DÉLIVRANCE DE MANTES
«▼ait baissé» on plutôt l'Angleterre était épuisée à son tour; les
hommes et l'argent lui manquaient.
La Normandie était envahie partout à la fois par Tarméo de Charles VII ; Verneuil (Hait pris malgré les secours de Talbot. Mantes allait bientôt aussi revoir une garnison française. Les bourgeois s'agitaient et appelaient les Fran(;ais de tous leurs vœux. Dès le mois d'avril l i49, la ville inquiète regardait du côté des libérateurs; Jean de Tilly, écu}er, grènetier de Mantes, était allé en informer le gouverneur de Vemon; ses nou* ▼elles étaient inquiétantes. Il avait requis un chenal, et c'est par Tordre de paiement donné au bailli de Gisors, que nous apprenons l'état où se trouvaient les esprits (1).
Enfin, l'heure avait sonné. Pont-Audemer avait été pris d'assaut; Lisioux s'était soumis ; Dunois se dirigea alors sur le Vexin. « Et d'ilec se tirèrent iceulx seigneurs et leur coinpaipnie, devant ManttMjui assez brief se rendit; puis allèrent à Vernon qui pareillement se rendit dans briefs jours ensievans (2). »Le récit de la prise de Mantes, toi qu'il est raconté ici, doit être tiré d'un de ces minutieux procès-verbaux que rédi> geaient si bien les anciens greffiers de rHôtel-de-Ville. Il est d'une grande précision historique, et nous n'avons rien à y lOouter.
Ml. Révolte des Mantais contre la garnison anglaise et la ville prise par les Français. — En 1449, les
Anglais qui ét:iicnt en ^,'-arnison à Manie allaient courir sur les ciiomins, entre Paris, Orléans et Chartres, en habits dissimulés et epouvantablf^s. de sorte qu'on ne pouvait les eounaître. Et pillaient maisons (le ixentilshoMimes, les tuaient, volaient ettuaient marcliands ettai.saieni tous les maux dont ils se jiouvaient aviser. .\ cause de quoi, le roi Charles sept et son conseil, conclut (jue les Anglais avaient rompu les trêves et leur déclara guerre ouverte (3). De l'ait, le 2ti août,
1 Cfiron. (!>' \fii!f>i'-<( ri'Esrouchy. Louis de M.'ivdith ot.nit maiv liai Manies, en 1144, d après cotto chronique. Jehan Uarnoii en était aussi bailli, «1445.
(2) Mathieu (l'Kscoiicliy, Cfiri»iirjur.
(3j • Considérant encore que, maigre les tresves, les Asglois de Mante, ▼eramU «t Laigny alloient sur !• eh«min d'Oriéans «t de Parla desrober «t
OOpper les por^^cs aulx bonnes gf!i-< quu ciux qui faisoiont cela so fai-
floiant appeler lea frais visaigcs ut se vestoient et déguiâoieot d habits dis- Mbits «t Mpogyatablea, etc. » Mimaém de Jtuquei du Clercq.
audit an 1449, le roi de France partit de Chartres et vint coucher à Chateauneuf-en-Timerais, d'où il envoya sommer la ville de Mante par un de ses hérauts, de se rendre et qui était f-s/rj en la possession des Anglais contre son gré. Et pendant que ledit héraut était allé la sommer, le comte de Dunois, les comtes d'Eu et de Saint-Pol, et ceux de leur compagnie qui étaient cinq à six mille combattants, arrivèrent ce même jour devant la ville de Mante pour sommer les gens de guerre, manants et habitants d'icelle, de la rendre et restituer au roi de France, ce que les habitants auraient bien voulu faire. Mais la peur des Anglais qui étaient en dedans de la ville jusqu'au nombre de deux cent-soixante hommes de guerre [les arrêta.] Et était capitaine M' Thomas Hoa (1), chevalier et chancelier des Anglais en leur parti, qui n'était pas en la ville ; mais son lieutenant, nommé Thomas de Sainte-Barbe, lequel était bailli d'icelle, voulait à toute fin défendre la ville contre l'armée du roi de France. Et les habitants, voyant la perte et la ruine de leur ville, après la sommation à eux faite, firent dire au bailli que s'il n'appointait et ne prenait composition avec le roi, qu'ils la prendraient eux-mêmes. Mais le bailli voulant tenir fort dans la ville, et les habitants se sentant les plus forts et pour mieux réussir, ils gagnèrent la tour [Saint-Martin] et la Portc-aux- Saints, avec un quartier de la ville haute. Après quoi, ils envoyèrent vers le roi, vers les quatre heures après raidi, qui leur envoya un héraut accompagné de cinquante hommes d'armes qui entrèrent en la ville, et furent reçus parles habitants et mis sur ladite porte et sur la tour, pour les défendre contre lesdits Anglais. Et le roi s'étant approché de la Porte-aux-Saints avec les seigneurs du camp, les habitants députèrent vers le roi les plus notables d'entre eux, qui firent tant, qu'il y eut l'accord qui suit :
Premièrement, fut dit que les gens de guerre qui étaient au nombre de huit-vingts chevaux et plusieurs de pied et toutes autres personnes que ce soit, pourront s'en aller librement hors de la ville de Mante, sauf qu'il ne sera permis
(1) Thomas do Hoo.
