Chapitre provincial des Gordélim à Mante.

— Le mardi 14 Juin 1616, le chapitre des pères Cordeliers a été tenu et assemblé en leur couvent de Mante. Le Jeudi 16, ils vinrent en procession de leur couvent en Téglise Saint- Madou, où un Oordelier prêcha. Le 17, on fit une autre procession de leur couvent aux Célestins. Le samedi fut occupé à foire le Provincial, et le dimanche 19, ils vinrent encore en procession à Notre-Dame, portant le Saint-Sacrement sous un dais porté par quatre habitants de Mante, les rues tendues avec les reposoirs ordinaires. Les religieux chantèrent la messe du Saint-Esprit et sur les cinq heures, fls aUérent au cimetière. Le chapitre dura jusqu*au 22 du même mois et fût élu Provincial, le P. Antoine Roussel, qui était gardien du couvent de Mante, au lieu et place du P. Pierre BeUot.

(1) CmT.

Le samedi 3 septembre 1616, les maire et échevîns reçurent commandement du roi» de faire bonne garde en la ville, craignant quelque remuement. L*ordre fut transmis aux capitaines.

Ces dernières mesures do précaution avaient pour cause l'arrestation du prince de Condé, à laquelle Marie de Médicis ▼enait de se décider. Le caractère remuant de H. le Prince l'inquiétait depuis Ion <,'teinps. II était Tauteur, sinon le pivot de toutes les agitations qui troublaient le royaume depuis la mort de Henri IV. Les projets qu*on lui prétait, les plaisanteries de ses amis criant partout: Barre à bas, par allusion à la barre de ses armoiries qu*il fallait enlever, Tintérèt deCuncini, tout cola avait fiai par lasser la patience des partisans de la Régente. Le prince de Condé fut arrêté au commencement de septembre, ^'anlé au Louvre, puis transféré à la Bastille. Il y eut un peu d'émotiou dans Paris, mais cela ne gagna pas la province (1).

Mais Marie de Médicis n'était pas tranquille sur l'issue de ce coup hardi. A tout hasard elle avait pris ses précautions, et en cas d'échec elle avait assemblé des troupes pour se mettre en sûreté à Mantes, ainsi que le raconte Bassompierre. « Je trouvai, dit-il, la Reine en Jupe entre messieurs Mangot et Barbin (2), M. de Fossés im peu reculé. Elle me dit en arrivant:

R Vous ne savez pas pourquoi je vous ai envoyé quérir si » matin? — Madame, ce lui dis-je je sais bien pourquoi ce n'est

» pas. — Je vous le dirai tantôt, ce me dit-elle » ; puis continua

de se pronifner prés de demi-heure. Je m'approchay de Fossés, bien étonné de le voir là depuis que la Reine le chassa pour avoir accoiniiagné W coniiiiaiideur de Sillery (3) en sa dis^irâce. Au bout de quelque temps elle entra en son cabinet av(^c ces susdits et me dit: « Je veux prendre prisonniers M. le Prince, » messieurs de Vendôme (4), du Maine (5) et de Bouillon. Je

(1) V. Mêm. de Richelieu. Coll. Michaiid.

(2) Claude Ifangot, wigneur de ViliareeMiz, secrétaire d'Btat et garde de

sceaux, Barbin, coiitrô!» nr (lt;s finances et secr»^taire d'Etat.

(3) Probablement Pierre BrularU de Sillery, fiUde NïcoUm; il fut disgracié eo 16ie parce qu'il portait ombrage au inarqui^i cTAnere.

(4) César de Vendôme, fll.1 Iij^'itimé de Henri IV et de OabrIeUe.

(5) Henri de Lorraioe, fiia du duc de Mayenne.

CONCINl A MANTES

» désire qne los Suisses soient près d'ici à onze heures du » matin, comme j'irai vers les Tuileries, pour, si je suis forcée » par le peuple de quitter Paris, me retirer avec ♦^ux à Mantes.^ » J'ai mes pierroiùes dans un paquet et quarante mille écus en » orque voilà, et emmènerai mes enfans avec moi, si, ce que » Dieu ne veuille et que je ne pense pas, j'y suis forc<M«, étant »» toute ré.suliie de me soumettre plutôt à qu< I(Hie i)*'ril et " inconvénient que ce soit, que de perdre mon autorité et de « laisjier périr celle du Roi (1), »

Le prince d»? Condé ne fit aucune résistance et Marie de Médicts ne lut pas obligée de demander protection au Ciiùteau et aux remparts de Mantes.

