Voir plus haut, page vin, n
xiv INTRODUCTION
rédigée par Le Baud, dès 1480 environ, à la prière de Jean, sire de Derval et de Châteaugiron f, dont il était secrétaire. L'auteur s'exprime ainsi dans la Préface: « Je, Pierre Le Baut, secrétaire « de hault et puissant Jehan, sire de Derval, de Gombour, de (( Chasteaugiron, de Rogé et de Saint-Mars, mon seigneur très « redoubté, non de mon propre mouvement ne audace, mais u contrainct par l'estroit lien de son commandement, emprins et « craintivement me suys aventuré à escripre la compillacion des a cronicques et ystoires des très nobles roys et princes de Bre- (( taigne Armoricque 2. » — Le manuscrit original de cette seconde compilation est actuellement à la Bibliothèque nationale de Paris (Fonds français, n° 8266). C'est un magnifique volume in-folio en vélin, du xve siècle, de 399 feuillets, orné de très belles miniatures. L'une d'elles représente Pierre Le Baud lui-même à genoux, offrant son manuscrit à Jehan de Châteaugiron, entouré de sa famille3.
Au moyen de ces deux ouvrages de Pierre Le Baud, l'un dédié à la reine Anne de Bretagne, l'autre à Jean de Châteaugiron, on peut reconstituer la traduction française à peu près complète de la Chronique de Nantes. J'ai désigné, dans mon édition, le premier de ces ouvrages par la lettre E, le second parla lettre F.
Possédant la traduction française de la plus grande partie de la Chronique de Nantes, il m'a été possible de résoudre certaines difficultés que présentait la restitution du texte latin, et de retrouver divers morceaux de cette Chronique, là où personne ne paraissait en avoir soupçonné l'existence. Le plus important de ces morceaux est celui qui fut publié en 1717 par dom Martène sous le titre de Fragmentum historiae Britanniae Armoricae %
1. Jehan de Châteaugiron mourut le 31 mai 1482, comme en témoigne son épitaphe, puhliée par Du Paz, Hist. généal. de plusieurs maisons M. de Bret., p. 173.
2. Ms. français, 8266, f° 5 r° et v°. — Cette compilation est divisée en trois parties : la première comprend 18 chapitres, la deuxième 32, la troisième 247 ; elle s'arrête à 1458, date de la mort du duc Arthur III.
3. Cette miniature a été reproduite en gravure dans Y Hist. de Bretagne de dom Lobineau, qui nous apprend qu'au commencement du xvine siècle ce manuscrit appartenait à M. de Piré-Rosnyvinen (Hist. de Bretagne, I, 822). — La bibliothèque municipale d'Angers possède une copie ancienne de ce manuscrit (Hauréau, Hist. littéraire du Maine, II, 167).
4. Doms Martène et Durand, Thésaurus noms anecdotorum, III, col. 829-844.
ÉDITIONS ET MANUSCRITS xv
d'après un manuscrit de la Chartreuse du Val-Dieu au diocèse de Sées1. Soit que ce manuscritdu Val-Dieu fût évidemment incomplet, soit pour quelque autre motif, dom Martène comprit qu'il n'avait sous les yeux qu'une portion d'une chronique plus considérable 2, comme le prouvent le titre qu'il mit en tête de son édition, et aussi les mots qu'il ajouta à la fin : et cetera, non plura codex manuscriptus. Mais le savant bénédictin ne sut pas déterminer à quelle œuvre appartenait ce Fragment.
Il lui eût été d'ailleurs assez difficile d'identifier le texte qu'il venait de découvrir avec celui de la Chronique de Nantes, tel qu'il avait été établi, en 1707, par dom Lobineau. Le texte de dom Lobineau présentait tant d'omissions et d'incorrections, qu'il était naturel de penser que les deux récits émanaient d'auteurs différents. Cela est si vrai que dom Bouquet, en 1749, inséra l'un et l'autre dans son Recueil des Historiens des Gaules et de la France2, sans s'apercevoir qu'il reproduisait deux fois la même œuvre4; et, encore aujourd'hui, on se réfère habituellement au Fragment du Val-Dieu et à la Chronique de Nantes comme à deux sources historiques distinctes, de valeur diverse.
Que le Fragment du Val-Dieu soit un simple extrait de la Chronique de Nantes, c'est ce qu'il est aisé de faire voir. En effet, sur les seize chapitres, dont se compose ce Fragment*, quatorze ont été traduits littéralement ou fidèlement résumés par Le Baud dans son Histoire de Bretagne, et, en tête de chacun de ces chapitres, Le Baud prévient son lecteur qu'il ne fait que reproduire le récit même de la Chronique de Nantes. 11 se sert des exprès-
1. Ex manuscripto Cartusiae Vallis-Dei, in diocesi Sagiensi, cujus manuscriptos libros, annuente R. P. domno Innocentio Le Tellier, illius eremi moderatore dignissimo, nec vulgari eruditione praedito, pervolvere mihi licuit. (Ibid., col. 829). D. Martène ne nous a laissé aucune description du manuscrit delà Chartreuse du Val-Dieu. La bibliothèque municipale d'Alençon a recueilli une grande partie des volumes de l'ancien couvent du Val-Dieu ; mais le manuscrit, signalé par D. Martène, y a été vainement recherché.
2. Dans le manuscrit du Val-Dieu, le récit s'arrêtait à l'année 889 ; et cependant D. Martène suppose que l'auteur de ce récit écrivait au xne siècle (Ibid., col. 829).