‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 107 sur 117 · Voir plus haut, ch. XLI · texte numérisé non relu

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[c. xliv, an. 990-992]

ces retranschées par le mylieu, ainsi appareillèrent se deffendre. Et Fulco d'antre part quand il eut tonz les siens appareillez et très sagement ordonnez à faire bataille, il se fist présenter Judicael , l'enfant du comte Hoel1, et recorda à touz, espiciallement aux Nantais qui là estoient de sa part, que a lui plus justement et plus droiturièrement appartenoit la cité de Nantes que à nul autre quelconque ; puixprint de sa main la bannière portant le signe de ses armes et la comist et bailla à Haymon le vicomte, oncle de cestui Judicael, affin qu'il la portast

à la bataille pour faire la vengeance de la mort de ses frères et acquérir le droit de son neveu. Et ces choses ainsi faittes, chevaucha Fulco fiablement au lieu devant dit pour venir à ceste bataille, et, entrant en la lande, environna des siens le fossé que les Bretons y avoient fait et les ditz Bretons vigoreusement assaillit. Mais il ne les trouva pas sans résistance. Car de première vue ilz se deffendirent par tel har-

NAMNETENSE 13!

finalement au lieu dessusdict , et, entrant en la lande, environna la fosse que les Bretons luy avoient faite, lesquels il assaillit par grand impétuosité et les desconfist et chassa. Si cheut le comte Conan occis. Aussi y mourut de la part de Foulques le vicomte Hamon qui portoit l'enseigne; et ledit Foulques mesmes et le vicomte de Thouars y furent navrez. [Ainsi rapporte le dessusdit acteur des Chronicques de l'église de Nantes la manière de celle bataille.] {E, p. 141).

1. Judicael était alors âgé de douze ans au moins, car son père Hoël, mort en 981, avait eu un second fils nommé Hoël (voirchap. précédent, ad fine ni). D'autre part, Juclicaël n'avait pas encore quinze ans, âge de majorité pour les princes bretons (voir plus haut, ch. XXXVII, où il est rapporté que Drogon, fils d'Alain Barbetorte, fut confié au comte d'Angers, jusqu'à ce qu'il eût atteint quinze ans, c'est-à-dire sa majorité). Judicael, en effet, après le combat de Conquereuil, fut pendant un an ou deux placé sous la tutelle du vicomte de Thouars, Haimeri, qui prit alors le titre de comte de Nantes. En 994, Haimeri ne porte plus dans les chartes que le simple titre de vicomte de Thouars. Il en résulte qu'à cette date Judicaël était devenu majeur. Ce prince naquit donc au plus tôt en 978 et au plus tard en 980.

132 CHRONICON [c. Xlv, an. 992-995 circa]

dément qu'ilz emplirent leurs fossez de leurs ennemis mors et navrez, et illecques Haymon le vicomte, oncle Judicael, qui portoit l'enseigne client mort avecques mains autres de la partie Fulco. Mais Conan, le prince des Bretons, homme bouillant, chault et peu amodéré par trop se aventurer aux dangiers de ses adversaires, fut illec navré et occis. Après la mort duquel perdirent les Bretons toute espérance de vittoire, et tristes et dollens se mirent à fuir, et le comte Fulco, avecques ses gens qui de la bataille estoient eschappez, s'en retourna à petit de triumphe, car lui, le vicomte de Thouars 1 et presque touz leurs gens avoient esté griefvement navrez en celle bataille2 [F, f° 137 r° et v°).

Après que Geffroy, [fils de Conan, comte de Rennes], fut par les Bretons receu duc de Bretagne 3, il assembla son exercite pour venger la mort de son père et pour acquérir le droict de la cité et du ter- XL Y. EF.

Geffroy, [fils de Conan, comte de Rennes et duc de Bretagne], se voieant servi et amé des Bretons en soustenant la querelle de Conan, son père, à l'encontre de Judicael, compte de Nantes,

1. Haimeri III, vicomte de Thouars de 987 à 997. Cf. Imbert, Notice sur lès vicomtes de Tliouars, Niort, 1867, in-8, p. 12-14.

