‹ La chronique de MantesChapitre 45 sur 143 · DÉPUTÉS AUX ETATS · texte numérisé non relu

DÉPUTÉS AUX ETATS

affirme qu^elle a aussi eu un chantre et sous-chantre, pour rendre les cérémonies en la célébration de Toffico divin, pleines de majesté et de magnificence, à Tégal des métropolitaines. Le chef et le chapitre étaient présentateurs de ces offices. Maître Jean Fillon, doyen (1) en son inventaire, nous produit un chantre de ladite église, en être chanoine, et avoir fait un don à leur chapitre, d*une grange sise à la Garenne, au mois de juillet 1200. Et nous voyons que Tofflee de sous-chantre a été desservi par un particulier non de leur corps. L'épitaphe suivante nous sert de preuve. Voyez ce qui est écrit sur une tombe de pierre plate qui est devant la chapelle Saint-Pierre, fondée en icelle église, Tan de grâce 1196: Le Mardy devant la fente de saint André, trépas^sa maistre Jehan Volland, sou»<harUre de cette église. Priez dieu pour Vâme de luy.

Pendant que ces petits événements locaux se déroulaient i Mantes, d*aatres révolutions 8*étaient accomplies ou se préparaient. Philippe le Hardi était mort en 1285, laissant la couronne.

à son fils Philippe IV le Bel, sous le règno duquel devaient disparaître les Templiei^ et naître cette sombre lutte du roi do France avec P.oniface YlII.

Kiï 12i)8, Philippe le Bol, administrant encore pacifiquement, donna le comti' d'Evreux à son jeune frère Louis, lîls de Marie de Brabant; il mit dans son apanage, entre autres, le comté de Meulan, qui avait été auparavant à Blanche de Castillc(2).ll lui confirma cette donation en 1307, en y apportant quelques modifications qui ne firent pas les dernières. L'année suivante, Philippe IV qui luttait contre le pape depuis cinq ans, convoqua «le nouveau les Etats-Généraux. I>(^jà la première fois, en 1302, ses bonnes villes avaient reçu l'ordre d'envoyer deux ou troi^^ d«''putés à Paris, pour le conseiller sur les affaires du royaume ; on ne sait pas si Mantes y fut représent»''e. Mais en l.'îOS, elle n'y manqua pas. Philippe voulant proviMnicr une manifestation éclatante contre les Templiers, assembla à Tours un Parlement général des trois-ordres. Les députés des villes devaittit se présenter munis d^me procuration de leurs communes.

(1) Mnrinn no dit pa<< doyen. C« doit 4tre Jau BoUoo, l'aiitear d« rinventtlre, dont il est parlé au VII* doyen.

(2) Pnità MargiMrita d« Proraoca, «a ISSI.

Guillaume Dernoville f^Darnouville) et Jean Garancière se présentèrent pour Mantes. Leur procuration, conforme aux vues de Philippe le Bel, disait en substance : « Promettons tenir et avuir et garder fermement tout ce qui sera fait par les dits procureura ou par ron d*iceiix è9 chosêi dettui dtctet^ sur la cotation de tous nos biens, et des biens de notre oommime dessus dite ; en témoignage de quoi nous arons scellé ces présentes lettres du scel de notre dite commune (1). » An mois de mai, les Etats se réunirent et la suppression des Templiers fat résolue. On ne sait si les députés de Mantes suivirent Philippe le Bel à Poitiers, où résidait Clément V (2).

§ 95. La Porte de Rosny bâtie et la ville close de haies. — En l'année 1313, Louis le Hutin, au retour de son voya^^e de Normandie, passant par Mante vit la porte de Rosny toute ruinée et commanda aux maire et ôchevins de ladite ville de la faire réédifler aux dépens des habiuints. Et de fait fut commencée à bâtir en l'année 1313, et finie en l'année 1315. Ne se voit aucunes armes sur ladite porte, sinon celles de ladite ville. Et parce <pie la ville était fort incommodée et les habitants fort pauvres, et ne pouvant continuer les réparations qui étaient à faire aux murailles de ladite ville, qui étaient toutes toml)éos depuis la porte de Rosny jusqu'à la porte aux Saints, cela fut cause qu'il ne fut pour lors fait qu'une clôture de haies vives pour empêcher le monde d'y entrer, laquelle fut faite aux dépens des habitans, en 1316.

