DONNÉE DE LA TRINITÉ
A la mort de Charlc le Bel, la couronne fut disputée, non seulement par le droit héritier Philippe de Valois, mais aussi par Philippe d'Evreux à cause de sa femme, fille de Louis le Ilutin; puis surtout par Edouard III , roi d'Angleterre. Celui-ci se prétendait héritier à cause de sa mére Isabelle, fille de Philippe le Bel. Plus tard, après la mort de son père, Charles le Mauvais, devait relever ses prétentions. Il ne vit pas sans une sourde rage la couronne sur une autre tète que la sienne. De plus, le comté de Champagne et de Brie qui avait été à sa famille, avait ttài retour au domaine royal moyennant certaines compensations librement acceptées. C'était encore une autrr> cause des discordes san<: cesse renaissantes d'oCi devaient résulter tous les troubles de la France.
Avant do nous engacror dans ce récit qui a trait à rhi<:toire générale, nous donnerons place ici à des événements d'intérêt purement local.
^ 99. De la donnée du pain. — En Tannée 1335 M" Nicolas Cocliery, prêtre, par son testament, lé^rua à rHôtel-de-Ville dp Mante, la somme de seize livre parisis de rente, à ])rondre surtout son bien, à condition que par chacun an, le jour de la Trinité. Ton forait une do/inée de pain à toute personne qui se liouvoruit, depuis le soleil levant, jusqu'au soleil coucbaat dudit jour, sur le pont de ladite ville.
n y a ici erreur de date et de fait : ce tut vers 1351 et 1352 que Nicole ou Nicolas Cochery de Mantes et chapelain d*Alençon, augmenta les ressources de cette donnée dont l'existence était
très ancienne. C'est ce que prouve V Inventaire de i 543 : « Unes autres lectres dudict vidimus, faictes et passées soubz le scel dud. messire Nicole Cochery, en Tan de grâce mil troys cens cinquante et doux, le dimanche troisième jour de mays, faisant mencion que Icdict messirf Nicole a donné aux maire, pers et cschcvins de Mante et leurs successeurs, les dictes vingt lirres tournoys, à les prendre et recevoir des dictz Adam et Jehan (de Poissy] ses nepveuz dessusnommez (1), pour entretenir la Charité et Donnée que les bourgeoys ont accouslumé faire lo Jour de la Trinité en Tisle CShampion. »
(1) En 1351, il leur avait donii4 un mooUa et un d«int4miid de blé, moyen- ■lat 20 Ut. de rente «nnuelle.
SIO
« Ce jour-là, dit Chrestien, était pour les habitants de tous états, une fête qui les conviait d'aller après v^'pres se réjouir dans risle l'Aumône ou Champion. » Tous les passants qui se présentaient à la porte placée sur le milieu du pont, recevaient un petit pain blanc. II 8*en distribuait environ 400 douzaines (1), depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. « liais , i^oute dffestien, parles lettres de Louis XIY, qui ont réglementé les hôpitaux, tout ce que les communautés possédaient pour les les aumônes, se trouve acquis aux hôpitaux. La donnée qui 8*éleTait à 120 liv., n'eut plus lieu : 80 liv. restèrent à Thopital, une partie fut adjugée aux Gordeliers, une autre aux Capucins, et le surplus affecté à un achat de pains qui étaient distribués aux officiers de la ville, pour perjiétuer le souvenir de la fondation (le Nicolas Cochery. » Ain?;i prit fin ce singulier usage, dont l'origine et la signification nous sont inconnues. Peut-être étaitce un signe de l'hospitalité communale.
§ 100. Donation faite aux diacres et sous-diacres de Notre-Dame, du fief des Chattes (2). — L'an 1338. au mois de novembre, Jean de Guerville, donna par son testament, le fief défi chattes aux diacres et sous-diacres de Notre- Dame de Mante. Laquelle fondation fut bien reçue par Phili])pe de Navarre, comte d'Evreux, à la charge d'une messe tous les samedis, avant le soleil levé, à dire sur la tombe du donateur.
Cette possession ne se trouve pas varlA Déclaration de 1521, Nous n'y avons vu qu'une Vignedes Vicaires,siae àSérainconrt, canton de Meulan.
§ 101. La charité de IHôtel-Dimi. — £n Tannée 1339,
la charité de l'Hôteî-Dieu, fut approuvée par monseigneur Emery (de Château-Luisant), évêque de Ciiartrea, étant à
Mante.
