PALAIS DE PISTE
§ 14. Gelée. L*an 800, au mois de juillet, il gela de telle sorte que les glaçons étaient gelés sur la rivière de Seine» contre toute disposition naturelle.
§ 15. Grêle. — En Tannée 823, tous les biens de la terre, /tarent foudroyés par la grêle, avec laquelle chut quantité de Traies pierres de grande longueur, grosseur et pesanteur. Après quoi s^ensuivit grande mortalité de gens.
§ 10. Glaçon effroyable. — L'an S24, chut en France [à Mantes (M. )j par une tempête, un gros glaçon qui avait quinze pieds de long, six pieds de large et deux d'épaisseur. [D ne fit de mal à personne.] M.
£t c'est très heureux, jouterons-nous.
§ 17. Dn palais te Pistes. — Il est dit dans l*histoire, qa*en Tannée 861, le roi Charles le ChauTe, tint une assemblée dans son PeUais des Pistes, près Mante, mais Ton n*a aucune connaissance de ce château.
La (luostion du château do Piste ou Pistro, ost <^luci(l(''o dopuis longtemps. Chresticn, cppeiulant, a osé bùtir toute une histoire sur l'érection de Isotre-Dame par Charles le Chauve. Il confoud, à plaisir, l'église ancienne avec celle b&tie au xi* siècle, après la dévastation de Guillaume le Ck)nqnérantl Le château de Piste, après la constmcticn de Téglise ou en même temps, était une* conséquence nécessaire, pour servir d'habitation au roi Carolingion. Là, il donne beau Jeu aux critiques du lieutenantgénéral d«' Meulan.
Suivant Chresti«'n, la ville et \r château de Mantes furent détruits par les Normands, dans une de leurs excursions du XI* siècle, bien que jamais le nom de Mantes n'ait été nulle part cité. Les Atmales de Saint'BeriiH, la Chromigue des ducs de NamuuÊdie, sont avares de noms de lieux et celui de Mantes ne 8*y trouve pas.
Pendant leurs nombreuses incursions, les Normands passèrent un ou deux hivers aux portes de Mantes, â Jeufosse, ou
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fossa Ghiwaidi{i). Ktaient-ils arrêtés en cet endroit par une forteresse importante, ou seulement par los facilités d'hiver-
napfs qu'ils trouvaient en ce lieu? nul ne le sait.
A cette époque, Charles le Chauve s'occupait à défendre son faible royaume contre les ennemis du dedans et du dehors. Pour protéger le cours de la Seine, à la hauteur de Pont-de-i'Arche, il fit constmire un château à Piste « ou d'un côté la rivière d^Andelle, et dTmUre la rivière SEute viennent se Jeter dans la Seine, » Le doute ii*e8t cependant ^ère possible. « Et là il fit « fortifier la Seine pour fermer le passage aux navires nor- « mandSy soit à monter, soit à descendre la rivière ; puis avec « sa femme, serment prêté par les siens, il parla à son fils « Charles, en un lieu nommé Mehun (2), et Charles presque « aussitôt, soumis de paroles, mais d'une ànie rebeUe, se sou- « lève et retourne en Aquitaine et Charles revint à Piste, où il « avait rénni une assemblée et un synode (3). »
C'est à ce moment que Chrestieu place la destruction de Mantes^a-Ville, dont il ne se reforme qtt*ûn village ; opinion des plus problématiques et que nous avons combattue (4). Quant au château de Piste, Chrestien l'a placé d'abord au bout du
village de Soindres, dans un endroit appelé, encore aujourd'hui Chôtcau-Poissy (5). Pour la facilité de Charles-le-Chauve, il en fait aussi le ChâteaurPoùiSij de Mantes, c'est-à-dire Thôtel bâti par Le Pelletier de Chàteau-Poissy, à la iin du xvr siècle, dans la rue de la Vieille-Prison.