L*h6tel du maréchal d'Ancre fut pillé et saccagé de fond en comble par le peui)le. Puis quand il n y eut plus rien à piller ni à briser, Paris rentra dans Tordre. Le favori, cette année là, en devait être quitte pour la destruction de ses meubles et de sa maison. Le moment approchait où son cadavre, enlevé de Saiut-Germain*l*Attxerrois, allait être traîné par les rues de Paris.

Concini et sa femme avaient accumulé sur leurs têtes toute la haine aveugle que le peuple voue quelquefois à ceux qu'il soupçonne être les auteurs de ses maux. Le maréchal d'Ancre sentait IDra-^e s'amonceler autour de lui, mais son orgueil ne pouvait se contenir: il humiliait toute la cour de l'éclat de sa faveur vt de sa jactance hautaine. Certain cependant de l'inimitié (lu jeune roi, averti du complot qui se tramait contre lui, ils*éIoij,na de la cour et gagna sqn gouvernement de Normandie. «Tant que Thiver dura, le mareschal d'Ancre fist divers voyages en Normandie, où il avoit enfin eu le ch&teau de Caen, comme on luy avoit promis en donnant la citadelle d'Amiens; et il faisoit fortifier Quillebœuf. De sorte qu*il ne fust point à Paris despuis que M. do Vitry fust en quartier, jusqu 's au vingt troisiesme d'avril, qu'il y arriva (2). » Richelieu dit également dans ses Mémoires: «Il ne faisoit qu'aller et venir d(; lieu à autre, était toujours en voyage d(; Caen à Paris et d(; Paris à Caen, ce qui avança sa mort, comme nous le verrons bientôt (3). >»

(1) Coliect Micbaud, p. 117.

(B) Mém. d$ Fontenajf'MarâuO, (3) CoUect. UieliauU, p. lift.

Do P.'iris à Caen, Mantos se trouvait sur son passage, et il dût s'y arrètfT flans ses différents voyages. Concini y séjourna quelques jours avant de recevoir de Vitry le coup de pistolet qui devait mettre le favori du roi à la place du favori de la reine.

« L*an 1617, le 20 avril, passa par Mantes, accompagné d*iui grand nombre de noblesse, le marquis d*Ancre, lequel dit anz habitants de Mante qui faisaient asitez bonne garde à cause des troubles qui étaient en France, entre le roy et les princes, qu*il alloit à Paris pour faire la paix. Il ne croyait pas prophétiser, lorsquMl dit de telles parolles, car il ne fut pas sitôt arrivé à Paris, qu'allant au Louvre, il fut tué d'un coup de pistolet, sur le Pont du Louvre, par monsieur de Vitry, capitaine des gardes du corps de Sa Majesté, le 24 dudit mois (1). »

Chévremont raconte longuement le meurtre du maréchal d'Ancre ; mais ce récit n'appartient pas à l'histoire do Mantes. Nous nv pouvions cependant [lasser sous silence le mot fatidique prononcé p ir Concini devant les habitants de la ville. Il allait f.iin- la paix en effet, car lui mort, Luynes se mit à sa place. Bientôt après, Richelieu allait prendre dans sa main de fer les rênes du gouvernement et faire taire par Tautorité de son génie, et au besoin par la force et par la hache, tous ceux qui voudraient résister à son énergique volonté. La France f^t alors vraiment unifiée et grande.

En 1617 eut lieu un procès entre les chanoines et les vicaires de Notre-Dame. L*un d*eux avait résigné son vicariat à un autre prêtre sans le consentement des chanoines. Ceux-ci prétendirent que les vicaires étaient à leur nomination et présentation, tandiii que les vicaires ne voulaient relever que du roi, comme les chanoines. Un arrêt du Grand Conseil de 1618, condamna les chanoines, qui ne purent montrer aucun titre à l'appui de leurs prétentions. Il résulta de cet arrêt que les vicaires étaient de fondation royale, commn les chanoines, et quau roi seul appartenait le droit de nomination.

§ 2.13. Entrée durci Louis 13* à Mante. — Le mardi 14 novoriibre 1(317, sur les deux heures après midi. Louis treizième, roi de ir'rance et de JNavarre, arriva pour la pre-

(i) Cnv.