[Cette charité est une confrérie qui subsiste encore, de plusieurs bourgeois, lesquels font faire tous les ans, un seryice solennel, le jour de la Conception de la Vierge, dans
(1) Chaque pain pesait 12 onces. V. lîcgislrc de tSSS^ k VRàUH-é^yïHùiBm
(2) Des CbAsses, Ciutv., Des Chantres, M. et O.
(1S39) HOTEL-DIEU ÎU
réglise de l'Hôtel-Dieu. Ensuite duquel service, ils donnent à dîner aux pauvres malades convalescents de cette maison, quMls servent à table, avec bien du zèle, de la pi6tô et de rédiûcation] Ghr.
Les filles de l'Hôtel-Dieu n*étaient point dottrées et leur supèrifeiire prenait le titre àeMère des Pauvres. Le chapelain avait
le titre de recteur. L'administration de l'Hôtel-Dleu était confiée aux principaux bourgeois de Mantes. Vers 1698, les religieuses furent rompl;iC(''cs par «les AuLTUstiiu-s. Le bureau sorelAcha do son administration «'t finit par l'abauJoaner. Cet 6tat do chose fut très préjudiciable à l'établissement. La supérieure eut la libre disposition des revenus qui s'élevaient à plus de 3,000 livres ; elle n*ea rendait compte à personne, pas m^me à sa communanté. Chrestien se plaint amèrement de ce que Louis XTV avait diangé, non sans profit pour ses finances, Tancien gouvernement des hôpitaux et maladreries.
§ 102. Fondation de la cliapelle de l'Assomption. — L'an l;i39, la chapelle de l'Assomption fut fondée en Téglise Notre-Dame de Mantes, Philippe roi de Navarre étant i\ Paris, par Robert du Moulant (1) bourgeois de Mantes, et Jeanne sa femme. Et la dotèrent de seize livres parisis de renie, deux pièces de vigne contenant deux arpents, situées, l'une aux Has-Villiers ot l aulro aux Mézouard ; environ neuf arpents (le terre, assis à Arnouville, et sept livres parisis de rente sur une maison que Ton appelle La Motte, pour la demeure du chapelain.
La chapelle de TAssomption se trouvait peut-être sous rentrée
du petit portail méridional. Cependant l'ancienne chapelle de la VicTi^'e était ériger dt vaut le l*' pilier de droite, à l'entrée du chœur. Les lieux-dits cités clans c<' paragraphe existent encore. La Motte (2) se trouve rue du Clnitre-Notre-Dame, et la maison n* il, est l'ancienne maison dos enfants de chœur de iSotr e- Dame.
Dq Moulay, Chev., De lioolay, CtaB. On trouvé Domolay, dans la
l>ectaratiûn de fSSf.
(S) Les iloUcs étaient des défenses qui entouraient les vieux châteaux, uit le pttif MMiTeiit une batte, derrière laquelle s'abritaient les combattaati.
CHRONIQUE DB MAinES
§ 103. Les chaires du chœur de Notre-Dame faites. — L'an 1340, les chaires du chœur de l'église Notre-Dame, (lurent faites aux dépens du chapitre et de l'Hôtel-de-Ville, Michel de PorcheviUe étant pour lors maire et prévôt de ladite ville.
Le corps de ville avait une place spéciale dans le chœur de Notre-Dame, à tontes les fôtes et dans toutes les réunions extraordinaires qui se tenaient à Téglise.
§ 104. La Tour de Saint-Madou bfttie. — En Tannée 1343, la tour de Saint-Maclou, fht commencée à bâtir et achevée en 1344, des deniers provenant du halage des bateaux, montant sous le pont de Mante, les dimanches et fêtes. Car en tels Jours, cela était défendu. Ce qui fht permis par la ville, à la charge que les habitants qui aideraient à monter lesdits bateaux, mettraient [dans la boHe] (G.), Targent qu*ils gagneraient, à fiiire bâtir ladite tour.