Le voyage de Louis le Hutin, dont il est ici question, est peut^tre celui qu'il fit en Angleterre, quand il n*était encore que roi de Navarre, du chef de sa mére. U y alla avec Enguerrand de Marigny, pour apaiser la division profonde qui régnait

entre le triste Edouard II et ses sujets. Ce fut pendant ce voyage, qu'éclatèrent les scandaleux adultères commis par Marguerite

de Bourgogne, femme de Louis le Hutin et ses sœurs.

La porte de Rosny, devait être tr^s forte. Nous en avons xu les fondations, en 187Ô, lors de la construction de l'égoût de la

(1) Nom avons dté ee tceau, précédemment, p. 64. L'acte est daté de 1301 après Pâques-Fleuries, c. .a. d. (to 1308. (<) V. Boatario. La France son» PMUppo U BeL

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me Royale. Le plan et Tappareillage aanoncent bien une constraction do XIV* siècle. Bâtie un peu en arant de la fontaine actneUe de la place de Rosny, elle se composait de deux grosses tours rondes, reliées entre ell("^, assez rapprochép«?, dn manière à lais«rr ou dossous lopa-ssage d'une voiture. Cello de droite, en entrant, se trouve presque dans l'axe de la rue de la Madeleine; cello do irauche, entre la fontaine et la grille de l'Hôtel du Grand-Cerf.

Elle avait un étage, et un toit en poivrière au-dessus de dia^ue tour. C'était là, autrefois, qu'étalent gardés la poudre et divers engins de guerre, appartenant à la Tille.

§'96. Du crnoilix de Notre-Dame. — Environ ee temps, il y avait à Mante an huguenot qui croyant se moquer de Dien, fit un crucifix de carte, qui est un des plus beaux qui se voient ; et mît le pied droit, qui doit être dessous, par^ dessus, espérant par là se moquer de Notre Seigneur. C*est celui qui est au-dessus du pupitre.

Ce paragraphe est à peu près inexplicable, puisque les huguenots n'ont été connus qu'au XVI* siècle, pendant les guerres de

la Réforme. On ne comprend ni le mot, ni la chose.

En 131."), l aiianage du comte d'Evreux avait encore été modifié. A la raort de Philippe le liv\ novembre 131 1. Charks do Valois, son frère, s'était emparé de la direction des affaires, à la place de son neveu, l'incapable Louis le Ilutin. lien profita pour sacrifier tous ses ennemis. Bnguerrand de Bfarigny, Tàme damnée et Texacteur impitoyable de Philippe le Bel, fût sa victime la plus célèbre. Il Ait pendu àMontfaucon ; ses biens furent donnés à Louis d'Evreux, en échange de 8,000 livres que le tré:>or du roi lui payait comme indemnité du faible revenu produit par le comté d'Evreux (1).

Louis le Hutin étant mort le 5 juin 1316, Philippe le Long, son frère, reprit en 1318 cfs bions de Marigny (2), et comme compensation il donna au comte d'Evreux, Mantes (3), Pacy, Anet, Nog^nt-ie-Koi, Mouchauvet et Bréval. Mais, à cette époque,

(1) Lebrasseur, Histoire d'Evreux, Preuves, p. 32. (jl) Il -voulait les rendre aux enfants d'£ngu«muid.

Avte t Arche du P<mt, c. a. d. le mena da péage de la Seine.

Marie de Brabant vivait encore et ne pouvait être dépossédée de Mantes; Louis d'Evreux reçut donc à la place 3,000 1. qu'il toucha jusqu'au décès de la reine douairière.

La fille unique de Louis le Hutin et de Marguerite de Bourgogne avait été confiée à Marie de Brabant. Jeanne de France l'ut élevée à Mantes dans le château où ne retentissait plus depuis longtemps, le bruit de la guerre. La reine Marie était une femme instruite, de mœurs douces et agréables. Il semble qu'elle ait attiré à Mantes une société aimable et lettrée, parmi laquelle figura peut-être un de ses compatriotes, le brabançon Adam, ou Adenès le Roi, l'auteur de tant de romans de chevalerie. Le Clèomadcs, qui est sa meilleure œuvre, comme la Berlhe aux Grans Piès est la plus connue, lui fut, dit-i', dicté par deux dames dont il veut taire les noms :

Leur nom oe vcuil en apcrt (ouTcrtemont) dire Car leur pais aim et dout (je redoute) leur ire.

