‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 55 sur 117 · XI. B D E F · texte numérisé non relu

XI. B D E F

Après la mort Lambert, qui fut ensevely à Savenières, une ville du territoire d'Anjou, Nemenoius, [selon Facteur des Chronicques de Nantes], en celuy temps moult eslevé pour la multitude de

ses Bretons , assembla de

toutes parts ses forces, puis passa le fleuve de Loire et entra en Acquitaine, et tirant Nemenoius plus avant, occist le populaire qu'il trouva aux champs, et gasta le païs en bruslant les édifices sans espargner église ne monstier.

Et tout premier assaillit celuy Nemenoius le monastère de Glonna et le destruisit. .. , ains procéda plus avant contre les Angevins, et s'efforça

1. Il y a là une erreur. Gomme je l'ai déjà dit, Nominoé mourut avant Lambert (voir plus haut, p. 27, note 1).

2. L'intervention de Lothaire dans les affaires du royaume de Charles le Chauve n est pas mentionnée à cette date par les chroniqueurs contemporains. Ce fait paraît avoir été imaginé par le chroniqueur de Nantes pour expliquer le peu de difficultés que Nominoé et Erispoé rencontrèrent pour rétablir l'indépendance du royaume breton.

3. Montglonne, abbaye l'ondée à la fin du vnc siècle sur les bords de la Loire par saint Mauron, aujourd'hui Saint-Florent-le- Vieil, Maine-et-Loire, arr. Cholet, chef-lieu de canton. La destruction de l'abbaye de Montglonne par Nominoé eut lieu dans le courant de l'été en 845 (cf. R. Merlet, Guerres

32 CHRONICON [c. xi, an. 845-849]

gius contra Àndecavos pro- dépopuler le païs par fer et

cessit Nomenoius, regionem ferro et igni depopulari contendens. Cui venit obviam Karolus rex cum insigni exercitu, datoque interea praelio, super a tu s est Karolus, multis Francorum millibus occisis1. Nomenoius igitur valde superbus9 urbem Namneticam et Redonicam, ac etiam Andegavense territorium et Cenomannense usque ad Meduanam invasit. His autem urbibus et territoriis nominatis in proprietate sua assumptis, fuit superbior et excellentior ; contemptoque jure Francorum regio, in corde suo cogitavit ut se regem faeeret2: multisque modis investigans, ut erat clolo-

par flamme. Allencontre duquel vint le roy Charles avecques merveilleux exercite pour luy obvier : et fut faite bataille entre eux, en laquelle ledit Charles fut surmonté, et furent occis maints milliers des siens [Etraconte l'acteur de la Chronicque de l'église de Nantes, et dit que], quand Nemenoius eut prins et retenu en sa propriété les citez de Rennes et de Nantes avec leurs territoires, il desprisa du tout en tout le droict royal des François et pensa en son courage qu'il se feroit roy. Et, en cherchant en maintes manières comme il pourroit celle chose faire, ainsi qu'il estoit cault et sub-

XI. — a) undique congregata fortitudine sua, etc. usque ad valde superbus desunt B.

d'indépendance de la Bretagne, mém. cité, appendice, note D). Cette destruction a été racontée par un témoin oculaire dans une pièce de vers plusieurs fois éditée ( dom Bouquet, VII, 306-307).

1. La bataille, mentionnée ici, fut livrée à Ballon, auprès de Redon, le 22 novembre 845. Sur cette bataille, voir A. de la Borderie, Bulletin de l Association bretonne, année 1857, p. 125 et 152.

2. Le chroniqueur de Nantes commet ici un grave anachronisme. Ce ne fut que pendant l'hiver 850-851 que Nominoé s'empara des pays de Rennes et de Nantes et envahit les comtés d'Anjou et du Maine, deux ans environ après l époque où il déposa les évêques bretons simoniaques et se fit couronner roi. Cette erreur, qui est reproduite mot à mot dans 1 Indiculus de episcoporum Britonum depositione, montre que ce document n'est qu'un extrait de la chronique de Nantes et non pas un récit d'origine contemporaine, comme l'ont cru les érudits du siècle dernier. Voir ce que j'ai dit à ce sujet dans l'Introduction.