Lt's manuscrits ne sont pas d'accord sur cette date. Chrestien dit et cela est certain, que quelques mémoires assignent une date bien postérieure à 1343. Le 2* manuscrit Guérin dit 1540, ce qui est aussi trop tard. La tour Saint-Maclou, qui est encore bien conservée, est plutôt de la fin du XV* siècle pour la fondation, et du XYI* pour la partie supérieure. La forme des fenêtres, les profils dos piliers, le dessin des pilastres, les vases qui ornont la balustrade supérieure, les motifs de sculptures et la statuaire, en font un monument de la Renaissance. C'est sans doute à son caractèro ndigioux que la tour Saint- Maclou doit d'avoir consorvi* l'o^ivf dans la pluiiart ûr ses arcs. Kilo a encore ceci de particulier, outn' sa valeur architecturale, (jue, comme tous les monuments de Mantes, elle a une origine municipale.
Cependant d'autres événements plus tragiques se préparaient. L*orage menaçait de toutes parts. L*hostilité entre la France et rAngleterre avait commencé dans les Flandres que le roi anglais soutenait, tandis que le roi de France voulait réduire à Tobéissance, les indomptables communes de Bruges et de Gand. Dans le midi, Philippe VI attaquait les troupes anglaises de la Guyenne. Edouard III arrivait à leur secours avec une flotte nombreuse, lorsque le vent contraire le força à débarquer
PRISE DE MANTES
(Juillet 1346) en Normandie : ce tût une fatalité pour la France, n divisa ses troupes en trois batailles : Baifleor, Cherbourg,
Yalognf>, Carentan et Saint-Lô tombèrent en son pouToir. Caen fut mise à sac, puis Edouard se dirigea sur Rouen ; mais bientôt remontant la Seine, il ravagea toutes les villes assises sur ses bords ;
§ 105. Mante prise par les Anglais. — En l'année 1315 (Î34()/. du r^gne de Philippe dt* Valoi.'S, roi de France, le rui Edouard d'Angleterre prit la ville de Mante, et de là s'en fut en Picardie. Et laquelle ville de Mante, il donna au roi de Navarre après l'avoir saccagée, avec sa décharge de neuf nefs de gens d'armes, qu'il avait amenées avec lui, pour livrer bataille au roi devant Paris.
Mais la ville était au roi de Navarre, et Edouard n'eut pa* besoin d<' 1.1 lui donner. Plus tard seuleim nt, le roi anglais et Cbarli s le Mauvais furent presque toiyours unis contre le roi de Franc*' ou son représentant.
Voici d ailleurs le récit de Froissart (i) : « Point ne tournèrent les Anglais vers Rouen, où il y a un bon chàtel et fort: si ardirent la ville, mais au château ne portèreni^s point de dommage. En après ils ardirent Yernueil et tout le pays d*environ Rouen, et le Pont-de-rArche ; et vinrent jusques à Mante et Meulent, et gâtèrent le pays de là environ ; et passèrent de-lez le chàtel de RoUeboise, mais point ne l'assaillirent; et partout trouvoient-ils sur la rivière de Seine les ponts défaits; et t;int allèrent (ju'jIs vinrent jusques à Poissy. »
Edouard 111 séjourna trois jours a Poissy et s'en alla ensuite jusqu'aux portes de Paris (août 134(3). Puis il entra dans le Beauvoisis qu'il ravagea et peu de temps après eut lieu U célèbre bataille de Crécy. La prise de Calais fut Tacte le plus important de cette fatale campagne (1347).
Bn 1350, Philippe de 'Valois était mort laissant pour veuve Blanche de Navarre fille de Philippe d*Evreux et sœur de Charles le Mauvais. roi Jean, son fils, confirma à celui*ci toutes ses possessions de France. Mantes et Meulan qui en faisaient partie, ne lui furent donc pas données comme il est encore dit ci-après :
(1) Bd. du PanOion mêràtn.
§ 106. Mante donnée en échange au roi de Navarre.
— Par les histoires de France et de isavarre, qui se trouvent conformes, nous voyons qu'en l'an 1351, le roi Jean, fils de Philippe de Valois, fit accord avec le roi Charles de Navarre et lui donna sa fille nommée Jeanne, en mariage. Et en échange des comtés de Hrie et do Cliampagne qui lui appartenaient et que le roi Jean avait unis à sa couronne pour plusieurs raisons, lui donna les comtés de Mante et de MfMilan, avec grande somme d'argent. Lesquelles villes, dès lors, ledit roi de Navarre fît fortifier et y mit une grosse garnison d'Anglais et de Navarrois. Par ce qui en est dessus dit, il fallait que le roi de France ait repris des Anglais et Navarrois, lesdites villes puisciu'il les avait en sa possession (1).
