‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 26 sur 117 · Voir plus loin, p. 99, note · texte numérisé non relu

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SOURCES DE LA CHRONIQUE xlvii

au bain, un vase rempli d'eau bouillante ; 2° le chapitre xl (p. 114-117), où Ton voit le chevalier Galuron assassiner, pendant une partie de chasse, le comte de Nantes Hoël, à un moment où celui-ci était demeuré seul avec son chapelain qui lui récitait les vêpres ; 3° le chapitre xun(p. 124-126), où est raconté comment Héroïc, abbé de Redon, empoisonna le comte Guérech à l'instigation de Conan de Rennes. Il suffit de lire ces passages pour s'apercevoir du caractère épique et fabuleux qu'y revêt la narration. Ce sont là des produits de l'imagination populaire.

Mais le chroniqueur de Nantes ne s'est pas seulement inspiré de traditions épiques ; il a utilisé aussi un certain nombre de traditions religieuses. Tels sont les récits miraculeux qu'il a réunis en un recueil spécial (Miracula, ch. i à iv, p. 143-148). Telle est encore l'histoire de l'évêque Hesdren, forcé d'abandonner la ville de Nantes où l'on se moquait de lui, parce qu'il aurait, soi-disant, fait abattre un clocher pour avoir une pomme qui était au haut et qu'il croyait être en or, tandis qu'elle n'était qu'en laiton (ch. xxxv, p. 103-104). Cette histoire invraisemblable se racontait dans le clergé nantais cent ans après la mort d' Hesdren, et l'on ne peut rien en conclure si ce n'est qu'Hesdren avait laissé de son séjour à Nantes un souvenir peu favorable. C'est également de traditions religieuses que dépendent la légende de la fontaine Notre-Dame près de Nantes (ch. xxix, p. 90), et celle de l'ensevelissement du duc Alain Rarbetorte (ch. xxxvi, p. 106-107).

Parfois certains traits légendaires se trouvent mêlés à des faits véridiques, puisés à bonne source. Les chapitres xxix, xxxvin et xlii demandent à être étudiés à ce point de vue. Ils paraissent dériver en partie de documents écrits, mais certaines phrases y révèlent l'influence de l'imagination populaire. Ainsi ce portrait d'Alain Rarbetorte (ch. xxix, p. 88) : « Il était fort de corps, « hardi et courageux, et, lorsqu'il était à la chasse, il dédaignait « de tuer les sangliers et les ours avec sa lance, et les attaquait « armé seulement d'un bâton pris dans la forêt. » — Telle aussi cette phrase, où la veuve d'Alain Rarbetorte compare la mort de son mari « à la chute d'un grand pieu, qui, fiché à l'embouchure « de la Loire, était un épouvantail pour les Normands 1 »

1. Le Baud a fait un contre-sens en traduisant cette phrase (Voir p. 112, col. 2).

XLvm INTRODUCTION

(ch. xxxviii, p. 112). — L'épisode, où Guérech, comte de Nantes, rencontre Renaud Torench, poursuivant avec sa meute les ours, les sangliers et les cerfs dans les forêts du pays de Mauge, me paraît avoir aussi une couleur quelque peu légendaire (ch. xlii, p. 122). Néanmoins il est bon d'observer que, pour les événements voisins du xie siècle, les traditions recueillies par le chroniqueur de Nantes prennent une certaine apparence de véracité, et elles ne doivent plus sans examen être rejetées dans le domaine de la fable.

A dater de Tan mil environ, le récit de la Chronique de Nantes change de caractère. L'auteur ne s'occupe plus de l'histoire générale de la Bretagne. Ce qui concerne la ville de Nantes et en particulier les démêlés du comte et de l'évêque attirent toute son attention. Dès lors, ses informations personnelles le dispensent de recourir à d'anciennes annales ou à des traditions plus ou moins vraisemblables: il témoigne en effet connaître des personnes qui ont vécu à Nantes sous le gouvernement du comte Judicaël (992-1004) 1 ; lui-même faisait sans doute partie du clergé nantais, alors que Budic et Gautier étaient évêques de la cité. En un mot, ce qu'il dit de l'histoire de Nantes au xie siècle (ch. xlvi-xlviii), il a pu le voir par lui-même ou l'apprendre par ses concitoyens.

Si, après ce coup d'œil d'ensemble jeté sur l'ouvrage, on analyse le texte en détail, on y distingue un certain nombre d'emprunts faits à des sources mieux connues que celles dont je me suis occupé jusqu'ici. H y a un chapitre entre autres, qui mérite, à cause de son importance, d'être l'objet d'une analyse minutieuse, c'est celui où est exposée l'origine du différend survenu, au temps du duc Nominoé, entre les évêques de Bretagne et l'archevêque de Tours ^ch. xi, p. 31-39). On admet généralement que ce chapitre a été composé tout entier au moyen de deux opuscules distincts, les Gesta Sanctorum Rotonensium et Y Indiculus de episcopornm Britonum depositione . Pour le premier de ces opuscules le fait est certain, mais il n'en est pas de même pour le second, sur l'autorité duquel, comme je voudrais le prouver, on s'est complètement mépris.

1. Sicut videntes illud nobis scribentibus enarraverunl (p. 147).

SOURCES DE LA CHRONIQUE xlix

U Indiculus de episcoporum Britonum depositione a été découvert au xviie siècle par Sirmond dans un manuscrit de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, et publié par lui dans son édition des capitulaires de Charles le Chauve1. Mabillon et la plupart des érudits qui se sont occupés de l'histoire religieuse de la Bretagne ont regardé ce document comme l'œuvre d'un auteur bien informé et digne de foi 2. Je ne sais ce qui a pu valoir à cet auteur une confiance que rien ne justifie. L'assemblée de Redon, qui fait le sujet principal du récit, constitue à elle seule une erreur qu'un écrivain contemporain n'eût pas commise; car une charte authentique de l'année 848 nous apprend que le synode, dans lequel plusieurs évêques bretons furent déposés par Nominoé, ne se tint pas à Redon, mais dans un château nommé Coitlouh3. Les actes de cette assemblée sont en outre relatés d'une façon invraisemblable. Enfin Y Indiculus débute par une phrase, qui se rattache assez mal à la suite de la narration et contient un anachronisme grossier. « Nominoé, y est-il dit, homme orgueilleux, envahit les « cités de Nantes, de Rennes, d'Angers et du Mans jusqu'à la « Mayenne; devenu maître de ces villes et territoires, il en con- « çut encore plus d'orgueil, et, méprisant les droits des Francs, « il songea à usurper le titre de roi. C'est pourquoi il résolut de a déposer les évêques de Bretagne et de leur substituer d'autres « prélats qui seraient à sa dévotion4. » Ces assertions sont abso-

1. Karoli Calvi capitula, Paris, 1623, in-8, notae ad capitula, p. 132. — Sirmond s'exprime ainsi (ibidem , p. 54): Narrât de ea controversia inter Turonensem et Dolensem arcliiepiscopum vêtus indiculus quem in Sancti Michaelis in Mari bibliotheca vidi. Ce document a été réédité plusieurs fois : je citerai seulement la réédition qu'en a donnée dom Bouquet dans le tome YII du Recueil des hist. des Gaules et de la France, p. 288-289.

2. Cf. Mabillon, Acta SS. ord. S. Benedicti, saec. IV, pars. 2, p. 186-187.

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