[c. xi, an. 845-849] NAMN sus et fraudulentus, quomoclo hoc abominabile institueret, reperit ut episcopos totius suae regionis, maiïu Francorum regia factos, aliqua secluctione a sedibus suis expelleret, et alios, concessione sua constitutos, in locis illorum subrogaret ; et, si sic fieri posset, faciliter per hoc ad regiam dignitatem ascenderet1. Quum autem haec fallacia, tamdiu in corde suo excogitata,satisreversaretur, accedens tandem ad Conoveum2, monasterii Redoni abbatem, virum simpliceni et innocentem, et sub specie veriritatis illum seducens, exposuit il li fabulose, ut erat alloquax, de dignitate regni Britanniae, et quomodo reges Francorum injuste invadentes illud destruxerant, quod volebat renovare, si sibi consilium daretur ; et quod illius episcopi, per pecuniam ordi-

til, il imagina qu'il mettroit hors par quelque manière les évesques de sa région faits par la puissance royalle des François, et en subrogeroit d'autres en leurs lieux constituez par son octroy, si pourroit par ce moyen plus légièrement monter à la dignité royalle. Et, comme il eut celle chose assez longuement excogitée et reversée en sa pensée, il appella Convoyon, abbé de Redon, homme simple et innocent, et luy exposa, ainsi qu'il estoit éloquent, l'antiquité du royaume de Bretagne, et comme les rois de France l'assaillans injustement l'avoient destruit ; pourquoy il le vouloit renouveller si conseil luy en estoit donné. Et que les évesques de celle région, ordonnez par pécune et infamez d'autres crimes, indignement traictans l'office épiscopal estoient

1. Tout le récit de la déposition des évêques bretons, tel qu'il a été publié par dom Lobineau (Hist. de Bretagne, II, col. 39-40), doit être rejeté comme n'appartenant pas à la Chronique de Nantes. D. Lobineau n'a fait que reproduire le document connu sous le nom & Indiculus de episcoporum Britonum depositiojie, qui a été plusieurs fois édité (cf. dom Bouquet, VII, 288). Le véritable texte de la Chronique de Nantes est fourni par B, que Le Baud traduit presque mot à mot, disant que cette narration est l'œuvre de Y acteur de la Chronicque de l'église de Nantes.

2. Convoion, fondateur de l'abb. de Redon, la gouverna de 832 à 868. V. LaBorderie, Examen... du Cartul. de Redon, Bibl. Éc. des Ch., XXV, 1863-64, p. 422.

âi CHR0NICON

nati et de aliis criminibus infamàti, indigne officium

episcopale tractantes, deponendi essent, et alii in sedibus eorum juste ordinandi, qui regulariter fuissent episcopi. Auditis autem vir Dei hujus tyranni locutionibus, omnis fallaciae ignarus, et existimans haec esse pro patriae certitudine et gentis salute relata, omnino ei credibilis exstitit, ac etiam auxilium promisit ut efïiceretur \ Acceptisque a Nomenoio magnis auri argentique mimeribus, Romain perrexit ; offerensque papae Leoni2 ex parte hujus tyranni aureum vas mirabiliter factum3, omnia verba ejus diligentissime ei intimavit, videlicet ut de regno Britanniae renovando et de episcoporum depositione.

Cui papa respondit nunquam se audivisse, praedecessorum suorum temporibus , hanc minore ni Britanniam reges

[c. xi, an. 845-849]

à déposer et en ordonner justement d'autres en leurs lieux, qui régulièrement fussent évesques, moyennant le consentement du pape. Lequel Convoyon print la cure de ceste légation et alla à Rome devers le pape Léon, auquel il présenta de la part de Nemenoius un riche vaisseau d'or, fait de subtil et merveilleux ouvrage, et luy remonstra diligemment l'intention Nemenoius de la déposition des évesques de Bretagne et de la rénovation du royaume. Aquoy Léon, pape, respondit, [selon ladite Chronicque de Nantes], que si Nemenoius vouloit déjetter les évesques de sa région et constituer autres en leurs lieux, que première ment ils fussent accusez par vrais tesmoins en la présence de Amaury, archevesque de Tours, et de certain nombre d'autres évesques : et, s'ils

1. Cette intervention de Nominoé auprès de l'abbé de Redon est contredite par la vie même de Convoion, rédigée par un moine de Redon, qui vivait au ixe siècle. D'après cet auteur, ce fut Gonvoion qui accusa de simonie plusieurs évêques bretons auprès de Nominoé. Voy. Mabillon, Acta SS. ordinis S. Bejiedicti, saec. IV, pars 2, p. 212.