. Lévrier, malgré son savoir, a partagé cette erreur. Mais pour ne pas laisser cette gloire à la ville de Mantes, il a placé le château de Piste, à Médant, prés Poissy. L'erreur était tout aussi grosse dans un cas que dans Tautre. Nous pensons que la
position de Piste, non loin d'Ânfreville-Iès-Mants (Eure), on Sous-les-Monts, a été la cause première de cotte confusion. Millin, qui écrivait d'après les renseignements de Lévrier, a
reproduit la même oiMnion, et comme le Capitulaire de Piste traite longuement de la réforme des monnaies, il en déduit que
(1) .iM. xnini n-rf. Aun. 862.
(2) Mehun-sur-Lûire. (Ut. sup. texte latin.)
(3) An. de saint Beri : Il «citta un capitalaire dd Pista.
(1} TTn acte de Philippe !«% que notti citerons, nomme en même temps, en 1076, Mantes-la- Ville et Mante.^.
(5) A Beauregard.
LES REUQUES
Piste vient de Picle, ou Pitte^ petite muuiiaie du moyen âge, dont le type appartient au Poitou. Tout cela ne se tient pas.
§ 18. De la résolution que prirent l'abbé et les reli* gieux de Nanteuil de retirer de leur abbaye, les châsses de SS. Marcoul, Domard et Cariulphe, et de les porter à Paris. — En l'annéo 915, l abbayo de Nanteuil courant risque de passer par le feu et jiar le san«r, pendant les cruautés des Normands, ainsi que les autres églises et abbayes, l'abbé et b?s reli<,Meux se voyant à la veille de leurs misères et en dan^n-r de penhe ce qu ils avaient de plus cher, prirent la résolution de porter les chasses tles SS. Marcoul, Domard et Cariulphe, en quehpie ville exemjjte d«i la malice des Danois et Normands. Kt s'élani chargés de ce riche butin, prirent leur route vers la ville de Mante, espérant aller jusqu'à Paris. Lesquels étant proches de Mante, firent halte dans le chemin de Ronen, que Ton appelle aujoard*hui le Vai de Rosny, à cause du yoisinage de la terre et marquisat de Rosny (1). Et là» ils avisèrent de cacher et enfouir dans terre, Tétui Je bois dans lequel étaient encloses les châsses de leurs saints, à dessein de les reprendre quelque jour, pour les reporter à Nanteuil, lorsque le feu de cette crueUe pérsécution serait entièrement éteint. £t d*autant que ces pauvres religieux [en s*en retournant, aprbs avoir mis en sûreté leurs saintes reliques, comme il est dii ci-dessus M.], furent prévenus de mort, par les chemins, par la cruauté de ces barbares Danois et Normands, ce qui les empéclia de retourner à Nanteuil. pour rendre raison de leur voyaî^e, et que tout après leur ai)baye fut ruin^'e. Cela fut cause (pie ces saints reli<iuairo dcni'Mu èrcnl lonijlemps comme perdus, jusqu'à ce que Dieu voulut les découvrir p.ir un miracle signalé, aux habitants de Mante, ainsi qu'il se verra ci-après.
J'ai omis de dire ci-dossus. (pie saint Marcoul avait été abbé dudit Nanteuil, au pays du Cotontin, eu iS'urmaudie, et qu il y est mort le premier mai 670.
(1) Non» ferons observer qu^ la terre de ll'>-iny fut .'ri;:. .' f-n m iTiini*:it en J4U. La rédacUua U« c«» Antiquités «einit ûonc ponteheure à cvlie Uato.
L'histoire des reliques de saint Marcoul est un point très controyersé dr l'histoiro do lYglise Notre-Dame. Le prieuré de Saint-Marcoul de Corbony-on-Laonnais (Aisne), revendiquait avec toute espèce de droits, la possession de ces reliques. Cette revendication, justifl(''e par des documents ancifus et authentiques, donna lieu à une polémique très vive entre Simon Farool et éùm Oudard Bourgeois.