LOUIS XIII A MANTBS

mière fois à M.int(\ avoc tonte sa cour. Il fut très honorablement reçu par les eccl(';siasti'[ues, Jultos. maire, échevins et habitants de la ville. Ceux-ci furent au devant du roi jusqu'à la poiuU' de Cnm jon (Courgent?), tous en armes, niarciuint sons le drapeau de la ville; et étaient cinq cent cinquante hommes en bon ordre, conduits par M. de Mallebranche, capitaine de la Bourgeoisie. Les magistrats furent devant le grand cimetière, avec le maire et les échevins, lui présenter les clefs de la ville. M" Jean Lecouturier fit une belle harangue, offrant les cœurs, la vie et les biens des habitants au roi, qui promit qu'il leur serait bon roi. Ce fait, il entra en ville. Messieurs du clergé, en corps, revêtus de surplis et de chapes, le doyen tenant une croix d'argent, attendaient à la porte de Téglise pour recevoir Sa Majesté. Mais elle flit droit au Château, où les maire et échevins, accompagnés de leurs massiers, lui firent quelques présents. Sur Teau, on avait fait dresser dans un bateau des feux d*artifices, pour donner du plaisir an roi. On tira plusieurs boites, fusées et pétards après que le roi eut soupé. 0 était à une fenêtre de la grande salle du Château, et M. de Luynes à une autre, avec plusieurs autres seigneurs de la cour, qui regardaient jouer le feu d*artiflce, qui dura bien une bonne heure et demie (1). Le lendemain de grand matin, le roi Ait à la messe â Notre- Dame, où il Alt reçu par messieurs du chapitre. M"* Simon Faroul, doyen, lui fit une harangue. Après la messe le roi partit pour Rouen. Uévéque de Soissons, qui était autrefois grand vicaire de Pontoise, a prêté le serment de fidélité au roi, le jour de son arrivée à Mante.

Louis XJH se rendait à Rouen pour y faire l'ouverture d'une assemblée considérable de Hoiables, destinée dans la pensée de Luynes, àcontinaer les Etats de 1015 brusquement Interrompus par les troubles et dont les cahiers n'avaient pas roçu de réponse. Voici comment le' médecin de Louis XIIL Jean Héroard, rond cotnpte dans son Jounial, du passage du jeune roi, âMantt\s: « I.e mardi 14 novembre 1617, il part do Saint- Germain ; à l'entrée du bourg, M. d'£peruon revenant de Guise

(Ij Suit une longu* description dei pièces d'artifices.

lui fait la révérence. Il soupe à Mante pour la première fois. Il joue à la paume ; H dîne à Fresne. »

De Mantes, le roi s'en alla à Vernon.

Aa retour de l'Assemblée de Rouen, Louis XIII ri^passa par le chemin qu'il avait déjà suivi. « Le 30, samedi (décembre 1617.) — En chassant, dit encore Héroard, jl arriva à Hante. » Il Tenait de Gaillon et de Vernon. « Le 31, dimanche. 11 va à la messe à Notre-Dame et à sept heures entre en carosse et part de Mante. Va à Fresne où il arrive à neuf heures et où il a dîné. »

Louis XIII revint à Mantes en 1G19, ainsi que le dit Héroard. « Le 7 octobre, lundi, à Mante. — 11 maiiyea une petite grappe ÔG i^aist/is (le Co.'ùtl/ie, (\e ceux (im viennent de lui être présentés par l'un de ses médecins, qui était M. Le Tilieu (1; demeurant à Mante. Il part de Mante, arrive à Marcinc, maison de M. le Chancelier Brulard, sieur de Silleiy, où il a déjeiiné et couché. »

Nous voulons bien croire que le médecin LetelSier présenta à Louis XIII des raisins de Gorinthe, mais on trouve dans un compte de 1610, que la ville offrit à la sœur du roi, simplement des raisins de FoUainoUle, Le compte est à la date du 5 octobre. On avait aussi fait dorer quatre clefs pour en présenter, deux au roi et deux à la reine Anne. Quand la réception fut terminée, on paya 32 livres àl*cxempt de la reine et 43 livres 15 sous à l'exempt du roi, pour rentrer en possession de ces clefs. Louis XIII logea au Château et la ville dépensa XVI sous pour faire nettoyer les appartements.

Louis XIII venait de voir Marie de Médicis, en Tourraine, et avait été déconseillé de rentrer à Paris, à cause d'une épidémie qui y ré>j;nait. Il alla ensuite à Compiègue et à Chantilly (2).

§ 234. Conversion du marquis de Rosny. — Le

28 septembre 1619, monsieur le marquis de Rosny, gouverneur de Mante, fut à la messe en l'église Notre-Dame, où fut chanté le Te Deumen musique. Sa conversion apporta une grande joie aux habitaïUs do la ville (3).

(1) Céttt Letellier quil faut lire, celui-lA même qui dirigeait les capuciUB de Limay, et dont il est parlé ci -dessus.

(2) V. Mchn. de Pontcharlrain etéd BoSiOmpierre.

(3) AjuuU aajts la ma. Manon.

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