Nous roTenons aux choses locales. Quelques abus s*étaieiit introduits au sein du clergé de Notre-Dame. En 1350, rarche-
v^ique de Sens vint à Mantes, et dans une ordonnance en date du 8 février, il fait mention d'une visite antérieure et d'une
condamnation dont il avait frappé les diacres et sous-diacres, toutes les fois qu'ils manquoraient à leurs fonctions. Il imposa aussi uno aniondo a tous ceux du clfr;j;»'' de Mantos, chaque fois qu'ils se trouveraient dans l é^^lise sans surplis, après que' la cloche aurait souné pour chauler Prinie (2).
§ 107. Donation d'un petit Muid de Sel aux huit Vicaires. — Par un ancien titre de l'église Notre-Dame, il se voit que noble et puissante dame, Jeanne d'Elleville (2), châtelaine du château de Mante, par son testament fait au château dudit Mante, où elle décéda en l'année 1352. donna aux huit vicaires de ladite église, un petit muid de sel par chacun an, à prendre sur les bateaux qui ea seront chargés, passant par ladite ville, soit par bateaux ou par cbairois.
(1) Notre Chroniive tnppoM ëoèA qu'Edouard III avait gardé Ibntea. Nous avons vu qnll u'avait DftU que la dévaster en paseaut
(2) Chrestien.
(3) Commune de Saiat-Martin-des-Champâ, arr. de Mantes.
CHARLES LE MAUVAIS
Cette Jeanne d*BIleTiUe est aans donto la femme d*un gou-
rerncur du château. Cettp quantité de sel donnée aux huit vicaires était levée par le chapitre et distribuée à tous les gens de réalise. Ce droit ayant amené quelqii' s abus, le gn H' tier de Mantes, on lOtX), tit un procès au chapitre qui en fut déchu (1).
Revenons au roi de Navarre. Il avait alors à pt^ ino vin^zt ans, et ce jf une homme qu on avait d'abord trait»' comme un eniant, allait se révéler comme une espèce de monstre incapable de reenler devant ime lâcheté on nn crime. Jean, nous rayons vn, loi avait donné sa fille Jeanne, mais au lieu de remplir Ini-méme fidèlement les promesses du contrat, il avait tout (Ut pour les éloder. Le roi de Navarre pouvait nuire et rien ne fUt fait pour Ten empêcher. Du reste, son caractère jaloux et envieux s'exaspérait de tout ce qui se paf?sait autour de lui.
Charles de Laccrda ou d'Kspagne, connétable do France et favori du roi .Toan fut le premi<'r objet de sa haine. Ayant eu avec lui quelques discussions assez vives, il le fit assassiner à Laigle, le ô janvier 1353. Le roi Jean ne le lui pardonna pas.
Pea rassuré snr les suites de son crime, Cbarles le Mauvais se retira à Mantes. De là il envoya son chancelier et son (kmilier, Friquet de Friquant, gouverneur de Caen, an duc de Lancastre. parent du roi d'Angleterre. Celui-ci, comprenant le parti qu'il pouvait tirer de la position dans laquelle le roi de Navarre s'était rais, lui avait déjà fait d<x ouvertures pour se liguer avec lui contre le roi .Jean. Le chancelier et Friquet, après avoir vu le duc de Lancastre près de Hrufjes, revinrent à Mantes rendre compte de leui' mission. Ils y trouvèrent lu roi de Navarre entouré de ses partisans, les comtes do Montfort et de Namnr, et da sire de Meulan (2).
Le roi de Navarre se prépara à la gnerre en fortifiant ses TiUes et ses chAteaux. Les remparts de Mantes, comme le dit CShrestien, ftirent peut-être complétés du côté du midi, tandis que le château et l'enceinte dans laquelle Téglise était enclose, étaient réparés et augmentés. Toutefois ce dernier travail fut surtout l o'uvre de Charles V.
La position militaire du roi de Navarre était n iloutable. Il était aux poi*tes de Paris et maitre de Mantes, de Meulan, de
(1) ChrMtitn.
{I) SaoouM ; MéoMirM sur Chaitos !• Mtimli, Antiract.