2. La date exacte du combat de Conquereuil (27 juin 992) est donnée par le Chronicon britannicum : Anno DCCCC LXXXXJ I ', secundum hélium Britannorum et Andegavorum in Concruz, ubi occisus est Conanus, Britanniae consul, V kalendas julii (dom Lobineau, Ilist. de Bretagne, II, 32. — Cf. Chronique du Mont- Saint- Michel , Labbe, Nova bibliotheca mss., I, 350). — Tout ce récit est en concordance absolue avec celui de Ricber, contemporain de l'événement (liv. IV, cb. 83-86). Les deux narrations se complètent et se confirment mutuellement On a ici une preuve que le chroniqueur de Nantes a emprunté son récit à une source d'origine contemporaine et entièrement digne de foi,

3. Geofïroi-Bérenger, comte de Rennes de 992 à 1008, duc de Bretagne vers 995.

[c. xlv, an. 992-995 circa] NAMN

ritoire de Nantes, lequel exercite il mena assaillir Juclichael, le fils du comte Hoel, qui, après la bataille de Conqueruz, par l'aide du dessusdit Foulques et du vicomte de Thouars, avoit conquis ladite cité de Nantes sur les chevaliers que Conan avoit députez à la garder, lesquels, certifiez de sa mort, l'avoient rendue audit Judichael, qui s'en appelloit1 comte. [Et dit l'acteur du livre des miracles et chronicques de l'église de Nantes que] Geffroy de Rennes, faisant batailles contre Judichael, comte de Nantes, avecques grand exercite de Bretons, dégasta tout ledit territoire nantois. Finalement contraignit celuy duc Geffroy par sa force ledit Judichael se rendre à sa mercy, auquel toutesfois il laissa posséder la cité de Nantes et toute la comté, parce qu'il promist la tenir de luy et luy

entreprint de grant corage la guerre à l'encontre de lui et de Fulco, comte de Angiers, avecques touz ses autres complices et alliez, et faisans batailles à l'encontre dudit comte Judicael pour venger la mort de son père Conan avec grant exercite de Bretons, gasta toute la comté de Nantes. Tant contreigny le duc Geffroy celui comte Judicael de Nantes par puissance d'armes et par batailles souvent faittes et recommencées que Fulco, le comte de Angiers, ne les autres tenans la secte dudit Judicael ne le peurent préserver ne deffendre qu'il ne lui conveneist cheoir et venir en la miséricorde du duc Geffroy.

Car il vint à luy à mercy, lui dépriant qu'il lui laissast sans contens possider le comté de Nantes et il le tendroit de lui, et lui en feroit obéissance.

Si lui pardonna Geffroy son

1. Sur la reddition du château de Nantes à Foulques d'Angers, cf. Richer, IV, 86. Foulques confia la tutelle du jeune Judicaël au vicomte de Thouars, Haimeri, qui, dans une charte de F abbaye de Bourgueil de 993 environ, s'intitule cornes Namneticae civitatis (dom Lobineau, Hist. de Bretagne, II, 97. — Voir aussi Marchegay et Mabille, Chroniques des églises d'Anjou, p. 259 et 262). Au mois d'août 994, Haimeri n'est plus désigné que comme vicomte de Thouars (cf. Marchegay, Archives d'Anjou, I, 246). Il avait donc dès lors abandonné 1 administration du comté de Nantes à Judicael devenu majeur.

134 C1IR0NIC0N [c. xlvi, an. 1004-1010 circa]

en faire obéissance 1 [E9 maltalant et par le conseil de p. 143). ses barons lui ottria sa de-

mande par la condition dessus clitte, c'est assavoir qu'il le tendroit de lui et lui en feroit obéissance avec recognoessance. Et ce fait furent pacifiiez Geffroy et Judicael, et par ainsi demoura par aucuns temps Bretaigne sans guerre [F, f° 137 v° et 138 r°).