2. Léon IV, ordonné pape le 10 avril 847, mort le 17 juillet 855.

3. D'après la vie de Gonvoion, ce ne fut pas un vase d'or, mais une couronne d'or, ornée de pierres précieuses, que Nominoé offrit au pape. Voy. Mabillon, livre cité, p. 212.

[c. xi, an. 84o-8i9] NAMN

habuisse, nec in archivis Romanae ecclesiae reperisse ; praesertim ex quo tempore Francia primum reges habuit , i lia semper Britannia usque nunc illi subdita fuit : nec decebat Romanam ecclesiam contra fa s et patrum statuta quaerere, ut regnum Franco* rum, tam valente herede, id est Karolo Calvo, ac nepote Karoli Magni, de potentia sua minueretur. Addidit quoque praeterea de episcoporum depositione, ut, si vellet eosNomenoius a sedibus suis dejicere, et alios in locis eorum constituere, primum advocato illius provinciae metropolitano Turonensi, id est domno Amalrico 1? cum legitimo episcoporum numéro, a veridicis testibus accusarentur ; et postea, si rei eorum judicio comprobarentur, alii in eorum sedibus componerentur; aliterque minime fieret2. Quibus ita Léo papa

ETENSE

estoient par leurs jugemens trouvez coulpables, fussent autres mis et ordonnez en leurs sièges, et autrement ne fust fait. Lesquelles choses ainsi disposées, donna pape Léon a l'abbé Convoyon le chef sainct Marcellin, pape, et concéda à Nemenoius qu'il se fist duc sur le peuple de Bretagne, et portast cercle d'or, si comme les autresducs par avant, c'est à sçavoir durant l'oppression que les François leur avoient faite :

et celles responses oyes par l'abbé Convoyon, après ce qu'il eut receu le chief dessusdit, il s'en retourna joyeux à son lieu reporter à Nemenoius la response de ses demandes. Lequel Nemenoius, quand il l'eut entendue, pensa faire autrement; car, le plus tost qu'il peut, il assembla les évesques de la province, et leur dist que le pape luy avoit mandé qu'il déposast

1. A cette date ce n'était pas Amauri, mais Landran, qui était archevêque de Tours.

2. La lettre, adressée par le pape Léon IV au duc Nominoé, est perdue : mais le chroniqueur de Nantes, qui semhle en avoir eu une copie entre les mains, nous en donne ici une analyse qui mérite confiance. Le fait même que Léon IV écrivit alors à Nominoé au sujet des évêques simoniaques de Bretagne est prouvé par le témoignage du pape Nicolas Ier (voir, plus loin, ch. XVIII), qui cite textuellement un passage de cette lettre : « Nam Nominoio, consu- « lenti quid de Spiritus Sancti gratiain venumdantibus oporteret fieri,

30 CHR( clispositis venerabili Conoveo abbati, suppliciter sibi dari rcliquiaspetenti, caput sancti Marcellini papae porrexit, atque Nomenoio concessit ut dux super populum Britanniae fieret, et circulum aureum, sicutalii duces, infestis diebus deferret. His autem Conoveus abbas responsionibus auditis et praefati sancti capite recepto, gaudens et exultans ad locum suum reversus est ; referensque Nomenoio de ejus mandatis Leonis papae responsionem, sancti Marcellini caput se attullisse ostendit1. Qui super his auditis valde laetatus, et totis praeceptis papae dimissis, aliter agere excogitavit.

Namque, quam citius potuit, ex aliis provinciis congregatis suae fallaciae insciis, narravit quod Léo papa sibi mandaverat utepiscopos Britanniae infâmes deponeret, et alios in locis eorum resti-

ICON [c. xi, an. 845-849]

les évesques infâmes, et instituast d'autres en leurs lieux ; et aussi qu'il renouvellast le royaume de Bretagne, et s'en fist roy. [Et dit après ledit acteur que], quand il eut invité au monastère de Redon les évesques qu'il vouloit diffamer, comme il fust douteux par quel moyen il peust tirer son emprinse à effet, l'un de ses familiers dist ausdits évesques, qui estoient à déposer, par grand secret que s'ils ne confessoient, oyant tout le convent des autres évesques et des lays, estre justement condemnez, ils seroient occis sans intermission. Laquelle chose oye, ceux malheureux évesques, contre les statuts et ordonnances de saincte Eglise, promirent dire toutes choses, plutost que souffrir la mort. [Et dit encores ledit acteur que] le lendemain, ce senne assemblé au monstrier de Sainct- Sauveur, s'eslevè-