L*étude complète de cette prétention de Téglise de Mantes, trouyera donc mieux sa place lorsque nous serons panrenns à répoque où Simon Faroul était doyen de la collégiale.
Nous aurons pour éclairer cette question, une importante brochure de M. Â. Benoit, et une autre de M. £d. de Barthélémy.
§ 19. Donation faite à 1 église Notre-Dame. — En Tannée 980, qui était la yingt-quatrième da règne de Lôthaire, roi de France, il y avait encore à Mante, une comtesse qui se nommait Ligarde, qui était comtesse de Mante' et Meulan ; laquelle donna à Téglise Notre-Dame de Mante, les dîmes des villages de Mante-la-ViUe, Amouville et terre d'Auffreville, Limay, Hanneucourt (1) etissou, avec les droits d'oblation et dîmes des églises desdits lieux. Ët outre ce, fit encore plusieurs autres dons à diverses personnes et endroits desdits lieux (2).
§ 20. — Donation de l'île Champion. — Ladite comtesse Litranle. en ladite ann^'H», d^nna aux habitants de Mante, l'ilc Cliampion, pour leur rommoditô et plaisir, ot y faire mettre tout ce que bon leur semblerait. [Après la mort de cette cumtesse, la ville de Mante fut amie de la couronne de France. M.]
Letgarde, fille d'Herbert II, comte do V< rmandois, veuve de Guillaume longue £pée,duc de Normandie, avait épousé, eu 943,
(1) IfitUn dit Biadaneourt, mais il faut lire Hardricourt, près Menltn.
(2) Voici ce que dit M. Cas<nii à < <^ pro[)o<; : Amovillamf Meduntam Hllam, Xt'mayum, Jssou et iemm de AuffrevUla eum ecclesiis. (Extrait d'un livra couvert de cair range, écrit sur parchemin, faisant mention des donations fûtes à l'église do Mantes.) Now ne connaissons pas ce livre rouge, mais nous demandons comment Letgardo pouvait donner en même temps lÂmay à l'église de M aates et à SaintrPère de Chartres T
LETGARDB
Thitaudle Tricheur, comte de Chartres. Elle lui apporta en dot, entre autres domaines, Juziers, Fontenay et Limay, qu'elle avait reçus de son père. Elle était cousine d'Hildop-ardp on Kldegarde (1), femmo do Galoran I", comte do Voxin. La oomtosse Letgarde survôcut à son mari et fut enterréo à Saint-Père de Chartres, dont elle était une insigne bienfaitrice. Tant qu'elle Técut, Uantes avec tout te Voxin tûi sons la domination de Oaleran, puis de Gauthier I*'. Letgarde ne fut donc Jamais comtesse de Mantes, ni de Meulan. Bile était comtesse de Chartres, et dans les actes qui nous restent d'elle, elle prend suivant l'usage, simplement le titre de comtesse.
Chrestien a tontô do prouver, sans citor aucun documont, les droits do Lot^'ardo sur les dinios des villagos noninios dans ce paragraphe. Il est certain que ces droits ont été porçus par l'église de Mantes, avant la Révolution. Il existe même aux archires de Notre-Dame, les pièces d*ttn procès entre la famille Dabos et le chapitre, pour la dtme de Binanville, que le curé d*AmouTille refu-sait de payer. Les droits de l'église, consacrés par Tttsage, n'avaient d'autre authonticité qu'une note inscrite en margo d'un registre de l'église, daté du 1594 ou ir)95.
lîn fait, les actes dont il ost ici question sont inconnus. Nous avons do la comtesse Letgarde une charte, du Cartulaire de Saint-Père do Chartres {2j, encore ne concerne-t-elle pas la ville d*une façon immédiate. Il est possible cependant, qu'elle ait donné lieu i l'erreur que nous signalons et que Millin et Lévrier avaient déj& relevée.
