‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 1 sur 117 · UTILISÉS POUR RECONSTITUER LA CHRONIQUE DE NANTES · texte numérisé non relu

UTILISÉS POUR RECONSTITUER LA CHRONIQUE DE NANTES

La Chronique de Nantes, source presque unique de nos informations sur l'histoire de Bretagne au xc siècle, n'a été éditée qu'une seule fois, en 1707, par dom Lobineau1, et encore cette édition n'est-elle que fragmentaire. Il peut paraître étonnant que l'on n'ait pas depuis lors publié intégralement cette chronique ; mais cela s'explique par ce qu'on ne possède plus le manuscrit original où elle était transcrite, et qu'on n'en a point de copie complète. De nos jours, les érudits bretons semblent avoir espéré retrouver ce manuscrit, qui, au siècle dernier, avait échappé aux investigations des Bénédictins, et c'est, je crois, dans l'attente de cette trouvaille, qu'on a négligé de rééditer un texte, dont on s'accorde à reconnaître l'importance. Mais, après les recherches faites de tous côtés, il y a lieu de penser qu'on ne découvrira peut-être jamais ce manuscrit, perdu depuis plusieurs

1. Histoire de Bretagne, t. II, col. 35-49. L'édition de dom Lobineau a été entièrement reproduite par dom Morice, en 1742, dans le tome Ier des Preuves de l'Histoire de Bretagne (col. 135-149), et partiellement par dom Bouquet, en 1749 et 1752, dans les tomes YII et VIII du Recueil des Historiens des Gaules et de la France (p. 217-221 et 275-278).

mu INTRODUCTION

siècles: c'est pourquoi je n'ai pas jugé inopportun de tentera nouveau une œuvre de restitution que Ton a jusqu'à présent hésité à entreprendre.

Dom Lobineau a placé en tête de son édition le titre suivant : Chronicon Namnetense, restitution, auxilio frag mentor uni ejusdem, a Petro Le Baud laudatorum, quae in Chronico Briocensi reperta sunl ; et veteris collectionis manuscriptae, quae in ecclesia Namnetensi asservatur. Pour établir le texte de la Chronique de Nantes, dom Lobineau a donc fait usage de trois compilations diverses, où se rencontraient des fragments plus ou moins importants de l'œuvre qu'il se proposait de reconstituer. Ces compilations sont: 1° Y Histoire de Bretagne de Pierre Le Baud1 ; 2° la Chronique de Sa int-Brieuc ; 3° un Recueil manuscrit [Vêtus collectio manuscripta), alors conservé dans les archives de l'église de Nantes, et sur lequel dom Lobineau ne nous a laissé aucun renseignement précis 2.

De ces ouvrages les deux premiers sont actuellement connus ; quant au troisième, il n'existe plus aujourd'hui, et c'est la disparition de ce Recueil manuscrit, qui donne une certaine valeur à l'édition de dom Lobineau. Il est évident, en elfet, que les variantes, qui ne se retrouvent ni dans Y Histoire de Bretagne de Pierre Le Baud, ni dans la Chronique de Saint-Brieuc, proviennent du Recueil manuscrit de Vèglise de Nantes. Je les ai toutes relevées avec soin et les ai publiées en les accompagnant de la lettre 2), qui est celle dont je me suis servi pour désigner l'édition de dom Lobineau tout entière: j'ajouterai que ces variantes ont en général peu d'importance.

Dom Lobineau, à ce qu'il semble, aurait pu tirer meilleur parti des sources dont il disposait. S'il est excusable de n'avoir pas utilisé plusieurs manuscrits, qui n'avaient point encore été

1. Cette Histoire avait été publiée en 1638, à Paris, par d Hozier en un volume in-folio. C'est de cette édition que dom Lobineau fit usage : mais, comme on le verra par la suite, il existe une autre Histoire de Bretagne inédite du même P. Le Baud, que dom Lobineau n'a pas utilisée et dont il importe de se servir pour reconstituer le texte de la Chronique de Nantes.

2. D'après les différents récits extraits par dom Lobineau de ce Recueil, on voit que cette compilation assez confuse avait été formée, au xve siècle probablement, par un chanoine de Nantes, et qu'elle offrait une grande analogie avec un autre recueil manuscrit, appartenant aujourd'hui à M. A. de la Borderieet dont il sera question plus loin,

ÉDITIONS ET MANUSCRITS ix

signalés de son temps, il lui eût été possible, en comparant plus attentivement l'une à l'autre YHistoire de P. Le Baud et la Chronique de Saint-Brieuc, d'améliorer son œuvre et de la compléter. Pour faire voir combien son édition est insuffisante, je dirai que, sur les cinquante-deux chapitres dont je publie le texte, vingt y font totalement défaut1, six manquent pour la plus grande partie ou sont résumés en quelques mots2, trois sont conçus en termes différents3. Quant aux vingt-trois autres chapitres, on y remarque encore çà et là de graves omissions4. Mieux qu'aucune autre considération, ce simple exposé montre qu'il n'était pas inutile de rééditer la Chronique de Nantes.

Jusqu'à la fin du xve siècle, les chanoines de la cathédrale de Nantes conservèrent dans leurs archives le manuscrit, peut être autographe, du chroniqueur nantais. Un procès-verbal, daté du 14 mars 1494, prouve qu'à cette date ce manuscrit était enfermé sous clefs dans le Trésor des lettres de ladite église. Ce curieux procès-verbal mérite d'être reproduit ici en partie3:

A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront Jehan Le Clerc et Jehan Chevalier, notaires en la court de Nantes, salut en Nostre Seigneur. Sçavoir faisons que, le vingt-neuviesme de décembre derroin passé, le roy, nostre souverain seigneur, lors estant en la librairie de l'église cathédrale de Nantes, et avecques luy, entre autres, Messieurs l'évêque de Sainct-Mallo et le président de Ganat, nous commanda, comminst et députa pour prendre et recepvoir, des arches et escrins de ladite église, certaines lettres et chartres anciennes, qui nous seroint demonstrées et communiquées par les chanoines et supposlz d'icelle, et dont il avoit baillé la déclaration à maistre Charles

1. Ce sont les chapitres i, n, ix, xv, xvr, xvn, xvnr, xix, xx, xxxiii, xxxv, xliii, xliv, xlv, xLvu, xLvin, et les chapitres i, n, ni et iv des M ira eu la.

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