‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 13 sur 117 · Cf. ch. xxxiii, xxxiv, xxxvi, xxxvu, xl et xliii · texte numérisé non relu

Cf. ch. xxxiii, xxxiv, xxxvi, xxxvu, xl et xliii

xxviii INTRODUCTION

légendaires, et il en résulte qu'à l'époque où ces narrations ont été consignées, la mémoire d'Alain Barbetorte et de ses enfants était pour ainsi dire encore vivante à Nantes.

Du reste le chroniqueur nous a lui-même inconsciemment révélé le temps où il écrivait : car, en signalant un prodige étrange qui se serait produit à Nantes sous le gouvernement du comte Judicaël (992-1004), il affirme en avoir eu connaissance par plusieurs personnes qui l'avaient vu de leurs yeux1. On ne saurait donc faire descendre après 1080 environ la date à laquelle il se mit à l'œuvre.

On peut se demander si cet auteur, qui vivait au xie siècle, a seul composé la Chronique tout entière, ou s'il a copié un récit antérieur qu'il aurait simplement continué. Cette dernière hypothèse a été récemment émise par M. de la Borderie. L'éminent historien suppose que la Chronique de Nantes a été écrite en deux fois. La première rédaction daterait de la fin du ixe siècle2, la seconde du milieu du xie. Le Fragment du Val-Dieu, publié par dom Martène, représenterait la première rédaction3. Ce Fragment^ en effet, nous l'avons vu, se termine à l'année 889 ; mais j'ai montré plus haut que, suivant dom Martène lui-même, c'est une cause accidentelle, qui, dans le manuscrit du Val-Dieu, a occasionné l'interruption du récit en cette année 889. D'ailleurs, la preuve que ce Fragment n'est pas une œuvre de la fin du ixe siècle, c'est qu'il y est fait allusion à la prise de Nantes par les Normands, en 919, sous le règne de Charles le Simple. Le surnom de simplex, attribué ici au roi Charles, rejette même la composition du Fragment du Val-Dieu à une époque bien postérieure à 919 4.

1. In urbe Namnetica miraculum grande factum est, quod minime oblivioni trader e voluimus, sed, sicut s'identes iilud nobis scribentibus enarraverunt, huic paginae scriptum commendare studuimus (voir plus loin, p. 147).

2. ((La Chronique de Nantes dut être pour cette partie [règne d'Erispoé] « écrite au plus tard sur la fin du ixc siècle » (Erispoé, roi de Bretagne , dans la Revue de Bret., de Vendée et d'Anjou, 1891, t. [, p. 191). — Cf. ibidem, 1889, t. II. p. 67.

3. « Le texte de la Chronique de Nantes concernant la mort d'Erispoé a « été conservé dans le Fragment d' Histoire de Bretagne de ta Valdieu, « certainement composé quelques années avant la fin du ixe siècle » (ibidem, 1891, t. I, p. 191, note 3).

4. Quando Normanni iterum tempore Karoli simplicis urbe m Nam-

LE CHRONIQUEUR DE NANTES xxix

Rien n'autorise donc à croire que la Chronique de Nantes ait été rédigée à plusieurs reprises par différents auteurs. L'unité de style, qui se maintient dans cet ouvrage depuis le commencement jusqu'à la fin, l'emploi de certaines expressions caractéristiques également réparties dans l'ensemble du récit1, la cohésion des divers chapitres entre eux et d'autres indices du même genre 2 ne me permettent pas de douter que ce travail n'ait été entrepris et mené à terme par un seul et même écrivain.

Il y a, à la vérité, un chapitre, le dix-neuvième, qui a priori pourrait passer pour avoir été conçu à la fin du ixc plutôt qu'au milieu du xie siècle. Ce chapitre renferme une sorte de diatribe contre la nation bretonne ; et il révèle une animosité que l'on ne s'attend pas à rencontrer vers l'an 1050 entre les Nantais et les Bretons. Cependant il suffît de l'analyser en détail pour constater que rien n'autorise à y voir une œuvre distincte du reste de la Chronique de Nantes.

L'auteur de ce chapitre ne fait que reproduire, en les amplifiant, les accusations portées contre les Bretons par les pères du concile de Soissons en 866. Dans la lettre qu'ils ont adressée au pape Nicolas Ier, lettre que le chroniqueur de Nantes a insérée dans son ouvrage3, les évêques réunis à Soissons se plaignent de l'obstination des Bretons qui se refusent à reconnaître la suprématie religieuse de l'archevêque de Tours. Us ajoutent : Unde fit ut nullus cultus religionis inter eos, nullus disciplinae vigor haberi possit in illis ; quoniam, quum sint barhari feritate nimia tumidi, nullis sacris institutis ohediunt, nullis praeceptionihus sanctorum patrum se subdunt ; sed pro libitu insipientiae malevolentiaeque suae cuncta peragunt 4.

neticam omnino desertam fecerunt, haec omnia deperierunt (ch. xvii, p. 57).

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