Pontoise et de Beaumont.sur-Oiso. De plus, tous les mécontents du royaume étaients prête à s allier à lui . sans compter le roi anglais Edouard III, qui n'attendait qu'une occ asion pour enyaUr la FVMice, Le roi Jean allait assiéger Mant. s et Kvreu., mais U vit le danger et Forage tni conjuré pour cette fois Jeanne dEvreux. veuve de Charles le Bel, et tante du roi de Navarre, et Blanche sa sœur, veuve de Philippe de Valois, intercédèrent auprès de lui. H en résulta un important traité passé à Mantes le 22 férrier 1354 (1). Il avait été négocié par Guy . cardinal de Uou ogne et Pierre, duc de Bourbon, auxquds li-oissart adjoint Kohert le Coq. le fameux évéque de Laon. C étaient plutôt les amis du roi de Navarre que ceux du roi de France, car le traité fut assez désavant a^>eux à celui-ci
Les intérêts du roi de Navarre le retenaient auprès de Paris et son royaume d'outremonts où il avait été assez mal accueilli' l'attirait peu. Les intrigues qu'il entretenait dans le Grand Conseil et la colère du roi Jean le forcèrent à quitter Mantes et Bvroux; il s'enfuit déguisé à Avignon, où il sollicita linterven- Uon du pape, puis il passa en Navarre où il restadeux an^ Pendant ce temps, le roi Jean s'était emparé de toutes ses places fortes de Normandie et probablement de Mantes et de Meulan Dans les premiers jours du mois d août 1355. il débaraua à Chei^ bourg avec 10,000 hommes, et demandai rentrer en grâce -ce qui lui fut accordé après le traité de Valogne. conclu sur'les bases de celui de Mantes (10 septembre). Ses villes lui étaient rendues, mais au;.>aravant il devait se présenter devant le roi et lui parler en public arec toute obcmance, révérence et honll^r,etle supplier de lui pardonner (2).
Charles, résolu à tout, alla trouver le dauphin Charles au VaudreuU et ils vinrent ensemble à Paris, a partir de ce mommt U témoigna àcelui-ci une grande amitié. Son intention était le brouiller avec son père. Il s'insinua dans son esjirit lui j. rsuada que son père le hirïssait et le décida à quitter la France pour aller se réfugier auprès de son parent, rempereur Charles
1) V. Secousse. Loc. cil. p. 113. M. Cassan, d après le pèro SimoHcier, ^F//»/ delà France y 391) dit que ce jouMà. le COliftJ dé M^uTu^^étïl^^^^ pjun^ Le traité de M.nt, < n. .iit pas un «otde cela. Du mte comme S»tî dEvreux, Charles de Navarre était pair, et jemiUe H n'ett queetionde c^mté
(2) Secousse. T. I p. 52 et autv.
CHARLES LE MAUVAIS
rv. On devait aussi s'assurer du roi Jean et renfermer. Le complot fut découvert.
C'était de Mantes que Charles le Mauvais menait toute cette basse intrigue. Tout était convenu ; il avait envoyé de Mantes line trentaine d'hommes d'armes au-devant du Dauphin pour l'amener auprès de lui. Mais l'affaire manqua; Jean pardonna encore une fois à son gendre. En môme temps, il créa son fils doc de Normandie. Le roi Jean n'était pas sans garder quelque . ressentiment à Tauteur de tant de noirceurs, il avait encore bien d'au très mot ifs do colère, mais ceux-là suffisaient pour justifier l'acte auquol il s'était décidé. Le 16 avril 1356, il faisait arrêter à la table du duc de Normandie, au château de Rouen, le roi do Navarre et f[U('l(iut'S-uns de ses complices (.rdinair<'s. Le comte d'Harcourt, le ^irc de (iraville, messire Maubué, etColinct Doublet furent décapités quelques heures après dans le Champ du Pardon. Charles fut emprisonné et toutes ses villes remises dans la main du roi.
