Chapitre vi à xxn de mon édition
xvi INTRODUCTION
sions suivantes : « Dit l'acteur de la dessus nommée Ghronicque <( de Nantes (voir plus loin, p. 18); — Selon ladite Ghronicque « (p. 27); — Selon l'acteur des Chronicques de Nantes (p. 31); « — Raconte l'acteur de la Ghronicque de l'église de Nantes « (p. 32); — Dit l'acteur des Chronicques de l'église de Nantes « (p. 42) », etc. Quant aux deux chapitres non traduits par Le Baud ils se rapportent uniquement à l'histoire de la ville de Nantes, et c'est en raison de leur intérêt tout local que Le Baudles a passés sous silence. Les seize chapitres qui forment le Fragment du Val-Dieu appartiennent donc bien à la Chronique de Nantes, et, comme ils offrent exactement le même ordre dans Y Histoire de P. Le Baud et dans l'édition de dom Martène, il en résulte que nous avons là le texte primordial d'une partie importante de notre Chronique2.
Ces chapitres, par un singulier hasard, sont ceux qui avaient été le plus corrompus et le plus mutilés par les compilateurs du xve siècle, et l'édition de dom Martène permet de suppléer heureusement aux nombreuses lacunes que présentent en cet endroit les autres manuscrits. L'édition de dom Lobineau témoigne ici de l'insuffisance des divers recueils alors mis en œuvre ; car, bien qu'ayant à sa disposition la traduction de Pierre Le Baud, il ne put retrouver en tout ou en partie le texte latin des chapitres ix, xi, xii, xm, xv, xvi, xvii, xviii, xix et xx, soit dix chapitres sur seize que contient le Fragment du Val-Dieu. Pour combler les vides qu'il sentait exister dans son essai de restitution, il emprunta à la Vêtus collectio manuscripta ecclesiae Namnetensis le récit de la mort du duc Salomon et des troubles qui
1. Ce sont les chapitres ix et xx de mon édition. Encore faut-il observer que la traduction du chapitre ix se retrouve dans la compilation inédite de P. Le Baud, dédiée à Jean de Châteaugiron, ms. fr. 8266, f° 114, r° (Voir plus loin, p. 25).
2. Un écrivain nantais du siècle dernier, l'abbé N. Travers, avait reconnu que le Fragment du Val-Dieu constituait une partie de la Chronique de Nantes. L'œuvre de cet érudit, demeurée manuscrite jusqu'en 1836, a été alors publiée à Nantes, sous le titre à Histoire de la ville et du comté de Nantes. On y lit à la page 130 du tome Ier: « Nous trouvons tous ces faits « dans la Chronique de Nantes. Dom Lobineau qui la crue tout à fait « perdue, a tâché de la rétablir sans y avoir entièrement réussi. Doms Mar- « tène et Duranden ont publié un grand fragment sous le nom de Fragment
« d'histoire de Bretagne Dom Lobineau n'a point connu le fragment
« donné par ses confrères. »
ÉDITIONS ET MANUSCRITS xvn
suivirent cet événement en Bretagne [Hist. de Bret., II, col. 42). Mais ce récit n'a jamais fait partie de la Chronique de Nantes, et il constitue une interpolation. Le Fragment du Val-Dieu et Y Histoire de Pierre Le Baud en font foi1.
