‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 106 sur 117 · XLIV. E F · texte numérisé non relu

XLIV. E F

Adonc Conan s'eslevant print et saisittoute Bretagne, sans que nul la deffendist, et la tint en sa puissance, puis vint à la cité de Nantes avecques grand exercite et print le chasteau où Alain Barbetorte et ses fils Hoel et Guérech avoient habité, lequel il commist en la garde d' Auriscandus, évesque de Vennes, et, en l'anglet de celle cité en la partie occidentale près Loire, en édifia premièrement un autre, qui maintenant est appelé le Bouffay, et tint ladite cité deux ans.

1. La date de la prise de Nantes par Conan est de la première moitié de l'année 990. Le chroniqueur de Nantes dit en effet que Conan retint pendant deux ans la cité de Nantes en son pouvoir, jusqu'à sa mort arrivée le 27 juin 992. D'autre part, aussitôt qu il se fut emparé de Nantes, Conan se fit proclamer duc de Bretagne, et une charte témoigne que son élection est antérieure au 28 juillet 990 (voir plus loin, p. 128, n. 2). La mainmise par Conan sur le comté de Nantes étant une conséquence immédiate de la mort d'Alain, fils de Guérech, il en résulte qu'Alain lui-même décéda probablement dans les premiers mois de 990.

2. Auriscand est signalé comme évêque de Vannes depuis 971 jusqu'en 990. 11 mourut entre le 28 juillet 990 et le 27 juin 992. Cf. Gallia christianax t. XIV.

128 CHRONICON [c. xliv, an. 990-992]

vesque de Vennes, et fist Mais après le vicomte Hamon,

premièrement, en l'anglet d'icelle cité vers la partie occidentelle jouste le fleuve de Laire, édifïîer ung autre chaôteau, lequel est maintenant appellé le BoufFay l.

Et après ces choses se fist Conan duc sur les Bretons2 et régenta toute Bretaigne universelment, et tint laditte cité de Nantes par deux ans.

Mais Haymon le vicomte 3, qui frère estoit desditz Hoel et Guérech, non pas d'un mesme père, mais de leur mère Judith , grandement pleignant la mort de ses frères, s'en alla à Angiers à Fnlco, filz GefFroy Grisgonelle, comte d'Angeou4, et,

plaignant grandement la mort de ses frères, Hoel et Guérech, non pas qu'il fut engendré d'Alain Barbetorte, leur père, mais fils de Judith, leur mère, s'en alla à Foulques, comte d'Anjou, fils de GefFroy Grisegonne, et luy raconta comment Conan , comte de Rennes, avoit frauduleusement occis ses frères, Hoel et Guérech et occupé la cité de Nantes, qui estoit du droit de leur père. Lesquelles choses ainsi par Hamon rapportées à Foulques, qui lors estoit jouvenceau de l'aage de vingt ans et fort en armes, il luy promist aider a venger leur mort et à requérir la cité

1. Le Bouffai fut construit par Conan au confluent de la Loire et de l Erdre. En 1748, l'abbé Travers écrivait : « Il reste encore quelques murs et tours de « ce cbâteau ; la rivière d'Erdre, qui en lavait la cornière, ayant été détournée « depuis peu, coule un peu plus bas » (Histoire de Nantes, I, 180). Les derniers vestiges de ce château ont disparu vers 1850.

2. L'élection de Conan comme duc de Bretagne eut lieu en 990, antérieurement au 28 juillet. A cette date, en effet, Conan prend le titre de prince des Bretons et apparaît entouré des neuf évêques de Bretagne, auxquels il ordonne de confirmer une donation qu il venait de faire à 1 abbaye du Mont- Saint-Michel (dom Lobineau, Histoire de Bretagne, II, 94-95). On voit par ce même acte du 28 juillet 990 qu'il y avait alors à Nantes un évêque nommé Hugues, qui avait été élu après la mort du comte Guérech. Hugues est inscrit sur le catalogue des évêques de Nantes entre Gautier et Hervisus. Cf. abbé Duchesne, livre cité, p. 66.

3. On ignore de quel pays était vicomte Haimon, frère utérin des comtes Hoël et Guérech. Il fut tué le 27 juin 992 à la bataille de Conquereuil. Cf. inferius.