Dans cette charte, de Tan 074, la comtesse de Chartres, en préstence du comte Odon ou Eude (3) et de Hugue, archevêque de Bourges, sos fils, déclare co qui suit : « Je cède à Saint-Père de Chartres, r<\glise consacréo en l'honneur do Pierre, prince des apotros ot porto-clofs du royaume du ciel, dans le lieu dit vulgairement Gizei (Juziers), avec la ferme {villa) du même nom dite Oizei, avec XVI manses et les terroi< cultivées et incultes, les hétes, les prés, vignes, eaux et cours d'eaux; de même, dans une autre lieu, certaine terre nommée Fontenay (FontenedumJ, avec l'église construite sur cette terre, les mesnils, les vignes et toutes choses y appartenant; et de même,
(1) Ledgarde. Legante, litgarde, Ugarde, Loltgarde, Luidegarde, Eldegarde, Heldgard, HUda^rdo, etc, aoatlet divenes orthographes de ce nom.
{3) Ua écart de Juziers s'appelle Mcnil d'Oife.
CHRONIQ UL: de MANTES
dans un autre lieu, dans le village qu'en langue rustique on nomme Limais, tout ce qui paraît m*appartenir. Les susdites choses sont dans le pays Vexin (in paço VelcasinoJ, sur la
Seine J'ai concédé aussi ces choses, pour Tâme de mon
père Herbert, comte de Troyes, qui me les a laissées en héritage. »
Cet acte no cite que Juzicrs, Fontenay et Limay ; il n'est pas de l'an 080, mais de 974. Mantes, Mantes-la-Ville, Arnouvillc, Aufifrevilleet Ilanncucourt n'y sont pas iionimés. Enfin, les terres de Mantes-la- Ville, le fief d'Arnoul et Buinville, furent pris par Philippe !"% avec les biens de Simon de Crépy, en 1074. Simon, par son testament, avait donné ses biens à son abbaye. Phi* lippe I*' restitua tout à Cluny, en 1075; Tacte de restitution, passé à Mantes, ne fait aucunement croire, que ces biens étaient à Notre-Dame (1).
C*est sans aucun doute, de cette restitution qu*il 8*agit dans
ce passage d'Orderic Vital (2) : « Du temps de Pierre le Vieux, « l'abbé Mainier (moine de Saint-Evroul) se rendit auprès de « Philippe, roi des Français, et lui demanda humblement les « biens qui avaient été donnés dans son royaume, à son abbaye « d'ouche. Ce prince confirma avec bonté ces donations et en- « gagea, avec douci ur et gaîté, ceux qui étaient avec lui à faire « des dons abondants. Ces chos<.'s se passèrent sur le chemin « entre Epône et Mantes. »
Lévrier et Miilin ont donné une autre explication, mais ils se sont trompés. Us sui)i)oscnt que cette Letgrarde est ligarde, femme de Pierre de Meulan, échanson de France et fils de Roger de Meulan, seigneur d'Aubergenville, Fresne, Epône, etc. (3). Dépossédé de la maison de Beaumont, devenu vicomte d'Evreux.il avait vendu sa vicomté à Philippe-Àuguste. Les registres de Notre-Dame, dit Lévrier, ont toujours porté : Ligarde et cette Li{îarde avait habité Mantes. Peut-être était-elle la véritaMe donatrice des rentes que touchait l'K.L'lise, rentes constituées plutôt par l'usage (^uepar des litres. De plus, leiVé-
(1) Mais cela résuite d'un acte, sans date, dans lequel Simon (cornes Medantensis) voulait que Talibayo et tous les bénéfices qu Albéric et tous les chanoines de l'église tenaient de lui, fussent donnés à l'église» do Cluny. (Communiqué par M, Brochet.) Ëncore un fait, l'église de Mantes no tenait donc rien de Letgtrde.