« i-es pondit, nihil, inquiens, praeter quod sancti canones super his praeci- « piunt. » Léon IV en même temps écrivit une seconde lettre aux évêques de Bretagne, leur indiquant la marche à suivre pour instruire le procès des évêques simoniaques. Le texte de ce document nous a été conservé et a été plusieurs fois édité (v. Migne, P. t. 115, col. 667). Ces deux lettres pontilicales ont été écrites au plus tôt en 8 47 et au plus tard en 849.

1. Le chef de saint Marcellin fut déposé solennellement dans l'abbaye de Redon un dimanche du mois de février de l'année 848 (Cartulaire de Redon, p. 88).

[c. xi, an. 845-849] NAMN.

tueret, et se faciendo regem regnum Britanniae renovaret ; invitatisque episcopis ad eos infamandos apud monasterium Recloni1, nunquam iste filius perditionis in cogitationibus suis meditarî potoit, quomodo eos juste in famare posset. Quum autem de tali molimine ambiguus esset quomodo ad finem voluntatis suae pertraheret, fuit unus ex familiaribus suis, qui promisit ei facere illos sine ulla purgatione infamatos. Nomenoius qualitate promissi laetus nimis efficitur. At ipse, qui haec promiserat, aperiens illis episcopis sub magnae confessionis velamento quod, nisi reos se esse crastina die, audiente conventu aliorum episcoporum et laicorum, infamationibus sibi afalsistestibusimmissis, profiterentur, et juste se damnatos conclamarent, certissime sine ulla intermissione decollandi essent. Quo audito, episcopi nimis pavefacti contra fas et statuta sanctae Dei ecclesiae dicere, antequam mortem subirent, pro-

rent aucuns faux tes moin s contre ces misérables et presque désolez évesques, et les accusoient de plusieurs crimes: c'est à scavoir Susan de Vennes, Salomon d'Alethense, Félix de Corisopitense et Libéral d'Occismense, constituez esdits sièges par la puissance des François. Lesquels évesques, si comme on dit, moult espouventez n'osèrent respondre.

Mais, après qu'ils furentassez interrogez par les autres évesques si les accuseurs disoient vérité, confessèrent, oyant tout le convent, estre coulpables : si mirent jus leurs verges et leurs anneaux, et s'enfuirent de là au roy Charles le Chauve, et Nemenoius constitua d'autres en leurs lieux. [Et dit semblablement ledit acteur que] il diminua leurs parroesses, c'est-à-dire leurs diocèses, et institua trois évesques nouveaux : c'est à scavoir un au monstier de Dol qui estoit du diocèse d'Alethense ; l'autre au monastère de Sainct-Brieuc, et le tiers en celuy de Sainct-Tugdual

1. Redon, chef-lieu d'arrondissement du département d llle-et-Vilaine.

38 CHROÊ miserunt l. In crastina autem die, illa diabolica synodo in nionasterio sancti Salvatoris congregata2, insurgentes falsi testes contra hos miseros episcopos et prorsus desolatos accusaverunt eos multis criminibus, scilicet Susannum Venetensem et Felicem Corisopitensem et Saloconem Dialetensem et Liberalem Ocismorensem 3, in illis diebus potestate Francorum regia constitutos. Illi equidem, ut refertur, valcle perterriti, minime ad haec respondere audentes, et requisiti satis ab episcopis, si accusatores vefa dicerent, se culpabiles esse, toto conventu depositis virgis et annulis, fug

ICOjN [c. xi, an. 845-849]

Pabut : et que celuy qui fut évesque de Dol, il l'ordonna le plus grand, et, en rescindant la province de Tours, le fist métropolle de tous les

évesques de sa région

[Dit le souvent nommé acteur des Chronicques de l'église de Nantes, que], quand il eut déposé ainsi lesdits évesques, il assembla ceux qu'il avoit substituez en leurs lieux, et tous les autres prélats de sa région, au monastère de Dol, où il se fist oindre en roy (E, p. 103 à 109).

l audiente, professi sunt4: et, erunt incle ad regem Karolum.