4. Foulques Nerra, comte d'Angers de 987 à 1040. Cf. de Salies, Histoire de Foulques Nerra, comte d'Anjou, 187î, in-8.

[c. xliv, an. G90-992] NAMP

en soy compleignant, luy raconta comment Conan, comte de Rennes, avoit occis ses frères Hoel et Guérech et frauduleusement trayz, et aussi avoit envaye et occupée la cité de Nantes, lui appartenante par le droict de ses pères. Lesquelles choses ainsi rapportées par le vicomte Haymon, Fulco, lors juvenceau de Tasge de vingt ans 1 et puissant en armes, lui promist venger la mort de ses frères et reconquérir la cité de Nantes indeument par Conan occupée. Si assembla lors pour ce faire grand exercite d'Angeou, de Poitou, du Mainne et de toutes les provinces voisines2, et vint a la cité de Nantes, laquelle il assègea de toutes parz ou moys de juign, et devant icelle tint son siège par l'espace de trois sepmaines3. Adonc es-

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de Nantes. Si assembla grand exercite et vint à ladite cité qu'il assiégea au mois de juin et y tint le siège trois semaines. Et adonc esmeut Conan aussi de sa part son exercite et manda à Foulques que, s'il ne se départoit de devant ladite cité, qu'il feroit bataille contre lui. A quoy Foulques respondit qu'il estoit appareillé de combattre contre luy en la grande lande de Conqueruz, dont autres foiz il s'en estoit fuy. Lors vint premier Conan en celle lande attendre Foulques, et cependant firent les Bretons un grand parfont et large fossé par le milieu d'elle, afin que les Angevins, les Poitevins et les Nantois, qu'il avoit assemblez, ne pussent passer à eux ; et, leurs chevaux délaissez aussi, leurs lances retranchées par le milieu, se

1. Il résulte de ce récit digne de foi que Foulques Nerra dut naître en 971 ou 972. Ce fait est confirmé par une curieuse charte de Saint- Aubin d'Angers, datée de 988, où Foulques est appelé eleganiissimus juvenis. Cf. Marchegay et Mabille, Chroniques des églises d'Anjou, p. 2î, note 3. M. de Salies (livre cité, p. 7) dit qu'il ignore l'année et le lieu de naissance de Foulques Nerra. Ce passage de la chronique de Nantes résout l'une de ces difficultés.

2. Dès le début de l'an 992, avant d'assiéger Nantes, Foulques Nerra avait envahi et dévasté le pays de Blois, fief du comte Eudes de Chartres, qui était le suzerain de Conan de Rennes et soutenait les prétentions de son vassal sur la ville et le comté de Nantes (cf. Richer, IV, 79).

3. La date exacte de l'investissement de Nantes par Foulques Nerra se

meut Conan tout l'exercite deBretaigneet mandaàFulco que s'il ne se départoit de la cité de Nantes que il combatroit avecques luy. A laquelle chose respondi Fulco qu'il estoit appareillé de commettre bataille contre lui en la grande lande de Conquereuz, où il avoit esté navré et desconfit par avant comme dit est1. Lors Conan, cestes choses ouyes, avecques ses Bretons vint premièrement en celle lande et illecques se disposa attendre le comte Fulco et sa puissance, qui leva son siège de Nantes pour illecques venir ; et entre ces choses les Bretons foïrent un grant parfont et large fossé par le milieu d'icelle lande, affin que les Engevins ne

peussent à eulx passer légièrement ; et, touz leurs chevaulx délaissez et leurs lan-

[c. xliv, an. 990-992]

préparèrent en celle manière deffendre. Et Foulques, le comte d'Anjou, d'autre part, quand il fut venu au lieu assigné pour la bataille, après ce qu'il eut tous les siens appareillez et très sagement ordonnez, commanda que l'enfant Judicael , fils du comte Hoel, luy fust présenté, et, quand il le tint entre ses bras, il rapporta devant tous que le droict de la cité de Nantes plus clroictement et plus justement luy appartenoit qu'à quelconque autre : puis après commist et bailla de sa main la bannière et l'enseigne au vicomte Hamon, oncle d'iceluy Judichael, afin qu'il les portast à la bataille, pour faire la vengeance de ses frères et pour acquérir le droict de son neveu. Et ces choses ainsi ordonnées, vint Foulques

place entre le 1er et le 5 juin 992 ; car le combat de Gonquereuil, qui eut lieu un peu plus de trois semaines après, fut livré le 27 juin. — Richer fournit des détails assez circonstanciés sur le siège de Nantes. Foulques Nerra s'empara par trahison de la ville, mais il ne put se rendre maître du château, où Conan avait établi dès 990 une garnison dévouée à sa cause (voir plus haut, p. 127). Aussitôt que Conan eut appris que Nantes s'était rendu à Foulques, il vint à son tour en faire le siège avec une armée de Bretons et une flotte de Normands. C'est alors que les deux antagonistes, d'un commun accord, résolurent de vider leur querelle dans les landes de Conquereuil. Cf. Richer, IV, 81-86.

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