‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 11 sur 117 · LE CHRONIQUEUR DE NANTES · texte numérisé non relu

LE CHRONIQUEUR DE NANTES

L'auteur de la Chronique de Nantes n'a, en aucun endroit de son œuvre, indiqué son nom ni sa condition. Pierre Le Baud ne le désigne jamais que sous le titre très vague Ôl acteur de la Chronicque de Véglise de Nantes, ou encore d'acteur du livre des miracles et chronicques de V église de Nantes. Mais, s'il paraît impossible de découvrir le nom de cet écrivain, du moins est-il permis de se rendre compte du temps où il vécut, de la situation qu'il occupa et des circonstances au milieu desquelles il composa son ouvrage.

Jamais, à ma connaissance, on n'a tenté de résoudre ces deux dernières questions ; mais, en revanche, les avis les plus divers ont été émis sur le fait de savoir à quelle époque fut rédigée la Chronique de Nantes. Dom Bouquet suppose qu'elle fut écrite à la fin du xie siècle ; dom Martène pense que ce fut au xne ; enfin certains critiques modernes ont cru tantôt qu'elle remontait au ixe ou xe siècle 1, tantôt qu'elle ne datait que du xnie siècle 2.

1. Cf. abbé Duchesne, Catalogues épiscopaux de la province de Tours, p. 75 et 96, note 1.

2. Cf. L. Maître, Géographie historique de la Loire- Inférieure , dans les Annales de Bretagne, Revue de la Faculté des Lettres de Rennes, année 1894, p. 361.

xxvi INTRODUCTION

La raison de cette multiplicité d'opinions est sans doute l'insuffisance même des moyens d'information dont disposaient jusqu'à ce jour les érudits. La Chronique de Nantes n'étant connue que par l'édition de dom Lobineau et par la traduction de P. Le Baud, c'est aux ouvrages de ces deux historiens qu'on a eu nécessairement recours pour déterminer l'âge et la valeur de ce document. J'ai déjà montré combien l'édition de dom Lobineau est défectueuse et incomplète, et l'on s'explique aisément qu'il soit difficile de porter un jugement certain sur un texte aussi imparfait. Dom Lobineau a en outre commis par inadvertance une erreur qui a pu et pourrait encore être cause d'une confusion fâcheuse. licite, dans son Histoire de Bretagne1, à la date de 1101, un récit, relatif à la mort du comte de Nantes Mathias II, récit qu'il prétend avoir emprunté à la Chronique de Nantes. Il en résulterait que cet ouvrage ne fut achevé qu'au xiie siècle au plus tôt.

Mais je m'empresse de dire qu'il n'y a aucun compte à tenir de cette fausse citation ; car on sait d'une façon certaine que le récit dont il s'agit2 faisait partie d'Annales que Le Baud désigne sous le nom de Chronicques annaux2. Or, au témoignage même de Le Baud, il y a entre la Chronique de Nantes et les Chronicques annaux une différence essentielle, qui est celle qui existe entre une chronique et des annales quelconques : la première, composée sous forme narrative, ne mentionne presque jamais en quelle année est survenu tel ou tel événement ; les autres ne signalent aucun fait sans indiquer à quelle année ce fait appartient 4. Le Baud, dans son Histoire de Bretagne, se

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