C o m e s ver o Ju die a el% quu m ad curiam comitis Gosfridi Redonensis pergeret, in via nefanda proditione interemptus est, et Herveus, episcopus Namnetensis, apud castrum Blesii vitam finivit2. Urbs

XLYI. C D E. — a) Judichaelus C.

Ainsi qu'une fois [ledit Judichael] alloit à la court [de Geffroy, selon les chronicques de l'église de Nantes,] il fut occis en la voye par très détestable trahison. Et en ce mesme temps mourut

1. C'est pour obtenir l'hommage du comte de Nantes et faire prévaloir son titre de duc de Bretagne que Geoffroi fit la guerre à Judicael. Foulques Nerra, au dire de Richer, entra alors en lutte avec le comte de Chartres, qui soutenait la cause de son vassal, Geoffroi de Rennes. Le récit de Richer permet de déterminer la date approximative de l envahissement du comté de Nantes par Geoffroi. C'est en 994-995 que Foulques d'Angers et Eudes de Chartres se disputèrent au sujet de la suzeraineté de la Bretagne, de principatu Britanniae (Richer, IV, 90-93). La lutte entre Judicael et Geoffroi doit être de la même époque, et l'on peut fixer à 995 environ l'année où Judicaël vaincu se vit contraint de prêter hommage au comte de Rennes.

2. Hervisus, évêque de Nantes, apparaît à la cour des comtes de Chartres et de Blois dans deux actes, dont l'un peut être daté certainement des derniers mois de l'année 1003 (ces deux actes ont été publiés, mais mal datés, par M. Lex, Eudes, comte de Blois dans les Mém. de la Soc. Acad. de l'Aube, 1891, p. 317-318). Le 2 février 1004, Hervisus était à Chartres (Cart. de Saint-Père de Chartres, p. 103). C'est après être retourné de Chartres à Blois qu'il mourut en cette ville, comme en témoigne la chronique de Nantes. La mort de Judicaël, qui arriva dans le même temps, se place donc en 1004 environ. Judicaël n'avait alors que 25 ans (voir plus haut, p. 131, note 1). Il laissait deux enfants, Budic, qui lui succéda, et Judith, qui épousa plus tard Alain Cagniart, comte de Cornouaille. Budic n'avait

[c. xlvi, an. lOOi-1010 circa] NAMNETENSE 135 autem Namnetica, sic de tali- aussi Hervé, évesque de Nan-

bus principibus viduata et prorsusindesolatione relicta, post paucos dies recuperavit principes sanctae Dei ecclesiae satis détériores. Hi videlicet Walterius et Budicus nomine appellantur; qui Walterius *, natus ex territorio Redonensi et nutritus miles in curia comitis Britanniae Gosfridi, dono ejus efficitur episcopus Namnetensis. Budicus vero2, filius Judicaeli b, comitis Namnetensis, in urbe Namnetica cornes constituitur . Sed W alterius episcopus, hune super se principem et comitem urbis Namneticae, eoc quod ex concubina natus erat,contemnens adesse, multitudine Britonum fretus, bella contra eum voluit facere, et urbem et comitatum tentavit ei auferre. Nam comitis Fulconis saepe repetens curiam et servitium pro terris

tes, et fut ainsi celle cité privée de ses princes, etpresque du toutdélaisséeen désolation, laquelle peu de jours après en recouvra deux autres plus contraires à saincte église, c'est à sçavoir Gaultier et Buclic. Lequel Gaultier, né du territoire de Rennes et nourry chevalier en la cour du duc Geffroy, fut par son don fait évesque de Nantes. EtBudic, fils bastard de Judichael, comte de Nantes, fut constitué comte en ladite cité. Mais Gaultier l' évesque, contemnant avoir ledit Buclic comte et prince sur luy en la cité de Nantes, pour cause qu'il estoit né d'une concubine, avec multitude de Bretons voulut faire batailles contre luy, et s'efforça luy oster la cité et toute la comté. Si construisit premièrement celuy Gaultier,

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