CHARLES IX A MANTES
§ 177. Le Comté de Mante donné à la Reine-Mère. —
Le deux juillet 1559, mourut Henri second, roi de France, d'un coup de lance qu'il avait reçu du comte de Montgommery. Après la mort du roi, le comté de Mante et Meulan fut donné à la Reine-Mère, par usufruit seulement.
On verra plus loin que Hercule son fils, plus connu sous le nom de François d'Alençon, fut pourvu du titre et des prérogatives de ce comté.
Après la mort de François de Guise, \a.Paix d'Amboise avait été signée et publiée sous forme d'ôdit (19 mars 1563). Catholiques et protestants s'étaient refusés à l'observer. L'autorité de Catherine de Médicis avait été compromise et, pour frapper un grand coup, elle avait fait assiéger le Havre occupé par les .Anglais. Contre toute attente, la ville se rendit au bout de quelques jours. Sur les conseils du chancelier de l'Hospital. la Reine-Mère et son fils s'arrêtèrent à Rouen, et dans un lit de justice tenu le 17 août, Charles IX âgé de quatorze ans et deux mois fut déclaré majeur. Dans le petit discours qu'on lui fit réciter, il rappela Tédit de paix, dit qu'il ne voulait pas qu'on y contreviut, souspcitie d'être chàiié comme rebelle. Puis il présenta un autre édit confirmant celui dWmboise. Cela ne faisait pas l'atTaire du Parlement de Paris. Il refusa de publier l'édit de Rouen et comme Charles IX était allé de Rouen à Mantes, avec sa mère et son conseil, le Parlement députa vers lui pour lui faire soumettre ses obs»'rvations. « En ce moys icy (septembre) l'ordonnance faite à Rouen, fust envolée par la Majesté du Roy à la court du Parlement de Paris, par le sieur de Lanssac, chevalier de son ordre et conseiller en son conseil privé, avec lettres par lesquelles leur estoit mandé icelles faire publier; résolurent faire sur ce aucunes remonstrances audit seigneur; et pourcet elTect députèrent et vindrent devers lui en sa ville de Mantes, Messire Chri>tofle de Thou (1), chevalier, premier président, M'" Nicole Prévost, président aux Enquestes et Guillaume Viole, conseiller de ladicte court (2). » Ils firent une longue remontrance au roi qui les écouta bénignement et leur répondit non moins longuement, qu'il s'était déclaré majeur quand il l'avait cru utile à ses intérêts ; qu'il entendait que ses
(1) Père de riiistorien.
(2) ilém. de Coude. Co'.Iect. Michaud.
sujets vécussent en bonne intelligence ; que du reste il n'avidt nullement rintention de permettre la libre pratiqua de la rellgionnonTelle; et enfin, somma les députés d'enregistrer ses lettres.
Ce fut à la suite de cette scène que Charles IX se rendit à Moulîin. où on eut lion uno autre, lugubre ot quoique peu th*^àtrale : toute la famille de Guise, en grand deuil, venant se jettT aux pieds du roi et lui demandant vengeance du meurtre du grand dne de Guise. M. Réanx Ta merreillensement raeoniée dans son HMoire âe Meulan.
Mantes échappa à peu près à l'action de la Réforme, mais Limay eut un temple, établi rue du Prêche vers 1560 (1). Une tradition, dont les prouves sont mal établies, mais accueillie par MM. Cassan, Moutiers et Réaux, veut que Calvin lui-niAine soit venu catéchiser la rive droite de la Seine. M. Réaux dit que le célèbre réformateur, réfùgié chez le seigneur d'Hazeville, avait fait des prosélytes dans toute la contrée. Ce serait même à Enfer, près Wy-Joli-Yillage, qu'il aurait composé son livre de Vlnstifidion Chrétienne. Le très long article consacré par Bayle à Calvin no renferme rien de semblable ; Y hmtitutifm Chrclirnne fut publiée pour la première fois à Bûie, en 153(5(2). Les périgrinations que lui imposèrent les persécations auxquelles il eut à échapper, ne semblent pas Tavoir Jamais amené aux environs de Mantes. Ces notes biographiques de Bayle, tontes empruntées à Théodore de Bèzc, laissent planer quelque doute sur la véracité de ce séjour de Calvin dans notre contrée (3j. Dans tous les cas, il n'a pu y habiter qu avant 1535, et on comprend difficilement que le prêche de Limay n'ait été établi que vingt-cinq ans après ses prédications.
Quoi qu'il en soit, Mantes resta très fermement attachée à la religion catholique et ne Joua, sous ce rapport» aucun rôle actif dans les sanglants événements qui marquèrent d'une empreinte si sombre, lus règnes de Charles IX et de Henri III. En 154>8 même, pendant que les protestants levaient encore une fois les
(1) «( Le prêche de Limay Alt établi, où il m trouva une trentaine defamUlM infestées d'hérésie. » Chr.
(8) Iforeri dit que ce fut à Claiz ^Charente), chez le chanoine liouis da Till«l, qu'il compoaala plu* grande partie de ce livre célèbre et qu'il l'acheva fc Bftle.
(3; « Eiïaoez, dit Baylc, du catdogue de ces voiaget tons ceux dont Théodore de Bèzo ne parle point •