Mantes fUt évidemment de ce nombre. Mous en avons la preuve dans r/ntTentolred^/ 543. Le roi Jean adressa des ordres à Mantes, pour faire fortifier la ville, dans des lettres du
4 août 1356 : « Une charte en latin du roy Jean par laquelle
il est mandé aux bailly de Gisors et de Mante, contraindre les habitants de Mante de refaire les repparations nécessaires pour ladicto ville, et en plus grande nécessité de contraindre les habitans des villages d'Arnouville. Jumeauville, Ouervflle, Goussonville, Roinville, Flacot fFlacourt), Rosay, Soindres et autres villai^^es de la chastellenie dudict Mante, sans desroger aux droictz des habitans dudict Mante, et que parce ilzne puissent estre assubgectiz de ce faire. »
Cette charte nous apprend en mémo temps l'étendue do la chatellenie de Mantes. Mais les habitants d*Arnouville, Oousson- ▼ille, Guerville et BoimUHers, se refùsérent à contribuer aux fortifications. Ils ftirent condamnés, par sentence arbitrale, à payer 15 liv. t. au maire de Mantes (1).
La bataille de Poitiers (10 septembre 1356), la captivité du roi Jean qui en fut la conséquence, la régence du dauphin, et les essais de parlement tentés par Etienne Marcel devaient seuls rendre la liberté à Charles le Mauvais et lui permettre de se U?rer à de nouvelles trahisons.
(l) s* O. met M nUtàU data de 1345.
CURONigUE DE MANTES
Après avoir été enfermé dans plusieurs forteresses, il était en dernier lieu à Arleux-sur-Sorome. n Ait délivré par Jean de Picquigny, de concert avec les Btats et Etienne Marcel, le 8 novembre 1357. Le fils du roi Jean allait avoir un nouvel adversaire, plus redoutable que le Privât des Marchands et tous ses amis. Le roi de Navarre vint à Paris, prêcha devant le peuple, etavecTaido d'Etienne Marcel, força le duc de Normandie à lui pardonner. Celui-ci, à la prière des reines Blanche et Jeanne, lui fit exp(^dier, le 12 décembre, des lettres d'accord par lesqiH Ilos, ( litre autres, les châteaux et villes lui appartenant, lui furent rendus.
Quelques jours après, il quitta Paris, et il était à Mantes au commencement de janvier 1358. De là, il partit pour Rouen, où il prêcha encore, et fit dépendre les corps de ses complices, qui étaient exposés depuis trois ans.
Une nouvelle assemblée d*Etats devait avoir lien à Paria, le 18 janvier. Les reines Blanche et Jeanne y étaient restées, pour aider Jean de Picquigny et quelques autres personnes qui travaillaient à un nouvel arrangement entre le duc de Normandie et le roi de Navarre. Celui-ci en attendait Tissue à Mantes. Le 27, il envoya Jean de Picquigny se plaindre au duc de Normandie, d«; l'inexécution du dernier traité, il demandait la remise (le SOS forteresses, de 40,000 florins et des joyaux qui lui avaient été pris.
Après le meurti e des maréchaux de Champagne et do Normandie, au mois de (Vvrier, il était à Paris; cVst alors que fut signé un accord dont la teneur n'est pas connue. Il revint à Mantes le 13 mars, la veille même du jour où le dauphin se déclarait régent du royaume.
§ lOS. Résidence du Roi de Navarre à Mante. —
Le roi de Navarre résidait ordiiiaireinent ù Mante et c'est où il fut parlé d'accomodenicnt d'entre lui elle duc do Normandie, le 18 mai 1.358, et fut dit qu'ils se rendraient à Pontoise(l). Le duc de Normandie fut déclaré, le 13 mars audit an, récent du royaume, car auparavant, il ne s'était nommé que le lieutenant, depuis la prison de son père.
\}) V. SeeoniM, T. II. p. 037. Les «ntrevoet de Ponloise «iireiit Um «u
CHARLES LE MAUVAIS
Les seules entrevues du roi de Navarre et du Rc^gent, au mois de niai 1358, eurent lieu, non à Mantes, mais à Clermont-en- Beauvoisis. Il se joignit ensuite au comte de Saint-Paul et concourut avec lui, aux premières défaites de la Jacquerie. Puis il passa tout le mois de juin à Paris avec Etienne Marcel, qu*il feignit d*abord de soutenir pour mieux le trahir ensuite.