DÉUVRANCE DE MANTES
tao
«HZ soldats d'approcher d'une lieue d'aucun lieu où soit le camp royal ou autre troupe française tenant le si^ devant quelque place que ce soit.
Que 09m qui s*en iront pourront faire emporter arec eux leurs biens meubles, par eau ou par terre, quelque part ((u'fls voudront, par une ou plusieurs fols, pendant le temps de la sûreté ci-dessous limitée, savoir: huit jours pour vider du lieu, et quinze Jours pour faire transporter leurs meubles; étant lesdites sûretés gardées, tant aux soldats et citoyens sortant, qu'à ceux qu'ils députeront pour emporter leurs bardes, qu'ils pourront vendre si bon leur semble, durant le terme susdit, en la place de ville, et emporter les prix sans aucun empêchement.
Est accordé, aux nobles, bourgeois et ecclésiastiques de ladite ville, qu'ils jouiront de ce qui leur appartient et demeureront en leurs états, offices, bénéfices, terres et possessions, par quelque droit que ce soit, sauf s'ils les avaient obtenus par confiscation de ceux que l\>n aurait chassé pour la querelle du roi de France, ou pour avoir suivi son . parti.
La roi a donné abolition et pardon de tons crimes, à tous les bourgeois et habitants de Hante, et de tout ce qu'ils ont fait etpourpensé ci-devant, contre Sa Majesté ; desquels, s'il y a aucuns qui veulent retourner pour jouir de cette ^^râce, étant absents, ils le pourront faire dans le [jusqu'au] Zi septembre prochain, sans qu'il leur soit besoin de prendre aucune assurance ni sauf-conduit que ces présentes ou copies d'icelles, rentrant dans leurs biens, meubles et inmieubles aussi bien que tes autres.
Parmi les meubles, ne seront compris les bâtons de guerre, comme artillerie et toute autre machine à trait, sauf ce que le soldat est accoutumé de porter.
Bat aocordé aux bourgeois, manants et habitants de ladite ville, qu'Us sont maintenus en leurs anciens droits, frandiisjBS, privilèges et immunités, ainsi qu'ils étaient devant que Henri dernier décédé (1), descendit en France.
(i; Henri V, roi d^AngltCarre, mont «a WL
Tout ceci, ayant été ainsi accordé entre les parties, fut arrêté que le roi ferait apposer son scel pour que le tout fut plus authentique.
Donné à Saint-Ladre-lès-Mante, le 26 août 1449. Signé Charles (1), Louis (2), Jean (3), Pierre de Bressay (4), Culant (5), et Guillaume Coussinet (6). Et peu après, le roi y fit son entrée, après que les Anglais en furent sortis, qui y étaient au nombre de huit vingts chevaux harnois, saufs. Il demeura en icelle ville, capitaine et gouverneur, le S' de Culant, maréchal de France. Ainsi furent chassés les Anglais de ladite ville, qui y avaient été l'espace de 32 ans (7).
Les pièces de cetto capitulation étaient conservées autrefois à l'Hôtel-de-Ville, mais elles sont perdues. Vinventaire de 1543 en fait montion sans donner aucun détail. Le traité conclu avec Danois, était scellé do six sceaux et l'acte de serment de fidélité prêté au roy, y était joint.
Les lettres de rémission et d'abolition données par Charles VU, sont datées de Chartres, et d'août 1449, sans indication de jour.
On trouve dans les pièces justificatives de la Chronique de Mathieu d'Escouchy, quelques renseignements intéressants sur Thomas de Hoo, le dernier Anglais qui commanda à Mantes. Activement mêlé aux dernières défaites de l'armée anglaise, il était commissaire de Henri VI lors de la reddition de Rouen, au mois d'octobre suivant. 11 parait qu'il se fixa en Fr.mce et embrassa le parti de Charles VII, qui lui donna la seigneurie de Brouillard, près les Vaux-de-Cernay (8).
(1) Charles d'Artois, comte d'Eu.
(2) Louis de Luxembourg, comte do Saint-Pol.
(3) Jean, comte de Dunois, bâtard d'Orléans.
(4) Pierre de Bréz^, sénéchal de Poitou, puis capitaine de Rouen et sénéchal de Normandie.
(5) Philippe de Culant, seigneur da Jalognes.
(6) Il faut lire Cousinot. C'est Ouillaunie Couâinot le Chancelier, seigneur de Montreuil, près Vincenne, l'auteur de la Chronique de la Pucellc. V. l éd. de M. Vallot do Viriville et sa dissertation.
(7) 30 ans et 6 mois environ.
(8) Réaux, Histoire de MeuUxn.