1. Daus sa lettre, adressée en 866 au duc des Bretons, le pape Nicolas Ter témoigne que les évêques, déposés par Nominoé, furent condamnés par des laïcs et non par des prélats, et que, s'ils avouèrent être coupables, ce fut contre leur gré et par intimidation. Le chroniqueur de Nantes s'est évidemment inspiré de cette lettre pour composer son récit.

2. Le synode, où Nominoé fit déposer les évêques bretons accusés de simonie, ne se tint pas à Redon, mais dans un château nommé Goitlouh, dont l'emplacement exact est inconnu (Cavtul. de Redon, p. 87). Les érudits bretons ne semblent pas avoir encore déterminé la date précise de ce synode qui paraît avoir eu lieu en 848 (voir ch. xvi).

3. Susan, évêque de Vannes, et Félix, évêque de Quimper, sont signalés par l'auteur contemporain de la vie de Convoion comme ayant été accusés et convaincus de simonie à Rome devant le pape Léon IV. On sait par la lettre du concile de Soissons (voir plus loin, ch. xvi) qu'en 866 Susan de Vannes et Salocon vivaient encore et n'avaient pu recouvrer leurs sièges respectifs. Quant à Libéral, évêque de Saint-Pol-de-Léon, son nom n'est connu que par le récit du chroniqueur de Nantes. D'où il résulte que l'existence même de ce prélat est douteuse.

4. D'après la lettre du pape Nicolas Ier, il est certain que les évêques, cités en jugement par Nominoé, avouèrent êlre coupables (voir plus loin, ch. xvm).

[c. xii, an. 850-851] NAMNETENSE 39

Nomenoius vero, hujus falsitatis patrator, omnino laetificatus, in locis eorum alios constituit, adminuensque parochias eorum, videlicet in monasterio Doli, quod tune temporis erat ex diocesi Dialetensis ecclesiae, et in monasterio Sancti Brioci et Sancti Tutualis Pabut, episcopos très usurpativos instruxit1. Illum sane, qui apud Dolum fuit episcopus, fecit sublimiorem et omnium regionis illius episcoporum, provincia Turonensi recisa, metropolitanum. His itaque omnibus cum fraude et cupiditate magnae elationis peractis, omnes hos episcopos, injuste compositos et sanctae ecclesiae Dei ♦ invasores, apud hoc monasterium Doli2 convocans, se regem irreverenter inungere fecit.

Porro ActardusNamneten- [Et dit après ladite Chro- XII. B E F.

1. La création des trois évêchés de Dol, de Saint-Brieuc et de Tréguier n'est signalée par aucun auteur plus ancien que le chroniqueur de Nantes ; et, comme le récit de celui-ci renferme à ce sujet quelques erreurs évidentes et qu'il a été rédigé plus de deux cents ans après l'événement, il y a lieu d'en conclure qu'on manque de preuves certaines pour affirmer que Nominoé soit l'auteur de la division de la Bretagne en neuf évêchés. Ce qui est hors de doute, c'est que Nominoé établit un archevêché à Dol et qu'il affranchit les diocèses de Bretagne de la juridiction de la métropole de Tours. L'autorité du chroniqueur de Nantes serait beaucoup plus grande, si l'on constatait qu'il ait mis en œuvre dans ce chapitre quelque ancien récit d'origine bretonne ; mais, à part la vie de Convoion, dont il a fait usage en la remaniant à sa guise, et la lettre du pape Léon IV, dont il nous a conservé l'analyse, il semble n'avoir utilisé que des traditions ecclésiastiques assez confuses et hostiles à Nominoé. Il était d'ailleurs lui-même partisan déclaré de la suppression de l'archevêché de Dol et de la réunion des évêchés bretons à la province de Tours, et cela enlève encore quelque crédit à son récit. Cette question de l'origine des trois évêchés bretons reste donc l'un des points les plus obscurs de l'histoire de Bretagne, et, pour 1 éclaircir, il n'y a, à mon avis, rien à tirer du récit de la Chronique de Nantes. M. l'abbé Duchesne a étudié récemment ce problème délicat ; mais il paraît avoir accordé beaucoup trop de confiance au chroniqueur de Nantes, qui n'écrivait pas au ixe, mais à la fin du xi8 siècle. Voy. Catalogues épiscopaux de la province de Tours, p. 83-99.