Ce« noms, il les révèle cependant à la fin de son récit, dans un acrostiche où l'on retrouve : La roine de France Marie, madame Blanche. Cette Blanche était, ou la fille de saint Louis, ou Blanche d'Artois, cousine de la reine Marie.

M. Arthur Dinaux (1) n'est pas éloigné de croire à la collaboration de Marie de Brabant. Une nuniature du Cîèomadès de l'Arsenal, la représente entourée de Mahaut d'Artois et de Blanche de Lacerda ou de Castille. Elle semble parler, pendant ([ue le poète l'écoute.

Elevée au château de Mantes, Jeanne de France devait y rester «Mioore longtemps. En iriiS, elle épousa Philippe, fils de Louis d'Evreux, qui devint ensuite roi de Navarre (2). Celui-ci fixa pour quelque.s années son .séjour à Mantes. « Il y commença, dit Chreslicn , dans notre Château, ce beau bâtiment qui avait sa façade sur la rivière et au devant duquel était cette belle terrasse qui aboutissait à la chapelle dressée contre la tour de Ganne, dans le dessein de faire son séjour ordinaire en cette ville (3). » Ce fut peut-être pour payer ces dépenses que Philippe d'Evreux em-

(1) Tfoucl'rcs du Xord de la France. T. III. et IV.

{i) Du cher do »sl TumiQU Jeanne, héritière de la Navarre à la mort de Charles IV le Bel.

(3j On voit dans un bandeau, au-dessus do la rue des Tannerie*, un écu aux armes do France, de trois lleurs de Hs, qui appartient à l'époque de Charles V.

COMTES D'£VHËUX

îtrunta à la villo, vers 1328, une somnu'd*' 1,U00 1. (j[u'il lui n'iidil j»;ir annuités à prendre sur les 300 livres de lu l'erine de la Prévôté (1).

Marie de Brabant mourut aux Mureauxprès Meulan» le 12 janvier 1881. Son corps tat porté aux FrèresPrêcheurs, à Paris. Elle fonda à Notre-Dame de Mantes, un obit qui se célébrait le 13 mai. Pbillppe d*Svreux posséda alors la vUle , qui resta dans sa famille jusqu'à la révolte de son fils contre le roi Jean. Charles le Mauvais perdit Mantes, définitivement, rn 1364.

Ce fut à cette époque, mais sans doute après 1320, que fut bâtif la chapelle Saint-Ëutrope, car Jeanne de France n avait encore que quinze ans.

§ 97. Fondation de la chaiMllo Saint-Entrope. —

Jeanne de Navarre, fille de Louis leHutin roi de France, qui fut femme de Philippe, comte d*Evreux, pendant son jeune âge se plaisait fort à Mante et fonda en Téglise Notre-Dame, en Tannée 1320, la chapelle Saint-Eutrope, qu'elle dota de vingt livres parisis de rente.

Comme aussi la reine Blanche, fille dudit Philippe d*£vreux, qui fut seconde femme de Philippe de Valois, après la mort du roi son mari, se retira à Mante et fit beaucoup do bien à Téglise.

La chapelle Saiut-Eutrope est aujourd'hui la chapelle duiSacré- Cœur.

§ 1)8. Grand Hiver. — En l'année 1325. fut l'hiver fort

long et laclieux. Et la rivière de Seine fut tellement f,'-lacée (lue les charettes allaient par dessus. Et au dégel, les glaçons rompirent plusieurs ponts.

Ici se termine la troisième jtartic do notre C/troniquc. Philippe le Lonji: <'t Cliarles le Bol étaient morts sans laisser d'héritiers mâles. Avec eux s'étei;jrnait la branche des capétiens directs. La couronne échut en 1328, à Philippe de Valois, cousin d<'s derniers rois. Ce fut seulement alors que le nouveau roi de Fnuice restitua à Jeanne et à son mari, le royaume de Navarre qui n'avait jamais été remis à la fille de Louis le Hutm.

(Il Levrior 1 1 f'hre<itit n. de tS4S mentionne MttleoM&t iin« Boaune

de 2050 1. t. eiuiJi uutcc eu 1332.

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