A la fin de Juillet, ne comptant plus sur le succès de Marcel, • il sortit furtivement de Paris, guerroya avec ses gens dans les environs et s'unit enfin au régent pour vaincre la résistance des Parisiens. Le jour même où l'on pendait et décapitait ses anciens amis, il signait un traité avec les Anglais où lui et son frt>re Philippe de Navarre d(''claraipnt la guerre au régent. Il revint encore à Mantes où son frère établit, ainsi qu'à Meulan, une sorte de quartier-général pour ses garnisons : « Et messire Philippe de Navarre se trait à Mante et à Meulan sur la rivière de Seine ; et en firent leurs garnisons, il et ses gens ; et tous les jours leur croissoient gens et venoient de tous c6t6s, qui désiroient à profiter et à gagner (1). »
Paris, en ce moment, était au régent, mais il n'en pouvait sortir sans mettre le pied sur tme terre ennemie ou tout an moins suspecte. Le cours de la Seine était tenu par Charles de Navarre ou par ses alliés. « A cause des paz et destroiz que le roy de Navarre avoit sur 8egme par amont Paris, le pont de Melon qui estoit à la royne Blance qui tenoit le parti de ses frères (Charles et Philippe) et au dossoubs do Paris, le pont de Meullentet le pont de Mante, pour quo}' par la rivière de Seyne rien ne povoit monter ne avaler, pour venir à Paris, dont Paris estoit moult grevé (2). »
Le régent alla assiéger Melun ; là se révéla la bravoure de du Ouesclin. La ville ne fut pas prise, mais on conclut un nouveau traité qui la mit au pouvoir du régent. Les négociations se firent par correspondance; le régent étant à Melun et son adversaire, tantôt à Mantes et tantôt à Meulan. Friquet de Friquant se rendit à Paris; il tat reçu parle Prévôt des Marchands, Jean Culdoé. Après plusieurs conférences, il revint A Bfantes et c'est alors que l'on convint que les deux princes se rencontreraient à Pontoise (août 1359). Mant(^s et Meulan restaient encore une fois au roi de Navarre. « Parmi l'ordenance de celle
0) V. tnr' tonte cette époque, Froissart, Rymer, La Chroni^uê normande du xrv» s., et surtout Secousse.
Chron.,de* quatre prem. VaM»,
CHRONIQUE DE MANTBS
paU, dit Froissant, dcmorèrent au roi Charlon de Navarre, pln-
seurs villes et chastiaus en Normcndie qui estoient on débat, et par expècial Mante et MetUent, qu'il n'euist rendu pour
nulle auti-e garnison. »
Après divers séjours à Mantes, de Charles et de son frère, ils y étaient encore sur la fin de l'année. Ils y reçurent la visite du célèbre Jean de Grailly, si connu sous le nom du Captalde Buch. C'était un autre ennemi du Régent, mais au moins un ennemi loyal, sur la parole duquel ou pouvait compter. Il avait obtenu un sauf-conduit, pour venir do Cherbourg jusqu'à Mantes, auprès de ses cousins. Enfin ajant encore machiné quelque conspiration (1), Charles quitta brosquement Paris où il était allé, revint dans son observatoire de « Mantes sus Sainne et deffia, dit Froissart, 1p dit duch de Normendie et ses frères : de quoi tous li royaumes de France fut moult esmervellies à quel title ceste ^erre estoit renouvelée, j»
Froissart fait tomber à cette époque le château de Rolleboise entre les mains de WauterStrael; mais H. Siméon Luce préférant le récit plus exact de la' Chronique des qucUre premiers VcUoie, reporte cet événement à la fin de 1363 (2).
Le roi Jean fut remis en liberté le 25 octobre 1360; la Teille, par les soins de Philippe de Navarre et d*£douard III, une nouvelle paix fut conclue entre le duc Charles et le roi de Navarre. Le régent lui envoya des otages à Mantes. Mais, voulant faire I)reuve de confiance, il les ramena avec lui à Saint-Denis, où eut lieu Sun entrevue avec le roiJean et le dauphin. Le roi de Navarre fut remis en possession de toutes ses forteresses de Normandie.
Pendant trois ans, Charles le Mauvais se tint cependant tranquille : il les passa dans !son royaume de Navarre. Il soutenait bien les chefs de Compagnies et les troupes anglaises qui bataillaient en Normaridie, mais il ne se mêlait pas ouvertement à leurs brigandages. L>u reste, le roi Jean était rentré ea France ; il sut lui en imposer, fit la paix avec Philippe de Navarre, et la ville de Mantes profitant de cette accalmie, j ouit d*une tranquillité relative Jusqu'à la fin d« Tannée 1363.
(1) Avec Martin Pisdoé, l'ami d'Etienne AfÉreèl.
(2) Simooa Luce, Histoire de Du GuetcUn*