2. Dol, Ille-et-Vilaine, arr. Saint -Malo, chef- lieu de canton. La date du couronnement de Nominoé à Dol comme roi de Bretagne est de 848 ou 849.

40 chro:

sis, ad hanc institutionem invitatus, modis omnibus, venire contempsit. Ob quam causam a sede sua dejectus, ad Amalricum, Turonensem archiepiscopum, fugit, referons illi quae Nomenoius agitaverat1. Àt ille, hoc rumore audito, tristis valde efiectus, régis Karoli curiam petiit, requirensque ab illo quid vindictae de perfido Nomenoio, regnum Francorum tam praesumptive invadente, ac etiam coronam regalem ferre audente, fieri posset, nullum inde auxilii responsum habere potuit. Nam rex, tum temporis a bellis fratris sui Hlotarii valde constrictus 2, omnera de his vindictam in futurum protulit. Attamen interea episcopos, pro fidelitate sua a sedibus suis dejec-

ÏCON [c. xii, an. 850-851]

nicque que] Nemenoius avoit mandé Actardus, évesque de Nantes, aller à son institution, lequel s'en refusa ; pour quoy il le décréta de son siège, et s'enfuit Actardus à Amaury, archevesque de Tours, auquel il raconta les choses que Nemenoius avoit faites. [Et dit encore après que] ledit Amaury, grandement triste pour la rescision de son diocèse, s'en alla à la court du roy Charles le Chauve luy requérir vengeance dudit Nemenoius, disant qu'il avoit présomptueusement assailly le royaume de France, et osoit porter coronne royalle : mais que ledit Amaury ne peut avoir aucune response d'aide dudit roy Charles, pourtant que en ce temps il estoit moult oppressé par les batailles de

1. Ce n'est point pour avoir refusé d'assister au sacre de Nominoé qu'Actard fut chassé de lévêché de Nantes ; car, au moment de son sacre, Nominoé ne possédait pas la ville de Nantes, que le comte Àmauri administrait alors au nom du roi Charles le Chauve. Ce ne fut que deux ans plus tard, dans la seconde moitié de l'année 850, que Nominoé s'empara de Nantes, fit prisonnier le comte Amauri et rasa les murailles de la cité (Chronic. Fontanell. et Citron. Af/uitan., ad ann. 850). Actard fut alors forcé de s'enfuir de Nantes, et Nominoé élut à sa place Gislard comme nouvel évêque. Actard ne se réfugia pas immédiatement auprès de l'archevêque de Tours, mais il partit aussitôt pour Rome, d'où il revint, vers le mois de janvier 851, porteur d'une lettre du pape Léon IV pour Nominoé. Quelques fragments de cette lettre sont parvenus jusqu'à nous (cf. Migne, P. L., t. 115, col. 673; voir aussi plus loin, chapitre xvu, note 1).

2. Charles le Chauve n'était pas alors en guerre avec son frère Lothaire ; même remarque que plus haut, p. 31, note 2.

[c. xii, an. 850-851] NAMN

tos, honorifice curavit observare, donec bella sua ad finem perducere posset. Actardus equidem Turonis cura archiepiscopo remansit, donec episcopus Tarvanensis1 defunctus est. Quo defuncto, concessit illi rex episcopatum Tarvanensem possidere, douée ad Namnetensem redire posset. Sicque Actardo cum aliis episcopis a sede sua dejecto, Nomenoius, eligens Gislardum2, ex urbe Venetensi a progenitum, in urbe Namnetica constituit pseudoepiscopum. Rexit autem iste usurpative Namneticam ecclesiam quinque annis 3 usque ab obitum Nomenoii.

ETENSE 41

son frère Lothaire, et différa la vengeance de toutes telles choses au temps à venir.

Toutesfois que ledit Charles eut entre tant soin de traicter honorablement les évesques, qui pour sa fidélité avoient esté déjettez de leurs sièges, jusques à ce qu'il eust peu mener ses batailles à fin. Et ainsi demoura Actard avecques Tarchevesque de Tours, jusques à ce que l'évesque de Chartres mourut, lequel trespassé le roy Charles donna audit Actardus l'évesché de Chartres à posséder jusques à ce qu'il peust retourner à Nantes. Et quand Actardus fut, ainsi que les autres évesques, déjetté de son siège, Nemenoius esleut Gislard, nay de la cité de Nantes, et le

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