Le manuscrit de la Chartreuse du Val-Dieu, que dom Martène eut entre les mains, mais dont il n'a indiqué ni l'âge ni l'état matériel, avait été copié, je crois, sur l'exemplaire conservé dans les archives du Chapitre de Nantes. Voici sur quel indice, assez léger d'ailleurs, je fonde cette opinion que la perte de l'original m'empêche d'établir plus solidement. Le Baud, qui eut communication du manuscrit de Nantes, rapporte, dans son Histoire de Bretagne (E, p. 117), que la lettre du pape Nicolas Ier au duc Salomon commençait dans ce manuscrit parles mots, Nicolaus, episcopus, Salomoniy régi Britonum. Ce simple titre à'episcopus, pris parle pape Nicolas, est contraire à l'usage de la chancellerie pontificale. C'est du reste une leçon particulière au manuscrit de Nantes ; car les autres recueils, où a été anciennement transcrite cette lettre de Nicolas Ier à Salomon, présentent la formule habituelle, Nicolaus, episcopus, servus servorum Dei. Or ces trois derniers mots, qui faisaient défaut dans le manuscrit de Nantes, manquaient également dans celui de la Chartreuse du Val-Dieu (Voir plus loin, p. 57 et 58). Le Fragment du Val-Dieu semble donc avoir été extrait à une époque indéterminée du manuscrit nantais. Ce fragment, tel qu'il a été publié par dom Martène, est désigné par la lettre B dans mon édition.
Après les deux compilations de Pierre Le Baud, dont il a été déjà question, lerecueil historique, qui contient la portion la plus considérable de la Chronique de Nantes, est celui qui est connu sous le nom de Chronique de Saint-Brieuc. Cette œuvre, rédigée en latin, est en grande partie inédite2; elle a été, en 1890, l'objet d'une étude spéciale de la part de M. P. -A. de Berthou, qui en a fait le sujet de sa thèse de sortie de l'Ecole des Chartes 3.
1. Le Baud, qui a reproduit dans son Histoire de Bretagne, p. 122, 123, ce récit de la mort de Salomon, témoigne l'avoir extrait d'Annales distinctes de la Chronique de Nantes, annales qu'il désigne sous le nom de Chronicques annaux.
2. Des fragments de la Chronique de Saint-Brieuc ont été publiés dans Y Histoire de Bretagne de dom Morice (t. I des Preuves), et dans le tome XII du Recueil des Historiens des Gaules et de la France.
3. Le travail de M. de Berthou n'a pas encore été publié, mais les conclu-
ez
xviii INTRODUCTION
D'après M. de Berthou, le chroniqueur de Saint-Brieuc acheva la rédaction de son ouvrage vers Tannée 1415. C'était un ecclésiastique, qui « écrivait avec un but politique, exaltant sans « cesse les Bretons aux dépens des Anglais et des Français »4. 11 a inséré dans sa compilation la Chronique de Nantes presque tout entière.
Ses emprunts commencent au récit de quatre miracles, survenus à Nantes dans le cours du xe siècle 2. Ces récits miraculeux constituent en quelque sorte un hors d'œuvre ; mais on y trouve diverses allusions à des événements, qui ne sont rapportés que dans la Chronique de Nantes elle-même. D'ailleurs, de part et d'autre, le style est identique, et nous savons par Le Baud que le chroniqueur de Nantes avait effectivement rédigé un Livre de miracles*. Voilà donc deux ouvrages sortis de la plume d'un même écrivain ; l'un servait de préface ou de suite à l'autre, et ils étaient certainement transcrits ensemble dans le manuscrit original, que possédaient au xve siècle les chanoines de la cathédrale de Nantes. C'est dans ce manuscrit que Le Baud prit connaissance du Livre des Miracles, et ce doit être là aussi que le chroniqueur de Saint-Brieuc copia les quatre faits merveilleux dont il nous a conservé le texte.
Ces quatre récits légendaires composaient-ils à eux seuls ce que Le Baud appelle le Livre des miracles? Cela est peu probable ; il est cependant impossible d'affirmer le contraire. D'autre part, le Livre des Miracles servait-il d'introduction à la Chronique de Nantes, ou bien lui faisait-il suite ? A s'en tenir aux témoignages de Le Baud et du chroniqueur de Saint-Brieuc, on serait tenté de croire que la relation des miracles occupait la première place dans le manuscrit du Chapitre nantais. Mais, comme au point de vue chronologique, ces faits merveilleux sont postérieurs à la plupart des événements rapportés par la Chronique ;
sions principales en sont résumées dans les Positions des thèses soutenues par les élèves de la promotion de 1890, Mâcon, 1890, in-8° p. 1 à 30.